5 ans de FIBDA pour les 50 ans de l’indépendance algérienne

16 octobre 2012 0 commentaire
  • Le FIBDA, Festival International de la BD d'Alger s'est clôturé samedi 13 octobre après huit jours de festival avec une centaine d'invités venant des quatre coins du globe, présentant une série de conférences, d'ateliers, de tables rondes et d'expositions, et accueillant une dizaine de milliers de visiteurs, autour du cinquantenaire de l'indépendance de l'Algérie.

Allongé de quelques jours cette année par rapport aux éditions précédentes de quatre jours, cette édition s’est déroulée en plein deuil national, suite au décès de l’ancien Président Chadli Bendjedid. Dans tout le pays, les activités culturelles se sont arrêtées, les programmes radios ne diffusaient que de la musique classique, il n’y avait plus ni concerts, ni pièces de théâtre.

Le FIBDA était la seule activité culturelle qui a pu continuer ses activités, annulant uniquement les concerts et la diffusion de la musique sur l’esplanade Ryad El Feth, site accueillant le festival, au pied de l’immense Mémorial des Martyrs/Maqam E’Chahid. Les visiteurs ont donc mis du temps à reprendre le chemin du festival, pensant qu’il serait annulé. Vendredi et samedi, week-end et congé ici en Algérie, le site était plein à craquer, avec un bon nombre de jeunes et de familles. Les invités sont arrivés des quatre coins du monde : Cameroun, Belgique, Égypte, France, Japon, Mali, Maroc, Royaume-Uni, USA... formant ainsi une belle palette d’une quarantaine de nationalités. Impossible de ne pas échanger, apprendre et bouillonner d’idées nouvelles dans un tel environnement.

5 ans de FIBDA pour les 50 ans de l'indépendance algérienne

Un public enthousiaste pour la bande dessinée à Alger

L’Algérie commémore cette année le cinquantenaire de l’indépendance, fil rouge de ce festival. La grande exposition intitulée Algérie 50 bulles, présentait le travail d’artistes algériens et étrangers qui posaient tous un regard sur cette indépendance mais aussi sur l’histoire liée au pays. On pouvait entre autres y voir les "Carnets d’Orient" de Jacques Ferrandez, "L’Âge de se faire tuer" de Désirée & Alain Frappier, les représentations du "Che à Alger" par un collectif cubain, le projet autobiographique de Morvandiau, "D’Algérie" dans lequel il questionne son ascendance pied-noir, ou encore l’hommage à Jean Sénac par Maximilien Leroy, Zephire et Native. De nombreux invités étaient présents parmi lesquels Dany, Gürcan Gürsel, Dan Berry, Geo Sipp..., et beaucoup d’auteurs africains.

De nombreux autres artistes avaient rempli les lieux d’exposition, dont les jeunes artistes algériens qui ont participé aux ateliers animés par Étienne Schréder : les Monstres de l’an dernier et leurs "héritiers", "El Waratha". Ces derniers ont travaillé sur les thèmes de l’identité et de la résistance, sujets entièrement liés à l’indépendance mais qui n’a pas pour autant limité l’imaginaire de ces jeunes talents.

Aux côtés des expositions, était organisé un programme très complet de conférences et d’ateliers, avec entre autres un cycle "BD miroir de l’histoire" qui a tenté d’explorer la transmission de la mémoire comme élément primordial pour la construction identitaire de l’individu et d’une société. Il a aussi été question de discussions autour de thèmes de la colonisation, notamment avec une conférence intitulée "Décoloniser la BD en Afrique", des révolutions arabes ou encore de la création d’un magazine BD en période de conflit.

L’exposition Monstres exposant des auteurs algériens

Un festival d’une telle ampleur ne peut se dérouler sans aucun souci, et l’organisation a eu son lot d’imprévus, mais ceux-ci sont restés dans les coulisses. Aussi, ces quelques problèmes, le plus souvent logistiques, se sont vite transformés en opportunités pour les invités de se mêler à la foule et d’improviser un atelier, une table ronde, ou encore une rencontre. C’est ce qu’a fait le cinéaste belge Jaco Van Dormael qui était venu donner une conférence intitulée "La BD se mêle du cinéma", en animant un atelier d’écriture scénario, non programmé, avec à ses côtés Étienne Schréder. Ils ont ainsi exploré les opportunités narratives autour des deux formes d’art que sont le cinéma et la bande dessinée.

La force du FIBDA est là, dans le potentiel de ses participants car c’est avant tout un festival d’auteurs propice aux rencontres et aux échanges, et cette énergie créative se partage sans limites, au-delà les frontières. Ces échanges permettent aussi de voir le monde, de la BD mais pas uniquement, à travers diverses perspectives, et c’est un vrai bol d’air pour tous, lecteurs et auteurs.

Lieu de rencontre privilégié des auteurs de BD au Maghreb mais aussi pour de nombreux auteurs venant des différents pays d’Afrique, le FIBDA joue un rôle-clé dans le développement de la création en bande dessinée en Algérie ainsi que sur le continent africain, mais aussi de sensibilisation des lecteurs à la bande dessinée. Cette aventure commencée il y a cinq ans grandit chaque année, et c’est pour le mieux, il faudra juste que le comité équilibre les ambitions du festival afin que l’organisation reste gérable et que cet événement garde sa place de favori des auteurs des quatre coins du monde dont il a su gagner le cœur et le talent.

REPORTAGE : Canan Marasligil

Cérémonie de remise des prix du FIBDA 2012

Les Prix du FIBDA 2012

- Meilleur Album en langue arabe : Ville avoisinant la terre, Jorj Abou Mhayya (Bar Onboz/Liban)

- Meilleur Album en langue étrangère : La Grippe coloniale 2, Appollo & Serge Huo-Chao-Si (Vents d’Ouest)

- Meilleur Scénario : Golo, Mes mille et une nuits du Caire, (Futuropolis)

- Meilleur Dessin : Hector Sonon, Toubab or not Toubab, (Rivages/Casterman/Noir)

- Meilleur Projet : A contre-pied, Bensâada Illies & Benali Mohammed El Amine

- Mention Spéciale du jury : L’Algérie pour les nuls, Samir Toudji (Algérie)

- Encouragement : Une Vie volée, Japhet Miagotar (Cameroun)

- Meilleur Fanzine ou magazine BD : Tok Tok mag (Egypte)

- Mention du jury : pour le magazine Taïwan Comix

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Photos : Canan Marasligil.

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