"303" : la revue culturelle des Pays de la Loire consacre un numéro à la bande dessinée

16 janvier 2017 4 commentaires
  • La revue "303", sous-titrée "arts, recherches, créations", a publié fin 2016 tout un numéro dédié à la bande dessinée. Si l’idée de départ est de montrer le dynamisme de la BD dans l’Ouest français, elle se révèle finalement une mine d’information d’une grande richesse, intellectuellement stimulante et qui donne, surtout, envie de lire des bandes dessinées !

La revue "303" est une publication de l’association éponyme et en partie financée par la Région des Pays de la Loire. En collaboration avec La Bulle – Médiathèque de Mazé, la Région a permis cette fois à la revue de se consacrer à la bande dessinée. 258 pages d’un grand format édité avec soin et richement illustré : de quoi ravir les amateurs de BD, qu’ils soient ligériens ou non.

Comme l’explique François-Jean Goudeau dans son éditorial, l’objectif est certes de valoriser la vie artistique et culturelle autour de la bande dessinée en Pays de la Loire. Mais il ne s’agit nullement d’observer le Neuvième art par le petit bout de la lorgnette, et encore moins d’en faire une publicité à tendance chauvine. Le travail des auteurs et des éditeurs est mis en perspective et la bande dessinée est abordée sans condescendance ni snobisme. Objet à la fois commercial et culturel, référencé et mouvant, la BD est présentée comme un art à part entière, moteur d’imagination et vecteur de lien social.

"303" : la revue culturelle des Pays de la Loire consacre un numéro à la bande dessinée
Dessins d’Etienne Davodeau & éditorial de François-Jean Goudeau © Editions 303, 2016

La revue s’ouvre par un entretien entre François-Jean Goudeau et Benoît Peeters. Ce dernier retrace les grandes lignes de l’histoire de la bande dessinée, revenant sur les époques charnières et ne négligeant aucune aire géographique. Son approche mesurée et réfléchie accorde une place juste et méritée à la bande dessinée.

Benoît Peeters prône l’écriture d’une véritable histoire de la BD. Cette histoire devrait à son sens être décloisonnée, c’est-à-dire ne pas s’en tenir à des approches nationales. Il souligne le fait qu’un seul homme n’est plus en mesure d’écrire seul cette histoire – comme c’est d’ailleurs le cas pour la plupart des autres champs de l’histoire culturelle. Il lance donc comme un appel : espérons qu’il sera entendu !

Vient ensuite un "chapitre" intitulé "Premiers cartouches". Trois auteurs y ont leur portrait. Si ces trois-là sont mis en exergue, ce n’est pas pour rien : ils font figures de "père fondateurs" pour la scène régionale. Etienne Davodeau, Pascal Rabaté et Marc-Antoine Mathieu ont chacun quelques pages pour revenir sur leur carrière, leur style, leurs envies. Fondés sur une solide connaissance de leur œuvre et sur des témoignages et entretiens de première main, ces portraits nous permettent d’approfondir notre connaissance d’auteurs dont la valeur n’est plus à démontrer.

Portrait d’Etienne Davodeau © Thomas Chéné - Editions 303, 2016

"Aux suivants" : d’autres portraits sont de nouveau offerts à notre lecture. Rassemblant des autrices et des auteurs qui ont pour point commun d’avoir travaillé (ou de le faire encore) en Pays de la Loire, ce chapitre éveille la curiosité. Grâce aux nombreux dessins et extraits de BD qui accompagnent les textes, il paraît difficile de rester indifférent et de ne pas avoir envie de lire ou de relire les livres de ces artistes.

Qui sont-ils ? Dans l’ordre de leurs portraits : Fabien Vehlmann, Claire Braud, Tehem, Cyril Pedrosa, Benjamin Bachelier, Karine Bernadou, Hervé Tanquerelle, Olivier Supiot et Brüno (auteur également de la couverture du numéro). Leurs styles sont aussi variés que leurs parcours, mais ils se retrouvent autour d’une même envie d’avancer et de faire progresser leur art. Nous en apprenons un peu plus sur ces artistes, confirmés ou encore au début de leur carrière, ce qui permet d’appréhender leurs ouvrages d’une manière renouvelée.

Portrait de Fabien Vehlmann © Thomas Chéné - Editions 303, 2016

Le chapitre "Visionnaires" est plus éclectique. Nous y trouvons en effet un portrait de Gwen de Bonneval – placé un peu à part de ses camarades car il fut éditeur et rédacteur en chef en plus d’être dessinateur et scénariste – ainsi que l’histoire de Professeur Cyclope, éphémère revue numérique où l’imagination et la créativité étaient en perpétuelle ébullition. Deux jeunes maisons d’édition indépendantes sont ensuite mises en avant : Ici Même et Vide Cocagne. Leur fondation, leur histoire et leur ligne éditoriale sont clairement expliquée grâce, en bonne partie, à des entretiens avec les premiers concernés.

"Les sémaphores" est un chapitre entièrement dessiné. Sébastien Vassant puis Thomas Gregor et Tony Emeriau nous livrent quelques pages de bande dessinée pour mettre en scène la vie culturelle en Pays de la Loire. Ils montrent le dynamisme de cette région dans le domaine de la bande dessinée, en n’omettant aucun acteur. Aux auteurs et éditeurs viennent effectivement s’ajouter les associations et les libraires, qui tous œuvrent dans le même sens : populariser la bande dessinée sans pour autant diminuer les exigences artistiques.

Le dernier chapitre, "Entre les cases", n’est sans doute pas le plus cohérent, mais n’est pas le moins stimulant. Nous pouvons y lire un entretien entre François-Jean Goudeau et Xavier Kawa-Topor à propos des rapports entre bande dessinée et cinéma d’animation. Laetitia Cavinato quant à elle a proposé à Etienne Davodeau et Pascal Rabaté de s’exprimer sur leur expérience derrière la caméra. Eva Prouteau met en lumière la perméabilité des frontières entre bande dessinée et art contemporain. Olivier Texier a dessiné quatre pages pour raconter la genèse de ce sport mythique qu’est le catch de dessinateurs à moustaches. Enfin, François-Jean Goudeau nous soumet une bibliographe totalement subjective et fort intéressante, car annotée.

© Olivier Texier - Editions 303, 2016

Ce numéro de la revue 303 s’avère donc d’une indéniable qualité. Agréable à lire grâce à sa mise en page soignée et son iconographie mêlant dessins et photographies, il ne rebutera pas les néophytes par un obscur jargon et séduira également les connaisseurs grâce à la masse des informations proposées.

Outre quelques analyses très stimulantes, en particulier celles d’Eva Prouteau et de Benoît Peeters, le grand intérêt réside dans la part accordée aux auteurs. Les portraits et entretiens leur permettent de s’exprimer autrement que par la bande dessinée – une fois n’est pas coutume ! – et donnent envie d’en lire plus.

Couverture © Brüno - Editions 303, 2016

(par Frédéric HOJLO)

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4 Messages :
  • Populariser serait forcément avilir, puisqu ’on prend la peine de préciser"sans pour autant diminuer les exigences artistiques".
    Curieux paradigme.

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    • Répondu par Frédéric HOJLO le 16 janvier à  15:14 :

      Chez certains "acteurs culturels" (en fait, des commerçants en général), il faut bien avouer que populariser signifie avilir. C’est heureusement loin d’être systématique, et je m’étonne que l’on puisse interpréter mon propos ainsi : je ne lui accordais aucun double sens ou implicite.
      Cordialement,

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      • Répondu par Zot ! le 16 janvier à  18:19 :

        Le lien "Commandez sur amazon" ne fonctionne pas...

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