Amitié étroite - Bastien Vivès- Kstr/Casterman

18 octobre 2009 6 commentaires
  • Amis ? Vraiment ? Ces deux-là cultivent une relation étrange, au point que leurs entourages respectifs ont du mal à suivre. Le nouveau Vivès est arrivé, avec ses personnages gracieux et fuyants. Encore une réussite.

Avec son impressionnant rythme de production, Bastien Vivès ne semble jamais à cours d’inspiration. Si ses personnages, toujours autour de la vingtaine, se ressemblent, ils possèdent une vraie présence.

Bruno et Francesca, ces amis si étranges, paraissent dans Amitié étroite, vivre une relation déséquilibrée : à elle les garçons, la joie de vivre, à lui les films en solo, l’absence de vie sentimentale. Pourtant Francesca ne peut pas se passer d’avoir de ses nouvelles, de le voir, de lui raconter sa vie... Une forme d’inversion de la situation va faire tanguer le navire...

Durant tout cet album fourmillant de couleurs vives, Vivès nous emmène dans des directions trompeuses, pour mieux nous surprendre. Le lecteur, dès les premières pages, veut percer le secret, découvrir le sens profond du lien qui unit les deux personnages principaux.

Avec des flash-backs (années lycée) dessinés dans un flou original et bien maîtrisé, on revient régulièrement sur le début de l’amitié Bruno-Francesca. Et pourtant, la scène finale-ou l’auteur montre son intérêt pour le sexe explicite - respectera le crédo de Vivès : ne jamais tout expliquer, et éviter les conclusions simples. Sans oublier le mystère, toujours...

Cet album marque une fois de plus une évolution graphique : un trait plus sec, plus précis, anguleux, et surtout largement façonné avec les moyens informatiques. La finesse psychologique, le charme fragile des personnages restent pour leur part, les grands points forts de Bastien Vivès. Amitié étroite ne peut pas décevoir les nombreux lecteurs déjà tombés sous le charme de Elles, Dans ses yeux, ou le goût du chlore. Amitié étroite - Bastien Vivès- Kstr/Casterman

(par David TAUGIS)

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6 Messages :
  • Avec son impressionnant rythme de production, Bastien Vivès ne semble jamais à cours d’inspiration.

    Son dessin est très croquis, très photographique, très jeté. Il y a peu d’images par page. Les couleurs sont Photoshop et l’outil "pot de peinture" remplit plus vite une surface qu’un pinceau et de la gouache. Donc, rien d’impressionnant à ce qu’il puisse produire autant de pages et de livres en si peu de temps. Depuis quand doit-on qualifier la carrière impressionnante d’un auteur en nombre de livre ? Depuis l’avènement de Trondheim et Sfar. Comme si la quantité et la rapidité était le plus important critère pour déterminer la qualité d’une œuvre.
    Pour ce qui est de son inspiration, c’est toujours la même, la sexualité et tout ce qui fait la génération de Bastien restent ses seules préoccupations. Peu de place pour la fiction et l’imaginaire.

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    • Répondu le 19 octobre 2009 à  10:33 :

      Sans juger du style de l’auteur, mais : peu de décors, peu d’images par pages, des gros plans à foison, de grands à-plats toshop, ça aide quand même pas mal à cet " impressionnant rythme de production " qui semble tant vous exciter ???

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      • Répondu par Viva le 19 octobre 2009 à  10:44 :

        Il y a des croquis qui valent bien mieux que de la ligne claire ou du réalisme pompier qui suinte l’huile de bras. Mieux vaut un trait intelligent qu’un travail de tâcheron appliqué.

        Et puis, l’intérêt de Bastien Vivès n’est pas là : il est dans ses histoires, très modernes, contrairement aux faiseurs qui perpétuent des codes éculés.

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        • Répondu le 19 octobre 2009 à  12:08 :

          Bastien Vivès est un auteur de bd. Ni plus, ni moins. Pas de quoi en faire tout un fromage. Il travaille vite avec des outils informatiques qui le permettent. Il a des idées intéressantes et voilà... Ceux qui le montent au pinacle sont des bobos branchouilles et ceux qui le descendent en flèche, des vieux grincheux.

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        • Répondu le 19 octobre 2009 à  13:36 :

          En même temps, des histoires d’ados pré-post-pubères préoccupés par leurs sesques ...
          je vois pas là de quoi japper au moderniste absolu ! Pas déconner, non plus !

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  • J’ai lu Amitié étroite de Bastien Vivès.
    Une histoire d’amour qui ne s’assume pas magnifiquement racontée. Vivès laboure les mêmes territoires que dans "le goût du chlore" et "dans mes yeux", mais avec une dimension supplémentaire. On est dans les non-dits, l’allusif, c’est tout un discours muet sur l’apparence et les apparences, le superficiel, la difficulté d’assumer ses sentiments face aux autres. Le travail de Vivès tient du génie, son trait est toujours juste, hyper expressif et jamais figé, on lit directement dans la tête de ses personnages c’est prodigieux.

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