Rencontres Aix en Provence 2014 : La Faute au Midi - Soldats héroïques et diffamés

20 avril 2014 2 commentaires

Lorsque la guerre éclate, le 1er août 1914, c’est la surprise générale. Personne ne s’y attend. Mais la Patrie appelle. La France se mobilise. Chaque région a son corps d’armée. Pour le Midi, c’est le 15e, qui regroupe les soldats de Provence, de Corse, des Alpes-Maritimes, du Gard et de l’Ardèche, aussitôt dépêchés sur le front au nord de Nancy sous la direction du 20e corps d’armée de Lorraine et du général Lescot.

Le 10 août, en dépit des consignes de son supérieur, le général Castelneau, chef de la IIe armée, Lescot entreprend de monter à l’assaut du village de Lagarde, en territoire allemand (rappelons que l’Alsace et la Lorraine sont allemands depuis 1871). Sans appui d’artillerie, ils essuient une bardée d’obus et doivent battre en retraite, laissant 500 tués et plus de mille prisonniers. Le chef d’état major du 20e corps prit cette affaire comme un affront et, alors que c’était un de ses officiers qui avait fait la faute, nourrit vis à vis des Provençaux une défiance chronique, aggravée par le fait que cette victoire allemande enhardit l’ennemi.

Le 18 août, Foch, commandant la 20e armée, s’apprête à mener une grande offensive. Il ne tient pas compte des repères de portée de canon qui se trouvent sur son chemin. Il se moque aussi d’un capitaine aviateur qui, survolant les lignes allemandes, voit des troupes massées dans l’attente de l’ennemi. C’est un piège et les Français y vont tête baissée. Avec plus de10 000 tués, la bataille de Lorraine est un désastre, même si l’armée parvient à tenir tête et même à prendre Nancy. Le premier d’une boucherie qui va durer quatre ans.

Joffre qui perd sur le front lorrain mais aussi en Ardenne, trouve un bouc-émissaire : le 15e corps des Méridionaux qui devient l’objet d’une campagne de presse diffamatoire menée maladroitement par le ministre de la guerre Messimy et le sénateur Gervais. Les Provençaux hurlent à l’ignominie. Poincaré démet son ministre pour préserver l’unité nationale.

L’exposition de Jean-Yves Le Naour, par ailleurs scénariste de la bande dessinée qui en a été tirée, illustrée par A. Dan (Collection Grand Angle - Bamboo), explique bien les tenants et les aboutissants de cette affaire, notamment les accusations diffamatoires qui portent des soldats devant le peloton d’exécution pour "mutilations volontaires" alors qu’ils ont été blessés par des éclats d’obus. L’enquête les blanchira, mais trop tard...

Tout cela laisse des traces jusqu’à aujourd’hui et peut expliquer une méfiance des Méridionaux vis-à-vis de l’État centralisateur.

Lettres de soldats, articles de journaux, affiches, uniformes et autres objets ponctuent cette exposition savante qui s’appuie sur les archives départementales. C’est l’exposition historique et pédagogique que les Rencontres d’Aix mettent en avant en cette année de célébration du centenaire de 1914. On peut la visiter jusqu’au 5 juillet prochain.

DP

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- Exposition La Faute au Midi - Soldats héroïques et diffamés au Centre aixois des archives départementales des Bouches-du-Rhône

Jusqu’au 5 juillet 2014.

Centre aixois des archives départementales des Bouches-du-Rhône

25 allée de Philadelphie - 13 000 Aix-en-Provence




Photos : D. Pasamonik (L’Agence BD)

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2 Messages :
  • La méfiance d’un officier supérieur, c’est-à-dire d’un représentant de l’élite, vis-à-vis de troupes issues de milieux populaires est parfaitement naturelle, car la guerre est déclarée par des élites, menée par des élites, principalement dans l’intérêt des élites, ce dont les milieux populaires ont assez largement conscience. L’entraînement d’un soldat n’est pas seulement technique, il fait également l’objet d’un conditionnement psychologique.

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    • Répondu le 25 avril 2014 à  14:49 :

      ça me rappelle un phrase prononcée par un officier supérieur lors d’une manif contre un embarquement des appelés en Algérie :
      "Quand deux ou trois de leurs copains auront été tués, ils ne songeront plus à déserter, mais à se venger"

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