À Angoulême, Spirou dynamise la Cité de la BD

14 juin 2013 13 commentaires
  • Tandis que l'hebdomadaire fait une étape cette semaine à Lyon, les septante-cinq ans de Spirou prennent leurs quartiers d'été à Angoulême. Un événement intergénérationnel et patrimonial qui ravira petits et grands.

Cela n’ouvre que le 29 juin prochain, mais ActuaBD.com est déjà allé y voir et en revient séduit : la Cité de la BD a mis les petits plats dans les grands pour fêter les "septante-cinq" ans du groom.

Une sorte d’événement pour cette institution qui inaugure-là une première : "C’est la première fois que l’on fait une exposition autour d’un personnage, nous dit Gilles Ciment, le directeur de la Cité. Ce que je trouve particulièrement intéressant, c’est qu’il est passé à travers des mains différentes et qu’à chaque fois, il a pris quelque chose de l’auteur qui s’en est emparé. Du coup, pour le lecteur, c’est presqu’un apprentissage de ce qu’est un auteur, de ce qu’il apporte, ce qu’est une "patte", un style... Et ceci de façon inconsciente : un lecteur qui a lu pendant plusieurs années des avatars de Spirou perçoit quelque chose qui traverse le processus-même de la création."

À Angoulême, Spirou dynamise la Cité de la BD
Spirou en est tourneboulé : que de souvenirs ! La figurine grandeur nature du groom a été produite par Leblon-Delienne. Derrière elle (avec le grand S), une affiche de Jijé inédite, retrouvée dans les archives d’un marionnettiste.

Les organisateurs ne se sont pas contentés d’aligner les planches. Il y a un propos, une pédagogie, une volonté de surprendre et surtout d’amuser : carousel en guise de porte d’entrée, objets divers racontant l’histoire du personnage, mise en évidence des différents auteurs, le tout dans une scénographie décoiffante. Gilles Ciment : " Il y a des pièces assez uniques comme certains originaux de couvertures de Franquin, une affiche jamais vue de Jijé, ou des curiosités comme cette marionnette de Spirou sculptée par Jijé qui est très belle et qui montre comment, une fois que le journal de Spirou a été interdit par l’occupant allemand, l’éditeur Jean Dupuis qui avait voulu et créé ce personnage, a fait pour en faire perdurer l’esprit, le souffle et le mythe à travers un spectacle de marionnettes qui parcourt la Belgique entière. Je trouve cela intéressant d’un point de vue historique, cela explique aussi sa dimension populaire. C’est une exposition dont je retiens une énergie, un ensemble. Le personnage passe de main en main et, à chaque fois, on a un tableau personnel et original."

Le commissaire de l’exposition, Jean-Pierre Mercier, conseiller scientifique du Musée de la BD, s’attarde sur des planches d’Emile Bravo.

Effectivement, le spectateur passe par toutes sortes de grammaires stylistiques : du trait aérien et "loustic" de Gillain, au dessin rond quasi disneyen de Franquin qui évolue vers de plus en plus de réalisme, en passant par Fournier à la touche poétique ou Broca que l’on a un peu vite vilipendé, pour aboutir jusqu’aux modernes Tome & Janry, Chaland, Bravo, Schwartz, Yoann...

La scénographie de Nawak et Ventilo s’amuse de ce chaos de styles avec une déco ludique, monté sur ressorts, des basculements, des changements d’échelle... : " On l’a choisie parce qu’elle répondait au cahier des charges du titre de l’exposition, explique Gilles Ciment : "Spirou, un héros dynamique" avec des codes graphiques comme le ressort, les panneaux qui basculent, qui donnent un effet dynamique, et la couleur. Spirou, c’est simple : c’est rouge, jaune et noir. Les autres propositions n’utilisaient pas ces atouts. Pour montrer que Spirou, ce n’est pas grand chose et que ce sont les auteurs qui y mettent la matière, ce n’était pas mal : Cela se résume en quelques codes graphiques qui traversent l’exposition de part en part."

La scénographie de Nawak et Ventilo décoiffe. Elle confère une signature originale à l’exposition

Gilles Ciment analyse le parcours d’un héros très "américain" finalement : " On n’a pas beaucoup d’autres exemples comme celui-là dans notre bande dessinée. On voit bien que quand Spielberg fait un Tintin avec un autre graphisme, on est tous troublés alors qu’avec Spirou, il n’y a pas de difficulté. Cela fait penser en effet à la tradition américaine, chez Disney ou dans les histoires de super-héros, où les personnages passent d’un dessinateur à l’autre. Avec Spirou qui nous a accompagné dans notre enfance comme dans l’âge adulte, on en vient à parler, comme aux USA, des dessinateurs que l’on préfère, comme on le fait avec Mickey et Donald, dont les amateurs distinguent les dessins faits par Ub Iwerks, Carl Barks ou Floyd Gottfredson. C’est un apprentissage du métier de l’artiste, finalement."

Mêlant des objets Leblon-Delienne et Pixi à des réalisations originales de grand format, la rédaction de Spirou (et de Gaston !) est bien entendu évoquée.

L’espoir du patron de la Cité est que ce personnage populaire lui apporte une audience familiale et intergénérationnelle : " 75 ans, c’est long. Nous attendons donc les grands-parents avec leurs enfants et leurs petits-enfants ! C’est aussi ce qui nous plaisait dans la scénographie : elle en donne aux trois générations. Autour de l’exposition, nous allons faire pendant tout l’été des ateliers de médiation et de création très variés, toujours précédés par une visite de l’exposition. Il faut regarder sur le site de la Cité et réserver bien à l’avance, car il y a peu de places. Pour que les enfants soient bien accompagnés (ils le sont souvent par un auteur), il faut des groupes de 10-12 personnes, pas plus. Tout est expliqué sur le site avec les âges pour chaque atelier. Un jeu concours fait gagner des albums Spirou qui sont à récupérer chez les commerçants. Et puis une "chasse au Marsupilami", un parcours-jeu pour trouver leur nid fait également partie de la visite. Dans l’exposition, on peut visionner un documentaire de 52 minutes sur l’histoire de Spirou. La série TV du Petit Spirou passe aussi dans une petite salle destinée aux enfants. Des rencontres sont organisées avec les auteurs dans l’exposition."

Une application exceptionnelle : une table numérique tactile créée par Dreamtonic, une société d’Aquitaine, permet au visiteur de visionner des milliers de page du journal de Spirou, de 1938 à 2013. Nostalgie garantie !

C’est en outre une exposition qui va communiquer plus que d’habitude grâce à l’appui des éditions Dupuis. Une communication particulière sera faite dans les Centres Culturels Leclerc, par voie d’affichage, pour la première fois dans les grandes gares parisiennes, sur la ligne Paris-Bordeaux, ou encore sur la côte de la Charente-Maritime (La Rochelle, etc.) où se massent les touristes pendant l’été.

Les jours gris seront colorés par le groom !

Dans le Vaisseau Moebius qui fait face au Musée, la Galerie des illustres reprend quelques-uns des plus beaux hommages de dessinateurs contemporains à Spirou

(par Didier Pasamonik (L’Agence BD))

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- Spirou, un héros dynamique - Du 29 juin au 6 octobre 2013 - Cité de la Bande Dessinée, Angoulême.

Le site de l’événement

Photos : D. Pasamonik (L’Agence BD)

 
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13 Messages :
  • À Angoulême, Spirou dynamise la Cité de la BD
    14 juin 2013 19:01, par la plume occulte

    Oui Spirou a septante-cinq ans et rien d ’autre, parce ce qu ’il est bon de rappeler la place légitime de la Belgique dans la BD de chez nous !

    Pour le reste...On se dit que certains ne changeront jamais, avec ce discourt engoncé et plein de complexes, ripoliné au vernis moraliste de la bien-pensance ;et on se plait la à leur conseiller d ’aller prendre l’air, voir les vrais gens et le vrai monde.C ’est souverain.

    Au contraire de ce qui est dit, Spirou n ’a rien d ’un "pas grand chose"ou d ’américain,sa saveur est de celle que l’on goûte ici. Il est grand, unique et le fait qu ’il soit passé entre diverses mains n’a rien d’une tare ,rédhibitoire ,qui en ferait un produit.Au contraire d’une oeuvre. Une oeuvre d’auteur.

    Il n’y a rien à justifier monsieur Ciment, à crédibiliser.Les figures rhétoriques ici sont de trop.Oui Spirou est grand. Ami , partout, toujours....et ami de tout le monde.

    Munuera quant à lui été oublié parmi les artistes modernes cités qui ont dessiné Spirou.j’ai trouvé son travail superbe ,avec un encrage grandiose. C’ est un bon.

    Les lignes bougent pour finir, Dupuis toujours comme ici avec l’enseigne de grandes surfaces Leclerc, va proposer une compilation du tome un de quatre de ses grosses séries récentes pour moins de 5 euros.Belle initiative.Histoire de récupérer un peu du million d’acheteurs perdu en 2012.

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    • Répondu par Sergio Salma le 15 juin 2013 à  10:11 :

      La Plume occulte = le maire de Champignac.

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      • Répondu par Didier Pasamonik (L’Agence BD) le 15 juin 2013 à  11:46 :

        Ou alors il fume de la mauvaise moquette. On l’a connu plus cohérent, mais il dérive ces derniers temps.

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        • Répondu par la plume occulte le 15 juin 2013 à  14:58 :

          En toute cohérence pour dériver il ne faut pas être sur des rails monsieur Pasamonik.Rouge de confusion je mesure la hauteur de l’hommage et de l’encouragement et, tout de go, me refuse pour la suite au doux confort de la bonne moquette.

          PS:Rien dans mon commentaire de haute tenue n’était destiné à votre encontre monsieur Pasamonik ;sauf peut-être le signalement de l’oubli de l’excellent Munuera.

          Re PS:De monsieur Ciment on attendait un discourt un peu plus béton arf arf....

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      • Répondu par la plume occulte le 15 juin 2013 à  14:41 :

        Ça tombe bien c’est une de mes idoles ,avec Oncle François et le scénariste d’Animal Lecteur.

        C’est vrai en plus !

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    • Répondu par John Helena le 15 juin 2013 à  23:51 :

      Ah sapristi , discours ça s’écrit avec un s ( entre autres fautes , mais celle-là saute d’autant plus aux yeux que plume occulte fait un dislong , hé hé ) . Ce n’est pas la peine de se lancer dans des logorrhées ampoulées ( et barbantes , effectivement ) quand on n’est pas foutu de maitriser un minimum d’orthographe ...

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      • Répondu par la plume occulte le 16 juin 2013 à  14:43 :

        Par ce jour de grand soleil restons guilleret monsieur le censeur au sourcil épais et proche de la frange,si je m’étais relu j’aurais écrit :"De monsieur Ciment on attendait un discours PLUS SOLIDE,UN PEU MOINS ENSABLÉ ET ...un peu plus béton arf arf"....Et pour le coup re arf !!

        Restez une élite monsieur le gardien du temple:l’univers en manque singulièrement..

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        • Répondu par Oncle Francois le 16 juin 2013 à  18:09 :

          vous avez raison de rester guilleret, ami occulte, la remarque de John Helena n’est pas très pertinente et n’élève en rien le débat, cela peut arriver à tout le monde de faire une faute d’ortografe (l), j’en ai mis une exprès à l’attention des grincheux qui voudraient que les commentaires de forums soient au niveau de la dictée de Pivot). Arf arf !

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          • Répondu par la plume occulte le 17 juin 2013 à  18:11 :

            L’objectif de ce genre de religieux là n’est pas la pertinence ou d’élever le débat cher oncle.Pas plus qu’il ne s’agit d’être grincheux ou pas.L’objectif est plutôt de corseter le dit débat ...voire plus.En désignant du haut de son piédestal qui a le droit de s ’exprimer ou pas.Un démocrate à géométrie variable.

            On peut lui conseiller à lui aussi d’aller prendre l’air voir le vrai monde et les vrai gens.

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      • Répondu par Joe le 23 juin 2013 à  15:14 :

        S’il faut chercher la petite bête, vous noterez qu’on ne met pas d’espace à l’intérieur des parenthèses (comme vous pouvez le lire sur wikipedia) (même si c’est sans doute expliqué de manière un peu ampoulée).

        Laissez donc les mouches tranquilles :)

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  • Expo au CBBD (Bruxelles) ?
    23 juin 2013 12:19, par pierre

    Quelqu’un a-t-il eu l’occasion de visiter l’expo ’’Spirou de main en main’’ au CBBD de Bruxelles ? Cela vaut-il la peine ? Peut-on espérer une critique d’actuaBD ?

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    • Répondu par Didier Pasamonik (L’Agence BD) le 23 juin 2013 à  13:01 :

      Nous en avons parlé dans un précédent article. Nous vous recommandons de vous inscrire sur la Newsletter d’ActuaBD (en haut à droite de la page).

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      • Répondu par pierre le 23 juin 2013 à  18:24 :

        Merci j’avais cherché mais pas trouvé cet article. Ceci dit il ne fait qu’annoncer cette expo mais il n’en fait nullement la critique.

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