Adolescence : le regard juste d’Hilding Sandgren

12 juillet 2017 0 commentaire
  • La dessinatrice suédoise donne une suite à "Ce qui se passe dans la forêt", publié à l'automne 2016 par les Editions çà & là. Dans "L'unE pour l'autrE", Hilding Sandgren reprend ses trois héroïnes, cette fois de deux ans plus âgées. Leurs problèmes se font plus rudes, mais leurs liens sont encore plus forts. Une description juste de l'adolescence, éloignée des caricatures, dans un style aussi brut que peut l'être cette période de la vie.
Adolescence : le regard juste d'Hilding Sandgren
Ce qui se passe dans la forêt © Hilding Sandgren / Editions çà & là 2016

La dessinatrice Hilding Sandgren est originaire du Småland, une province du Sud de la Suède. Cette région semble, à la lecture de ses deux premières bandes dessinées, plutôt morne et sans attrait. C’est peut-être une des raisons du malaise vécu par une partie des adolescents qui y vivent. Mais là n’est pas le souci de l’autrice, qui cherche moins, avec Ce qui se passe dans la forêt et L’unE pour l’autrE, à expliquer qu’à décrire.

Dans Ce qui se passe dans la forêt (Prix Urhunden du meilleur album suédois en 2015), nous faisions connaissance avec Aïda, Tess et Marlène, alors âgées de quatorze ans. Nous les suivions dans la découverte de nouvelles règles, différentes de celles de l’enfance sans être encore celles des adultes. Joies et misères les conduisaient à s’endurcir et une belle solidarité naissait entre les trois jeunes filles. Le dessin au crayon d’Hilding Sangren [1] transcrivait déjà fort bien le flou de l’adolescence.

L’unE pour l’autrE © Hilding Sandgren / Editions çà & là 2017
L’unE pour l’autrE © Hilding Sandgren / Editions çà & là 2017

Nous retrouvons ses trois héroïnes dans L’unE pour l’autrE, édité également par les Editions çà & là. Environ deux ans ont passé depuis la fin de Ce qui se passe dans la forêt. Aïda, Tess et Marlène sont dorénavant de plain-pied dans l’adolescence. Elles commencent à sentir le poids des responsabilités et à ressentir la violence sourde inhérente à toutes les sociétés occidentales post-industrielles. Leurs émotions deviennent aussi plus intenses et les choix plus lourds de conséquences.

L’unE pour l’autrE s’arrête sur quelques journées, apparemment anodines, mais lors desquelles s’accumulent divers événements, du moins perceptible au plus dramatique. Ces journées vont provoquer chez les trois jeunes filles de nombreuses réflexions. Elles ont surtout à choisir entre la résignation et le combat, l’oubli et le risque, la honte et l’amour-propre. Ces journées les verront se rapprocher encore, dans une confusion des sentiments qui n’empêchera finalement pas le passage à l’âge adulte, tant moral que symbolique.

L’unE pour l’autrE © Hilding Sandgren / Editions çà & là 2017

Hilding Sandgren brille dans la description de ces vies adolescentes. Sans exagération ni effets de manche, souvent allusive et elliptique, elle montre aussi bien les troubles intérieurs, les doutes et les failles que la dureté des relations sociales et ce qui s’approche d’une "guerre des sexes". Aïda, Tess et Marlène doivent faire face aussi bien aux difficultés familiales - parents défaillants voire absents, béance culturelle - qu’à l’âpreté des rapports sociaux. Comme la plupart d’entre nous, les jeunes suédoises hésitent, réagissent à retardement ou à contre-courant, se débattent. Elles osent parfois, se lancent, regrettent mais persistent. Elles vivent, tant bien que mal, et se construisent.

Le dessin d’Hilding Sandgren apparaîtra sans doute comme austère à certains lecteurs. Mais l’usage du crayon et du noir et blanc, y compris pour quelques pleines pages, correspondent parfaitement au propos. Cette technique rend bien le flou, oscillant entre tendresse et violence, de la période adolescente. Les détails importent peu, à quelques rares exceptions près. Les textures et les dégradés en revanche, tout comme les cadrages et les compositions, reflètent les variations d’humeur et d’émotions des personnages. Une manière de décrire - là encore - et de faire ressentir ce que vivent les trois jeunes filles.

Hilding Sandgren propose donc un portrait sensible, à la fois représentatif et singulier, d’adolescentes que rien ne distingue si ce n’est la force de leur amitié. Son trait brut, parfois dur, et ses lignes comme tracées dans l’urgence sont à l’image de ses personnages. Or une forme qui fait sens est souvent le gage d’une œuvre réussie.

L’unE pour l’autrE © Hilding Sandgren / Editions çà & là 2017

(par Frédéric HOJLO)

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L’unE pour l’autrE - titre original : Vägarna är som tvättbrädor här - traduit du suédois par Florence Sisask - 17 x 24 cm - 192 pages en noir & blanc - broché -
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A lire également sur ActuaBD : la chronique de Ce qui se passe dans la forêt.

[1Celle-ci signait auparavant "Hilda-Maria" Sandgren.

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