Décès de Thierry Martens

28 juin 2011 20 commentaires

Nous apprenons le décès soudain de Thierry Martens découvert mort par le scénariste Mythic (avec qui il signait régulièrement des scénarios sous le pseudonyme de Terence), dans son fauteuil, hier soir. Il avait 69 ans.

Célèbre rédacteur en chef du journal de Spirou entre 1968 et 1978, il avait été aussi le « Monsieur Album » des éditions Dupuis avant de prendre sa retraite.

Martens était un expert et un historien de la bande dessinée. On lui doit une «  Histoire de la Bande dessinée en France et en Belgique » cosignée sous le pseudonyme d’Yves Varende avec Henri Filippini, Jacques Glénat et Numa Sadoul (Glénat, 1980) qui a longtemps fait autorité.

Il a contribué à bien d’autres ouvrages et était une source pour bien des experts. « C’est une mémoire de la BD qui fout le camp », nous dit Raoul Cauvin, le scénariste des Tuniques bleues, qui ajoute : « C’était un type bien. »

Il était également scénariste de bande dessinée (Archie Cash, Aryanne, Vincent Murat, Natacha), le plus souvent sous son pseudonyme principal, Yves Varende. Il a également écrit de nombreux romans policiers, notamment des pastiches holmésiens, ou de science-fiction.

Il a longtemps été le seul auteur des accompagnements critiques et historiques des bandes dessinées publiées par Dupuis, sous le pseudonyme de M. Archive, et l’un des historiens de référence du Journal de Spirou à l’histoire duquel il était l’un de principaux contributeurs.

C’est un grand savant de la bande dessinée et de la littérature populaire qui disparaît aujourd’hui. Nous reviendrons plus longuement sur sa carrière dans les prochaines heures.

DP

Photo : © D. Pasamonik – L’Agence BD

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20 Messages :
  • Décès de Thierry Martens
    28 juin 2011 10:44, par Sébastien Célimon

    Bien triste nouvelle. Une pensée pour les siens et pour tous les auteurs qu’il a accompagné pendant toutes ces années.

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    • Répondu par bertrand PPisssavy-Yvernault le 28 juin 2011 à  12:44 :

      Je suis assez bouleversé... Nous l’avons rencontré à de nombreuses reprises ces derniers temps pour préparer notre livre consacré à Spirou. Notament un déjeuner pris ensemble il y a un mois, où il nous avait dévoilé son ultime projet : l’histoire d’Heroïc-Album (à paraitre cet automne chez L’age d’or). Tous ces moments partagés ont été délicieux, très loin de l’idée du personnage, habituellement présentée. Il a toujours été accueillant avec nous, bienveillant, même. Nous ne connaissions pas l’homme plus que cela, mais avions été touchés par sa personnalité.
      Merci Thierry.

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      • Répondu par spirouette le 28 juin 2011 à  15:00 :

        ... Au cours de ce déjeuner, il nous avait confié que la plus belle mort qu’il pourrait avoir, ce serait seul, chez lui, entouré de ses livres et de son chat ; et si on pouvait le retrouver plusieurs jours plus tard, ça lui irait très bien.
        Il a été exaucé.
        Thierry Martens, une incarnation de l’oncle Paul qu’il a bien connu... Sa franchise déconcertante, son savoir immense, son intelligence vive, tout ceci le rendait inoubliable. Son travail sous la plume de M. Archives nous a fortement marqués. C’est lui qui a insufflé à notre génération cette envie de raconter les coulisses de la bande dessinée. On lui doit beaucoup.
        Ch.

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        • Répondu par Oncle Francois le 28 juin 2011 à  20:55 :

          Bien d’accord avec vous. J’ai lu l’hebdo Spirou jusqu’en 1975 environ, car je suis fidèle dans mes lectures (après je me suis quand même converti au culte des revues adultes !). Le principal apport de Thierry Martens me semble en effet un important travail de redécouvertes des Péchés de jeunesse des grands auteurs Spirou. A l’époque, il publiait dans Spirou (parfois en suppléments détachables), la réédition des deux premiers Gil Jourdan de Tillieux, ainsi que beaucoup de ses Felix. Idem des Ginger et Allen de Jidéhem parus dans Heroic-Albums, mais aussi des Jacques Le Gall de Mi’Tacq et Charlier (parus une première fois dans Pilote). Monsieur Archive publiait aussi des maxi-dossiers de huit pages consacrés aux grands auteurs de la maison : il me semble que ce travail s’apparente à celui des premiers fanzines français. D’ailleurs c’est sans doute le même Martens qui sous le pseudo de Terence rédigeait la rubrique "Et les fanzines ?" qui permettaient aux nombreux lecteurs, parfois isolés en province, de commander par correspondance des revues introuvables en librairie (RTP, Schtroumpf, Yellow Submarine, Falatoff, Haga, Hop, etc). Notez bien que dans le même temps, il ouvrait les pages du distingué hebdomadaire à de jeunes débutants, pour la fameuse Carte Blanche, où a démarré toute une nouvelle génération de jeunes auteurs (Yann et Conrad, notamment ! mais aussi le fameux Bernard Hislaire et bien d’autres). mes condoléances à sa famille et à ses proches !

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          • Répondu par Alex le 30 juin 2011 à  19:40 :

            la fameuse Carte Blanche, où a démarré toute une nouvelle génération de jeunes auteurs (Yann et Conrad, notamment ! mais aussi le fameux Bernard Hislaire et bien d’autres)

            Comme Bercovici-qui semble ne pas avoir pris une ride depuis cette époque. "La Cuisine est à vous", c’était Martens aussi ? (Je me souviens plus trop bien...)
            Vous avez très bonne mémoire (et bon goût) en signalant les encarts "Heroic-albums" : Les "Félix", les "Ginger", et bien entendu les très angoissants "Jacques Le Gall". Je les détachais à l’époque, et les agraphais très soigneusement. Près de 40 ans plus tard je les ai toujours là, dans un coin... Le signe certainement d’un très beau travail dû à un homme passionné.

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            • Répondu par Oncle Francois le 2 juillet 2011 à  21:25 :

              Cher Alex, de mémoire Bercovici n’avait pas démarré dans Spirou en 1975, mais je peux me tromper, car honnétement nous revenons là plus de trente-cinq ans en arrière. De plus je me suis débarrassé de ces bebdos de ma jeunesse qui prenaient trop de place, donc je ne peux vérifier de visu(en revanche, j’ai gardé les suppléments !!).

              Vous semblez apprécier cette période, donc je vous confierai qu’à l’époque j’étais troublé par le décalage entre une partie de l’hebdo plutôt "jeune et branché" (rubriques SOS Nature, Brice Bolt, écrite par Charlier, Aymone de Renaud), Archie Cash (sorte de clone de Charles Bronson, assez violente, mais trés bien dessinée par Malik, écrite par Martens), et les rééditions de Martens (les Blondin et Cirage, le Spirou et Fantasio de Franquin), sans compter les retours de personnages mythiques comme l’Epervier Bleu et Jerry Spring. Il me semblait qu’il y avait deux directions dans Spirou : l’une, moderne (même s’ils firent moins pire que le sinistre et crétin "Tintin l’hebdoptimiste", peuplé de photos de footballers et de chanteurs en couverture), et l’autre au contraire souhaitant réhabiliter les riches heures du passé, indisponibles en librairie. Qu’en pensez vous ? Trés cordialement

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        • Répondu par Christian Jasmes le 29 juin 2011 à  13:54 :

          J’ai un énorme respect pour le travail qu’il a effectué à l’époque où il était chez Dupuis, et les quelques échanges que nous avons eus lui et moi me laissent le souvenir d’un homme courtois, intelligent et d’une rare compétence. Pour moi, Martens est un symbole : celui de "l’esprit" Spirou, un patrimoine culturel qu’il a contribué plus que tout autre à sauvegarder et à faire (re)vivre à une époque où la BD était en pleine mutation et en quête de reconnaissance culturelle. Héritier spirituel de la famille Dupuis, il a consolidé le socle de la "famille" Spirou pour lui permettre d’aller de l’avant en s’appuyant sur une tradition solide. Si le magazine est ce qu’il est aujourd’hui, c’est en partie à lui qu’il le doit.
          Il a commis des erreurs, bien sûr, mais toujours avec enthousiasme et sincérité.
          Son bilan chez Dupuis est plus que positif.

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  • Décès de Thierry Martens
    28 juin 2011 13:27, par marcusbrody

    C’est effectivement une grande perte pour la mémoire de la BD.

    J’espère que Dupuis rendra un hommage bien senti à un pionnier et un homme qui a sû imposer des idées et des changement.

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  • Décès de Thierry Martens
    28 juin 2011 14:50, par Henry

    C’est une bien triste nouvelle, en effet.
    Il a eu la TRES lourde tache de succeder a Delporte et a l’hemorrhagie d’auteurs poids lourds du journal de Spirou qui survint simultanement en 1968 et il s’en tira plus que brillamment quoi que beaucoup ait pu en penser a l’epoque. On peut avancer sans beaucoup de risque que, sans lui, le journal n’existerai plus.
    Malicieusement, Tibet a immortalise Thierry Martens en utilisant son physique pour lui donner les traits du Bourreau, un des plus grands ennemis de Ric Hochet. Je suis sur que cela a du lui faire plaisir.

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    • Répondu par Brigade aurtografik le 28 juin 2011 à  16:50 :

      Il apparaît également dans "un trône pour Natacha" sous les traits du major Martenne, chef de la sécurité nationale.

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  • Décès de Thierry Martens
    28 juin 2011 16:25, par Laurent

    Inconditionnel de Delporte, j’ai toujours eu du mal à apprécier sa succession à la tête du journal du groom, mais force est de constater que son érudition sur l’histoire de la bd nous manquera.

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    • Répondu par Alain De Kuyssche le 29 juin 2011 à  01:02 :

      Tout le monde sait que Thierry Martens et moi n’étions pas les meilleurs amis du monde. Il a, en effet, eu à gérer une succession très lourde, à la tête de Spirou. Je n’hésite pas à dire que j’ai pu profiter du travail de débroussaillage qu’il a entrepris avec cette détermination qui était son image de marque. Je n’approuvais pas certains choix qu’il avait faits et c’est en partie pour gommer certains de ces choix que j’ai été appelé à lui succéder. Laissons à d’autres le soin de préciser si cette entreprise a été réussie. Mais en écartant certains auteurs et certaines séries (réclamées par la génération "historique" de Spirou), Thierry Martens a ressenti cea comme une attaque personnelle. Ce n’était pas le cas, mais il n’a jamais voulu l’admettre. Néanmoins, je voudrais ici rendre hommage à un acteur important de la BD belge et de la littérature populaire qu’il connaissait sur le bout des doigts. Dommage qu’il n’ait pas eu l’occasion de coucher sur papier ces connaissances exhaustives. C’était un solitaire, à la manière de Paul Léautaud qui, dans son journal, "ne comprenez-vous pas que si je me cache, c’est parce que j’espère que vous ferez tout pour me retrouver ?". La BD belge est un peu plus orpheline aujourd’hui.

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  • Décès de Thierry Martens
    28 juin 2011 17:19, par Marcassin

    Cet article est-il un "Copier / Coller" de la brève publiée sur le site du "Soir" ? Voir ici : http://www.lesoir.be/culture/livres/2011-06-28/deces-de-thierry-martens-ex-redacteur-en-chef-de-spirou-848007.php

    ou bien est-ce l’inverse ?

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    • Répondu par Nicolas Anspach le 29 juin 2011 à  10:44 :

      Les éditions Dupuis nous ont demandé l’autorisation de pourvoir s’inspirer très fortement du texte de Didier Pasamonik publié hier matin sur Actuabd.com pour leur communiqué de presse.

      Didier n’a bien sûr pas fait de « copié/coller » du texte que vous mentionnez.

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  • Décès de Thierry Martens
    28 juin 2011 19:06, par Julien

    Thierry Martens se montrait volontiers disponible ;mes petites recherches ont pu etre nourries par ses amples courriers,toujours impeccables par leur style,leur "phrasé" et cette mine d’informations...Christelle et Bertrand Pissavy-Yvernault ont l’occasion de le saluer dans "MAUVAIS GENRE" et le remercier.Martens a su imposé des genres et styles mal-aimés.Ses années SPIROU ont été un socle important d’où le nouvelles créations et des audaces réelles ont pu pousser,consolidées par des valeurs plus commerciales mais non indignes...Merci à lui,de loin en loin.

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  • Décès de Thierry Martens
    29 juin 2011 19:06, par lanjingling

    Redac-chef jusqu’en 1978...c’est à lui que l’on doit "Le Trombone illustré" ? Si c’est le cas, n’aurait-il que cela à son actif que cela suffirait à l’immortaliser dans la mémoire de la B.D.

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    • Répondu par Laurent le 30 juin 2011 à  11:47 :

      Le trombonne illustré ne doit rien à Martens. C’est justement en réaction à ce qu’était devenu Spirou, que Delporte et Franquin ont imaginé ce supplémént. Ce qui n’allait pas vraiment dans le sens éditorial voulu par Martens.

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  • Décès de Thierry Martens
    30 juin 2011 09:36, par Joël

    J’avais eu l’occasion de le rencontrer pour mon travail sur les relations éditeurs/auteurs, et non seulement il n’avait pas été avare d’informations lors de nos rencontres, mais il avait en plus pris le temps de le lire au final pour y apporter encore foule d’infos et conseils. Au premier contact abrupt, son érudition et son plaisir de faire partager sa passion l’emportait et le rendait attachant.
    Encore merci à lui !

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  • Décès de Thierry Martens
    30 juin 2011 09:54, par Pierre Brands

    Je garde de l’homme son puits de science BDesque, sa disponibilité pour le parfait inconnu que j’étais pour lui ;
    sa spontanéité dans le message distribué. Sa simplicité n’avait d’égale que le service rendu. Merci de nos courriers concernant "Bonnes soirées" merci de votre ouvrage dito chez Pressibus. Merci d’avoir été... Vous !
    J’adresse mes condoléance émues à toutes sa famille

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    • Répondu par André Verbrugghen (Amicale Jean Ray) le 30 juin 2011 à  21:35 :

      Thierry était un puits de science pour ce qui concerne la littérature populaire, e.a. sous forme de fascicules dont il avait constitué une collection surprenante et, sans doute, unique et a publié à diverses reprises le résultat de ses recherches dans ce domaine (voir e.a. les préfaces des volumes "Lord Lister" (ed Lefrancq), indispensables pour les amateurs et collectionneurs.
      Il était ami et membre de l’Amicale Jean Ray où ses connaisances et son franc parler nous manqueront beaucoup. Adieu Thierry !
      André Verbrugghen

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