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2005, l’année de la « Mangalisation »
31 décembre 2005

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2005, l'année de la « Mangalisation »

Les fins d’année sont toujours synonymes de bilan. Gilles Ratier, le secrétaire général de l’ACBD, étudie, en terme de production, le marché de la bande dessinée sur le territoire francophone européen. Il a publié récemment son rapport sur l’année écoulée. Selon lui, 2005 fut « l’année de Mangalisation », tant l’importance de la BD asiatique se confirme au fil des mois.

3.600 albums (nouveautés et rééditions confondues) auraient, selon Gilles Ratier, été publiés en 2005, marquant ainsi une progression de la production de 17,26% ! Parmi ces albums, 2.701 nouveautés ont été éditées contre 2.120 l’année précédente (augmentation de 27,41%). Les mangas et manwhas représentent 42,28% du total des nouveautés, avec 1.142 albums parus contre 754 l’année précédente. Une progression fulgurante lorsque l’on sait que la BD asiatique ne représentait que 269 titres en 2001. Un enfant sur deux (entre 9 et 13 ans) lit des mangas et la francophonie constituerait aujourd’hui, selon le même rapport qui ne cite pas ses sources, le deuxième marché mondial de bande dessinée asiatique, derrière le Japon. En ce qui nous concerne, nous en doutons. Nous pensons que la Chine et d’autres pays asiatiques comme la Corée, marchés en pleine expansion eux-aussi, devraient normalement dépasser la France cette année. Si l’on en croit Joachim Kaps, éditeur de Tokyopop Germany, que nous avons interrogé lors d’un débat public à Francfort en octobre dernier, les mangas représentent désormais 75% du marché allemand. Lequel est comparable au marché français en importance de chiffre d’affaire. Nous recommandons donc à Gilles Ratier d’user de la plus grande prudence face à ce type d’information.

203 éditeurs ont publié de la bande dessinée en 2005. L’étude de Gilles Ratier montre que 70% des albums ont été édités par seulement 17 d’entre eux, et que de plus en plus d’éditeurs commercialisent de la bande dessinée asiatique.

Le groupe Média Participations est le leader du marché. Fort de ses différents labels (Dargaud, Lombard, Dupuis, et Kana - Gilles oublie cependant Mango qui publie aussi quelques BD, dont L’Ours Barnabé de Philippe Coudray), il représente 11,58% de la production francophone (alors que sa part marché dépasse les 40%) et a publié, en 2005, 417 titres [1] contre 363 l’an passé.

Le récent rachat des éditions Tonkam par Guy Delcourt place cet éditeur au deuxième rang des plus grands producteurs de BD. Ce dernier a publié 363 titres [2] cette année contre 244 l’an passé, soit 10,08% des titres produits.

Le groupe de Jacques Glénat a publié quant à lui 314 titres [3] contre 287 l’an dernier, soit 8,72% des titres produits.

Flammarion a imprimé 265 titres différents [4] contre 238 l’an passé, soit 7,36%.

Les éditions Soleil ont publié 257 titres [5] contre 207 l’an dernier, soit 7,13%.

Passons en revue les challengers du marché : le groupe SEEBD [6] avec 233 titres (soit 6,47% de la production), Panini, avec 177 titres [7] (soit 4,91 % de l’offre BD), Pika avec 120 titres (soit 3,33%), le groupe Tournon avec 78 titres [8] (soit 2,16%), Les Humanoïdes Associés avec 69 titres (soit 1,91%), Asuka avec 64 mangas (1,77%), Albin Michel BD avec 60 titres (soit 1,66%), Paquet avec 53 titres (soit 1,47%), le groupe La Martinière avec 52 titres [9] (soit 1,44%), Bamboo avec 51 titres (soit 1,41%), Taïfu avec 48 mangas (soit 1,33%), le groupe Bayard avec 48 titres [10] (soit 2,31%).

Astérix, Titeuf et le Petit Spirou, stars du marché

Le dernier Astérix a incontestablement été le tirage le plus important de l’année avec ces 3.178.000 exemplaires qui ont été diffusés dans les librairies et en grandes surfaces. Seules dix autres séries parviennent à atteindre le cap de deux-cent mille exemplaires : le hors-série de Titeuf (600.000 exemplaires), le Petit Spirou (600.000 exemplaires également [11]), XIII et Largo Winch qui sont tous deux tirés à un demi-million d’exemplaires ; viennent ensuite Kid Paddle et Cédric (400.000 exemplaires), puis Boule et Bill (380.000 ex.), Le Chat (375.000 ex., Lanfeust des Étoiles (300.000 ex.), Spirou (215.000 ex.) et les Tuniques bleues(200.000 ex.).

Ces tirages mirobolants font presque oublier que les ventes moyennes de la plupart des bandes dessinées sont en-dessous des dix mille exemplaires ! Les éditeurs sont obligés de compter sur leurs best-sellers pour amortir les séries peu rentables et de publier des intégrales pour valoriser le fond qui souffre beaucoup de cette augmentation croissante de nouveautés.

Il est clair que la stratégie des "gros éditeurs" est d’étouffer le marché en maintenant leur visibilité coûte que coûte, au prix, s’il le faut, de quelques "accidents industriels".

L’étude de Gilles Ratier démontre que le marché de la bande dessinée est en constante augmentation depuis dix ans. De plus en plus de titres paraissent chaque année. Les éditeurs ne semblent pas prêts à enrayer cet effet locomotive et s’imposent sur un marché du livre devenu difficile en multipliant les collections, les diffusions de masse des séries-phares et les campagnes publicitaires. Mais l’année 2005 a-t-elle été économiquement saine pour tous les éditeurs ? Sans doute pour les grosses structures, car la concentration des moyens de production, de diffusion, de distribution et de communication permet de confortables économies d’échelle, mais les petits éditeurs ont plus de difficultés à tirer leur épingle du jeu dans ce contexte particulier. Tonkam, Petit à Petit ou l’An 2 ont été absorbées - en partie ou en totalité, selon les cas - par de plus gros éditeurs. Mais grosso modo, il n’y a pas de crise visible, même si les libraires tirent la langue.

C’est d’ailleurs sur eux que désormais pèse tout le poids de cette croissance du marché. Jusqu’à présent, elle a été accompagnée par une progression notable des points de vente dans les villes moyennes, voire petites, ainsi que des parts de marché dans la grande distribution et dans les grandes enseignes culturelles de type FNAC, Furet du Nord ou Virgin, à la faveur d’un recul du marché des DVD et autres CD sinistrés par le développement de l’internet.

Or, seules ces dernières "grosses" enseignes sont capables de proposer une compétence globale, c’est-à-dire une offre qui comprend la quasi-intégralité des nouveautés de l’année. Mais avec un revers à la médaille : bien équipées informatiquement, elles fonctionnent sur un flux tendu, avec un stock minimum, et liquident impitoyablement les titres qui ont une "rotation" trop faible.

La seule réponse que les libraires spécialisés puissent opposer à cette "sur-spécialisation" radicale mais aussi mortifère des grandes enseignes est de se sur-spécialiser de leur côté. Il est probable que les années à venir verront fleurir des enseignes exclusivement consacrées aux mangas ou aux éditeurs indépendants. C’est le seul moyen pour les libraires spécialisés de ne pas étouffer sous le poids d’une offre qui ne devrait pas baisser dans les années à venir.

RTF - 1.8 Mo
Le rapport 2005 de Gilles Ratier
La moindre utilisation de ces données ou d’une partie d’entre elles doit être obligatoirement suivie du copyright : Gilles Ratier, secrétaire général de l’ACBD (Association des Critiques et journalistes de Bande Dessinée).

[1114 pour Dargaud, 117 pour Kana, 54 pour Le Lombard, 112 pour Dupuis.

[2145 pour Delcourt, 25 pour Delcourt Jeunesse, 81 pour Akata et 112 pour Tonkam.

[3121 pour Glénat, 112 pour Glénat Manga, 70 pour Vents d’Ouest, 4 pour Caravelle, 7 pour Paris-Bruxelles.

[4126 pour Casterman, 25 pour Sakka, 33 pour Audie/Fluide Glacial, 20 pour Jungle, 49 pour J’ai lu, et 5 pour Librio.

[5195 pour Soleil, 6 pour Futuropolis, 11 pour Cochawon et 45 pour Soleil Manga.

[6Les labels de BD asiatique Saphira, Kabuto, Akiko et Tokébi.

[7Génération Comics, Marvel France.

[828 pour Semic, 40 pour Carabas et 10 pour Kami.

[929 pour Emmanuel Proust, 17 pour Le Seuil et 5 pour Petit à Petit.

[1024 pour Bayard, 9 pour Milan et 13 pour Treize Etrange.

[11Bien qu’une campagne d’affichage dans les gares courant décembre le crédite d’"un million de mordus..."

(par Nicolas Anspach)

(par Didier Pasamonik (L’Agence BD))

Cet article reste la propriété de son auteur et ne peut être reproduit sans son autorisation.

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