Ahmed Agne et Cécile Pournin (Ki-oon) : « Le manga, c’est avant tout du fun ! »

5 juillet 2007 0 commentaire
  • À Trappes, dans le 78, il n’y a pas que des potes à Djamel Debouzze ou des stars du Rap et du R’nB, il y a aussi Ki-oon, un éditeur de manga qui trace un chemin singulier dans la production éditoriale démentielle d’aujourd’hui. Nous avons rencontré ses fondateurs, Cécile Pournin et Ahmed Agne, des éditeurs compétents à la passion intacte.
Ahmed Agne et Cécile Pournin (Ki-oon) : « Le manga, c'est avant tout du fun ! »
Cécile Pournin
Photo : DR

Depuis quand existe Ki-oon ?

Ahmed Agne : Cécile et moi avons créé Ki-oon en octobre 2003, et notre premier bouquin est sorti en mars 2004.

Ki-oon signifie quoi ?

Cécile Pournin : Ki-oon, c’est une onomatopée japonaise signifiant « avoir le cœur gonflé d’émotion », qu’il s’agisse de joie ou de tristesse.

Comment êtes-vous devenu éditeurs ?

Cécile Pournin : Par passion et sur le tas ! Nous n’avions pas de formation particulière à ce métier l’un comme l’autre : j’étais traductrice littéraire, et Ahmed, traducteur interprète en japonais. Comme la plupart des trentenaires de notre génération, nous avons grandi avec Cobra, Les Chevaliers du Zodiaque et autres productions nipponnes de l’époque. Ce sont ces personnages, ces lieux et ces histoires qui ont d’une certaine manière façonné notre imaginaire. Et aussi stupide (ou pas) que cela puisse paraître, c’est ce qui nous a poussés l’un comme l’autre à étudier la langue japonaise pour en savoir plus sur cet étrange petit pays ! Nos séjours respectifs au Japon (1999 – 2001) nous ont véritablement ouvert les yeux sur la richesse et la diversité de la production nipponne et nous ont confortés dans l’idée de monter notre propre structure éditoriale.

Cela a dû être très formateur. Ahmed, ça ne leur a pas fait bizarre d’avoir comme interlocuteur un Français black parlant le japonais ?

Übel Blatt N°0 de Etorouji Shiono
Ed. Ki-oon

Ahmed Agne : Très formateur, oui. D’une part parce que je sortais de la fac et que c’était mon premier job, et aussi parce que c’était l’occasion de découvrir un Japon loin des clichés et de l’image déformée qu’on peut en avoir de la France. Je travaillais à Misasa, une petite ville de campagne de 8.000 habitants, et inutile de vous dire que les étrangers ne couraient pas les rues là-bas, les noirs encore moins. Ce qui a forcément donné lieu à quelques scènes marrantes comme les enfants qui vous frottent le bras pour savoir si « tout ce noir, c’est du maquillage ou pas » ! Blague à part, ça a surtout été l’occasion d’apprendre à travailler avec les Japonais, ce qui s’avère déterminant et ô combien précieux dans nos relations aujourd’hui avec nos partenaires nippons.

À Trappes, vous êtes un peu des célébrités, non ?

Ahmed Agne : Non, non, pas du tout ! Disons que Ki-oon est la seule maison d’édition en activité à Trappes, et qu’on est dans un secteur qui plaît beaucoup aux jeunes, alors forcément, ça se sait ! En tout cas, on reçoit beaucoup de messages d’encouragement qui nous font très plaisir, et nous poussent à persévérer.

Comment travaillez-vous, comment se structure votre catalogue ?

Boogiepop 1 de de Kotaro Mori
aux éditions Ki-oon en septembre

Cécile Pournin : D’une politique éditoriale strictement basée sur la Fantasy au départ, notre catalogue s’est progressivement diversifié même si celui-ci s’appuie encore en grande partie sur le genre fantastique. La particularité de Ki-oon, c’est de travailler non seulement avec des éditeurs japonais, mais aussi en direct avec des auteurs japonais indépendants. Ça a été le cas avec Tetsuya Tsutsui (Duds Hunt, Reset, Manhole), Mamiya Takizaki (Element Line), Kotobuki Keisuke (Kamisama), etc, qui sont des auteurs que nous avons contactés directement au Japon, soit au travers de salons de BD comme le Comiket, soit au travers de leurs sites internets respectifs et avec lesquels nous avons des contrats d’exclusivité. Du point de vue éditorial, c’est évidemment beaucoup plus gratifiant de pouvoir communiquer avec un auteur et de coopérer sur tous les aspects de la création d’une œuvre avec lui. Pour ce qui est de nos relations avec les éditeurs japonais, ces derniers ont été séduits par notre approche du marché et le cercle de nos partenaires s’élargit régulièrement : du très sélectif Square Enix, à Kadokawa, Media Works, Enterbrain, Shinshokan, Jive, Wani…

Übel Blatt N°1 de Etorouji Shiono
Ed. Ki-oon

Actuellement, il se produit plus de 150 mangas par mois. Comment résistez-vous à cette surproduction et quels sont vos points forts par rapport à la production actuelle ?

Ahmed Agne : Soyons clairs, il est devenu extrêmement difficile d’imposer une nouveauté quand il ne s’agit pas du petit dernier d’un auteur déjà très connu, ou d’un manga très attendu par les fans et qui possède un statut de best-seller quasi préétabli, du type Death Note. Il est donc vital d’accompagner chaque lancement de série d’une campagne promotionnelle importante pour que la nouveauté ne soit pas noyée au milieu de ce flot de sorties. Pour Übel Blatt par exemple (issu du catalogue Square Enix), qui est un titre important pour Ki-oon, nous avons réalisé un fascicule de prépublication de 20 pages encarté dans deux magazines, également distribué en librairie, et nous avons organisé une campagne de prépublication sur le Net permettant aux internautes d’y découvrir les mêmes 20 pages. Le titre sera aussi mis en avant à Japan Expo, puisque notre stand sera décoré aux couleurs de Übel Blatt. Pour l’instant, ça marche en tout cas, puisque le tome 0 paru fin mai réalise un excellent démarrage.

Manhole de Tetsuya Tsutsui
(c) Ki-oon

Cécile Pournin : Nous croyons beaucoup à la promotion par le Net, et à cet effet, nous avons lancé au mois de mai dernier une nouvelle version de notre site qui inaugurait une section inédite : des mangas en ligne. Cette rubrique permet aux lecteurs de feuilleter de longs extraits de titres issus de notre catalogue. Plusieurs centaines de pages sont déjà disponibles et la sélection est amenée à s’élargir dans les semaines à venir, notamment avec la prépublication en ligne de notre nouvelle série, Boogiepop Dual [1], dont le premier volume est prévu pour octobre. Là encore, la fréquentation du site a quadruplé depuis le lancement de la nouvelle version, ce qui démontre l’intérêt du public pour ce type d’offre.

Kamisana de Keisuke Kotobukie
(C) Ki-oon

Ahmed Agne : Enfin, nous essayons aussi de ne pas dépendre uniquement du marché francophone. Comme je vous le disais, nous avons l’exclusivité sur les titres de nos auteurs indépendants, et nous les vendons à des éditeurs étrangers. Ainsi, Duds Hunt a été vendu en Italie, à Hong Kong, à Taiwan, et aux Pays-Bas. Nous avons même reçu des propositions du Japon pour l’adaptation cinématographique ! Quant à Element Line, nous l’avons récemment cédé à l’éditeur américain Tokyopop. Nous sommes actuellement le seul éditeur français de mangas à travailler directement avec des auteurs nippons, puis à les mettre sur le marché des droits internationaux, à la manière… d’un éditeur japonais !

Japan Expo est un moment important pour vous ?

Ahmed Agne : Oh que oui ! C’est une immense récréation qui nous permet de nous arracher quelques jours du bureau pour aller à la rencontre des fans et discuter avec eux. À force de traiter uniquement avec un distributeur et des éditeurs, on en viendrait presque à oublier ces milliers de lecteurs qu’on cherche à toucher en publiant nos titres. C’est une piqûre de rappel salutaire : le manga, c’est avant tout du fun !

Propos recueillis par Didier Pasamonik, le 4 juillet 2007.

Planche de Duds Hunt de Tetsuya Tsutsui dans sa version de Honk-Kong
Ed. Ki-oon.

(par Didier Pasamonik (L’Agence BD))

Cet article reste la propriété de son auteur et ne peut être reproduit sans son autorisation.

Le site de Ki-oon

Japan Expo 8ème Impact sera ouvert aux visiteurs du 6 au 8 Juillet 2007 entre 11h00 et 19h00. Nous vous conseillons d’acheter les billets à l’avance.

Le site de Japan Expo

Parc d’Expositions de Paris-Nord Villepinte.
Le Festival bénéficie d’une station RER dédiée, à 25 minutes du Centre de Paris, 10 minutes de Charles de Gaulle (aéroport et gare TGV).

En médaillon : Ahmed Agne. Photo : D. Pasamonik.

[1Boogiepop Dual : manga basé sur une série de romans très populaires au Japon, et déclinée en animé (disponible chez Dybex).

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