Mildiou (nouvelle édition) - Par Lewis Trondheim - L’Association

15 avril 2017 1 commentaire

L’Association, éditeur "historique" de Lewis Trondheim qui a d’ailleurs participé à sa fondation en 1990, propose une nouvelle édition d’un des premiers livres du dessinateur. Mildiou avait en effet été publié en 1994 par Le Seuil, dans une collection aujourd’hui disparue. L’ouvrage étant épuisé depuis un moment, L’Association lui donne donc une nouvelle jeunesse.

Mildiou est en quelque sorte le chaînon reliant Lapinot et les carottes de Patagonie (Le Lézard et L’Association, 1992) aux Formidables Aventures de Lapinot (Dargaud, 1995-2004). Nous y trouvons même La Mouche (au Seuil également, 1995) à l’état larvaire.

L’esprit et la construction, s’inspirant du feuilleton, rappellent ainsi beaucoup Lapinot et les Carottes de Patagonie. Mais les variations autour des "figures" principales - le lapin, le chat, le chien - portent en germe ce que Lewis Trondheim emploie ensuite de façon systématique dans sa série des Aventures de Lapinot : mettre en scène des personnages nettement caractérisés et aisément identifiables, que ce soit en terme graphique ou psychologique, dans des univers différents et éloignés les uns des autres.

Mildiou (nouvelle édition) - Par Lewis Trondheim - L'Association
Mildiou © Lewis Trondheim / L’Association 2017

Mildiou semble se dérouler dans un vague et hypothétique Moyen Age. Un roi s’est fait usurper son trône par l’infâme Mildiou, violent parasite (évidemment) qui gouverne par la terreur. Le peuple finit par se révolter, Mildiou fait intervenir sa garde. Nous arrivons en plein bain de sang. Mildiou se retrouve isolé, mais la situation est dans une impasse absurde : alors qu’il est seul, personne ne veut affronter le tyran. Et c’est bien sûr l’avatar de Lapinot que le sort désigne pour le défier. Sauf que celui-ci n’en a aucune envie.

Mildiou n’en a cure ! Tuer Lapinot devient sa raison de vivre. C’est le point de départ d’une folle course-poursuite, où chaque rebondissement - l’histoire en est remplie au propre comme au figuré - semble plus insensé que le précédent. A tel point que rapidement, l’enjeu ne tient plus dans le duel opposant Mildiou à sa malheureuse victime, d’ailleurs pas si malheureuse que ça, mais réside dans le défi que l’auteur semble s’être lancé : placer ses personnages dans toutes les situations d’affrontement possibles.

Mildiou © Lewis Trondheim / L’Association 2017
Mildiou © Lewis Trondheim / L’Association 2017

Nous retrouvons ici la spontanéité des premières œuvres de Lewis Trondheim, son art de nous entraîner à la suite de ses personnages virevoltants et son humour ironique. L’essentiel est l’action : le mouvement est incessant.

L’unité de lieu et de temps permet de donner une réelle densité au récit, sans qu’il soit question de raconter autre chose qu’une joute délirante. Le trait de Trondheim, plus ferme et plus fin que dans Lapinot et les carottes de Patagonie et qui fut parfois décrié, parvient à rendre le dynamisme du récit. C’est donc un petit plaisir que de retrouver cet ouvrage presque trente ans après sa conception !

FH

Mildiou © Lewis Trondheim / L’Association 2017

14 x 21 cm - 144 pages en noir & blanc - parution le 21 avril 2017 (1ère édition : Le Seuil, 1994) - commander ce livre chez Amazon ou à la FNAC.

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