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Adrien Floch ("Les Naufragés d’Ythaq") : « Le récit prime sur le format »
4 octobre 2011

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Adrien Floch ("Les Naufragés d'Ythaq") : « Le récit prime sur le format »

Arleston et Floch livrent la conclusion de cette série étonnante qui louvoie entre thriller, SF, humour et Héroïc Fantasy. Un premier cycle qui pourrait être suivi d’un second. Mais son dessinateur termine d’abord Cixi avant d’entamer un autre projet avec Arleston.

Étonnant parcours que celui d’Adrien Floch qui, à 35 ans, s’impose comme une valeur sûre et confirmée du catalogue de Soleil. Ayant signé son premier contrat à 17 ans, ce « jeune » prodige n’a de cesse de vouloir s’améliorer, travaillant à un rythme soutenu, toujours passionné dans son travail. En particulier lorsqu’il peut se confronter à celui dont il a dévoré les albums : Olivier Vatine.

Adrien Floch ("Les Naufragés d'Ythaq") : « Le récit prime sur le format »
Une conclusion fort attendue !

Livrant un cycle imposant de neuf albums en seulement six années, Floch est parvenu à s’imposer au sein d’un marché plutôt encombré comme on sait. Si l’on attend pour la fin d’année le troisième et dernier Cixi qu’il dessine sur le storyboard de Vatine, ce sont pourtant principalement Les Naufragés d’Ythaq qui attirent notre attention. Nous nous étions concentrés sur les premiers albums dans une entrevue précédente, nous mettons donc cette fois l’accent sur la suite des aventures étonnantes de Granite et de ses « amis ».

En reprenant vos albums, on peut remarquer quelques grandes étapes, par exemple la modification des couleurs entre les tomes 5 et 6

Ce changement est intervenu de manière naturelle car Crazytoons qui mettait précédemment notre série en couleurs, était parti pour d’autres aventures. Claude Guth assisté par Sébastien Lamirand aux effets spéciaux, a donc repris la colorisation. C’était un pari risqué de passer du numérique au traditionnel car la tendance est plutôt à l’inverse. Mais ils ont relevé le défi avec brio.

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Une planche à bords perdus du tome 9, comme les apprécie Adrien Floch

On peut remarquer votre évolution graphique dans la prédominance de plus en plus présente des décors dans des plans larges et une alternance de zooms sur les visages.

Effectivement, je mets davantage l’accent sur les décors qui permettent aux lecteurs de se familiariser toujours un peu plus avec la planète Ythaq et je n’oublie pas non plus d’alterner avec des gros plans qui permettent de saisir les émotions vécues par les personnages.

Vous osez introduire quelques effets « manga » pour vos personnages, en particulier pour Granite !

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Une couverture non retenue pour ce tome 9

Je m’amuse à utiliser cet effet pour marquer un trait d’humour. Si je faisais du pur réalisme, je ne pourrais me permettre cette transgression, et donc je passerais sans doute à côté de l’effet recherché. Il y a vingt ans, on aurait pu être désarçonné par ce type de cassure graphique, mais actuellement, on lit autant du comics, que du manga ou du franco-belge, ce qui permet d’intégrer rapidement le sentiment exprimé dans la case sans s’en offusquer.

Vous avez également tendance à employer davantage de planches à bord perdu ?

Ce type de mise en page est plus long à construire mais il en ressort une ambiance générale très appuyée. Sans tomber non plus dans l’illustration, je trouve que ces images renforcent les scènes qui suivent.

Cette méthode de travail est sans doute impulsée par les introductions spécifiques réalisées par Arleston. Ainsi, la première planche du tome 8 fait directement basculer le lecteur et le récit sur le pivot de son imagination !

C’est un des grands points forts d’Arleston : sa capacité à surprendre le lecteur avec des situations fort différentes les unes des autres. Les voyages sont également caractéristiques de ses trames : on accompagne les personnages au cours de leur périple, ce qui permet l’évolution et le dépaysement constant lors de la lecture. Pareil en tant que dessinateur : c’est passionnant de pouvoir fréquemment changer de cadre et d’ambiance. C’est un défi permanent de passer de l’urbanisme des villes à la technologie militaire d’un vaisseau, sans oublier l’île mystérieuse. Arleston est aussi un excellent dialoguiste qui rend les personnages vivants et très attachants.

C’est d’ailleurs sur cet aspect joue la fin de ce cycle, alors que des personnages s’affrontent sans pour autant vouloir se faire du mal ?

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Une illustration de Cixi pour le Lanfeust’ Mag

Oui, nous suivons depuis le début ces personnages qui, malgré leurs différences, sont liés par l’histoire de leur naufrage sur Ythaq. On joue donc les compromis en composant avec leurs sentiments respectifs.

Toutes éditions confondues, le premier tome d’Ythaq atteint les 200.000 exemplaires, un niveau assez incroyable, même pour Arleston dont toutes les séries ne parviennent pas à un tel succès. Quels en sont les ingrédients selon vous ?

Comment expliquer ce succès ? Si je le savais…Il faut peut-être être soi-même captivé par l’histoire que l’on raconte...

Si vos albums sortent à un rythme soutenu, la pagination est moins rigoureuse car on passe de 48 à 56 voire à 64 pages !

Oui, depuis le premier tome nous donnons la priorité au récit plutôt qu’au format de l’album. Certain sont plus denses que d’autres, mais c’est le contenu qui prime !

Ce neuvième tome marque-t-il la fin de la série ?

Non, plutôt une fin de cycle, car c’est un épisode-clé dans lequel les lecteurs trouveront les réponses laissées en suspens dans les épisodes précédents. Cela permettra du coup aux personnages d’évoluer vers de nouvelles intrigues pour les prochains tomes.

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Adrien Floch, dans son atelier
Photo : © CL Detournay

Par rapport à ce première cycle, voudriez-vous exprimer à Arleston des désidérata pour le futur de votre collaboration ?

J’aime beaucoup Ythaq, car les genres sont divers, mêlant humour, aventure, SF et parfois thriller, mais j’aimerais parfois me lancer dans un univers plus sombre, ce qui m’attirerait terriblement, car je pourrais me lancer dans de nouvelles expériences d’encrage. J’apprécie ces atmosphères lourdes, comme la fin du tome 8 d’Ythaq qui bénéficie d’un encrage fort différent des premiers tomes : plus de matière. Je dessine avec une brosse, le trait devient moins esthétique mais plus frotté, ce qui renforce le contexte du récit.

Sort également dans quelques semaines le troisième tome de Cixi, que vous avez dessiné sur base du story-board d’Olivier Vatine. Pour vous qui l’appréciez beaucoup, cela devait être une seconde consécration ?

C’est une expérience et un challenge extraordinaire. J’ai été marqué par Aquablue, Star Wars ainsi que par les différents projets de séries B story-boardées par Vatine.

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Le storyboard d’Olivier Vatine...
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...et la planche d’Adrien Floch !

Et concernant la reprise de Slhoka, quelle a été votre implication ?

Minime car il était important que Cyril s’approprie l’univers de Slhoka ainsi que ses personnages afin d’y apposer son empreinte. Je voulais qu’il soit le plus à l’aise possible sur la série afin de donner le meilleur de lui-même…

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Un nouveau cycle vient de débuter pour Slhoka, dix ans après ses précédentes aventures...

Et est-ce que vous avez appliqué à vous-même ce judicieux conseil en reprenant Cixi… ?

Sur ce plan, la comparaison n’est pas facile car je travaille sur la base du story-board de Vatine, qui est très précis dans sa gestion des persos et des décors.

Vous aviez salué Tarquin pour l’aide qu’il a pu vous apporter. Avec la distance, est-ce que vous continuez à vous dévoiler vos travaux respectifs ?

En plus d’être un très grand ami, Didier Tarquin a toujours été de bon conseil pour les questions techniques et artistiques. Il m’a beaucoup appris sur l’art de la mise en scène… Et bien sûr, nous suivons toujours de près nos travaux respectifs. Puis, je dois également beaucoup à Mourad qui a toujours continué à me faire confiance… Plus je fais de bande dessinée, plus j’aime mon métier.

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Lire notre précédente d’interview dAdrien Floch : "Certaines histoires nécessitent une parution rapide"
Lire nos chroniques des précédents tomes des Naufragés d’Ythaq : 1 ; 3 ; 4, 5 et 6

Lire les premières pages des Naufragés d’Ythaq T9 et du nouveau cycle de Slhoka.

Photo en médaillon : © CL Detournay

(par Charles-Louis Detournay)

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