Après deux très belles expositions consacrées aux œuvres des argentins Muñoz & Breccia, puis au scénariste anglais Alan Moore , la ville de Charleroi accueille aujourd’hui quatre artistes de renommée internationale autour d’une thématique forte : « Le Remords de l’Homme Blanc ».
Jacques Ferrandez (Les Carnets d’Orient), Hugo Pratt (Corto Maltese), Jean-Philippe Stassen (Deogratias) et Peter Van Dongen (Rampokan) nous éclairent sur le mécanisme de représentation de l’autre, de l’autochtone, lorsque l’homme blanc cherchait à étendre son influence en colonisant l’Afrique ou l’Asie.
L’ exposition "Le Remords de l’Homme blanc" confronte quatre auteurs européens de bande dessinée, quatre artistes qui ont vécu, chacun à leur manière, la colonisation, la décolonisation et ses conséquences jusqu’à aujourd’hui. Le Français Jacques Ferrandez et l’Algérie, l’Italien Hugo Pratt et l’Ethiopie, Jean-Philippe Stassen et le Congo belge et enfin le Hollandais Peter Van Dongen et l’Indonésie.
Charleroi 2005 : « Le Remords de l’Homme blanc ». Infos pratiques.
Du 12 février 2005 au 3 Avril 2005
Grâce au concours de l’historien Sylvain Venayre qui en est le commissaire, cette nouvelle exposition s’inscrit dans la ligne éditoriale originale de Charleroi Images. Après les Argentins Muñoz et Breccia, le Britannique Alan Moore, ce sont quatre auteurs européens de premier plan qui sont exposés à Charleroi aujourd’hui : Jacques Ferrandez, Hugo Pratt, Jean-Philippe Stassen et Peter Van Dongen.
« Le Remords de l’Homme blanc » : Introduction
Deux mouvements parallèles caractérisent le XIXe siècle : celui de l’exploration de l’intérieur des continents, d’une part ; celui de la colonisation européenne du reste du monde, d’autre part. Les deux sont liés par des liens complexes.
L’aventure coloniale aux XIXe et XXe siècles
Né à Alger, le 12 décembre 1955, Jacques Ferrandez suit ses parents à Nice, où ils s’installent peu de temps après sa naissance. Après des études artistiques, il débute dans (A Suivre) en 1978. En 1980, il crée, avec Rodolphe, une série policière, « Les aventures du Commissaire Raffini », dans un style de dessin proche de Tardi. Avec le même scénariste, à nouveau dans (A Suivre), il produit un certain nombre de récits courts.
Le grand soleil de Jacques Ferrandez
Né près de Rimini (Italie), le 15 juin 1927, et décédé le 20 août 1995 à Pully (Suisse), Hugo Pratt a, sa vie durant, cultivé l’image de l’aventurier marqué par le « désir d’être inutile », à l’instar de Rimbaud ou de Conrad. Hugo Pratt passe sa jeunesse dans le Ghetto juif de Venise, avant de suivre en 1941 ses parents en Abyssinie, récemment conquise par Mussolini. Enrôlé dans l’armée fasciste à cause de son père, il terminera la guerre aux côtés des Alliés. Marqué par cette expérience, il lance une revue de comics, L’As de Pique, inspirée par ses nouveaux modèles américains. Il émigre ensuite en Argentine, à Buenos Aires, où il fait carrière d’auteur de bandes dessinées, dessinant successivement les séries Sergent Kirk et Ann de la Jungle, tout en étant professeur à l’Ecole panaméricaine aux côtés d’Alberto Breccia. Il revient en Europe en publiant dans l’hebdomadaire Pif en 1967, la première aventure de Corto Maltese, Ballade sur la Mer salée. Le marin romantique et anarchiste lui vaut une célébrité immédiate. Il ne délaissera son personnage fétiche que pour alterner avec une série militaire, Les Scorpions du Désert, portant un regard neuf sur les hommes et la guerre. Sans oublier quelques épisodes isolés comme Jesuit Joe et sa collaboration scénaristique avec Manara (Un été indien puis El Gaucho), l’écriture de romans, ou encore quelques apparitions d’acteur comme dans Mauvais Sang de Leos Carax en 1986. La série Corto Maltese a fait l’objet d’un long métrage de dessins animés (Corto Maltese en Sibérie, 2002) ainsi que d’une série de dessins animés réalisés par Pascal Morini.
Les aventures de Hugo Pratt
Né à Liège (Belgique) le 14 mars 1966, Jean-Philippe Stassen griffonne depuis son plus jeune âge. A 16 ans, il réalise son premier travail rémunéré : une histoire sur l’immigration marocaine, commanditée par une association d’extrême gauche panarabe laïque. Contrairement à ce que veut la légende, sa scolarité de déroule bien. « Je n’aimais pas l’école (ni l’armée, ni la messe, ni le patronage et tout ça - les branlettes collectives : beurk), mais j’étais un élève qui faisait la fierté de ses grands-oncles curés. » Au lendemain de ses humanités, il opère comme "homme à tout faire" (barman, cuisinier, commissaire d’exposition...) au Tous à Zanzibar, un restaurant liégeois qui voulait être plus qu’un restaurant. Dans les années 1990, le TàZ est le lieu de rencontre de tout ce que Liège compte comme créateurs. Les revenus du restaurant, du bar et des soirées servaient à financer ces rencontres interdisciplinaires. Sa signature apparaît en 1985 dans L’Echo des Savanes, avec une série de récits scénarisés par Denis Lapière, qui seront repris dans Bahamas et Bullwhite (Albin Michel). Nomade dans l’âme, Stassen part en voyage vers l’Afrique. Ses pas le mènent alors au Maroc, au Sénégal, au Mali et au Burkina Faso. Son troisième album, toujours avec Lapière, Le Bar du vieux Français (Dupuis), évoque cette expérience. Pour les albums suivants, il opère comme auteur complet. Louis le Portugais et Thérèse sont suivis de Deogratias (Dupuis). Avec cet album "de combat", il est parmi les premiers auteurs occidentaux à dénoncer le génocide perpétré au Rwanda. Pawa (Delcourt) dressera ensuite sa vision de l’histoire des relations entre les peuples des Grands Lacs et les colonisateurs. Le récit Les Enfants (Dupuis) prend également place dans cette région qui lui tient à cœur.
Jean-Philippe Stassen au cœur des ténèbres
Né le 21 octobre 1966 à Amsterdam aux Pays-Bas, d’un père hollandais et d’une mère indonésienne, Peter Van Dongen est concerné par la guerre d’indépendance de l’Indonésie. Sa mère avait subi le bombardement du port de Macassar pendant la deuxième guerre mondiale, et ce fait lui a donné l’envie de raconter cette partie de son histoire. Suite à un premier album paru en 1991 (Muizentheater, Le Théâtre des Souris), il réalise son chef-d’œuvre en 1998, au bout de sept ans de labeur (trois ans de documentation et quatre années de dessin) : Rampokan Java (Vertige Graphic), un incroyable album dessiné entièrement au pinceau dans une magnifique ligne claire digne de Hergé. Paru fin 2004 aux Pays-Bas, le second volume - Rampokan : Célèbes paraîtra en français dans le courant du premier semestre 2005.
Peter Van Dongen, le passeur
Algérie, Ethiopie, Indonésie, Rwanda : Une petite chronologie