Angoulême 2011 : « Parodies : La bande dessinée au second degré », l’exposition-évènement du Musée de la bande dessinée

13 janvier 2011 0 commentaire
  • Est-ce qu’élaborer une histoire de la parodie dans la BD est une « fausse bonne idée » ?, un sujet qui s’écraserait sur la face du critique avec un ridicule aussi consommé que la tarte à la crème sur le Superman de Gotlib ? Thierry Groensteen, commissaire de l’exposition « Parodies : La bande dessinée au second degré » au Musée d’Angoulême y échappe, mais au prix d’une collection tout à fait exceptionnelle qui mérite le détour.

Il a fallu cinq mois au commissaire de l’exposition Thierry Groensteen pour rassembler les quelque 230 documents qui sont réunis dans les 400m² de la salle d’exposition temporaire du Musée National de la Bande Dessinée d’Angoulême.

C’est la première fois que celui qui fut en 1988 le premier concepteur du Centre National de la Bande Dessinée et de l’Image, l’ancêtre du futur Musée de la BD, dont il démissionna en 2001, revient en ces lieux comme commissaire d’exposition. C’est le directeur de la Cité, Gilles Ciment, qui est allé le chercher, appréciant la vision de ce critique réputé : « Un Musée ne saurait se contenter d’être un seul conservatoire » affirme-t-il.

Angoulême 2011 : « Parodies : La bande dessinée au second degré », l'exposition-évènement du Musée de la bande dessinée
Tintin a fait l’objet de nombreuses parodies subversives, souvent en réaction contre des ayant-droits trop vétilleux.
Photo : D. Pasamonik (L’Agence BD)

Ce sujet, la parodie dans la bande dessinée, Groensteen le rumine depuis longtemps. Dans Les Cahiers de la bande dessinée qu’il dirigea dans les années 1980 (et auxquels Gilles Ciment contribua), il avait déjà consacré deux dossiers aux pastiches et aux parodies. Il faut dire que ces années-là étaient aussi celles où le regard parodique vers la bande dessinée du passé était devenu un véritable courant stylistique avec le Captivant de Chaland & Cornillon, le Bob Marone de Yann & Conrad ou les travaux de Joost Swarte, Floc’h et Ted Benoit.

Tout "Madame Bovary" résumé en une seule page de BD par Yves Chaland
(C) Yves Chaland

Référence / révérence

La parodie, dont on perd parfois la signification en cours de route (les jeunes générations ne percutent pas de la même façon aux allusions à Barbe Rouge dans Astérix que ne le faisaient les lecteurs de Pilote), est un art « au second degré » car il nécessite de la part du lecteur une connaissance des références ; c’est pourquoi elle frappe les grands standards et les grands thèmes de la culture : Tintin, Mickey, Superman, Conan le Barbare, le genre policier, les contes et la grande littérature, le cinéma,les grandes étapes de l’histoire de la peinture collectionnent les références irrévérencieuses .

Groensteen parle à ce propos de « posture du cancre » qui aime se moquer de l’autorité. La parodie pornographique qui s’empare de Tintin, des Schtroumpfs, de Lucky Luke ou politique, comme dans le cas des Situationnistes, pousse encore plus loin la subversion par les grâces du détournement.

Mickey est une autre icône souvent ciblée par les parodistes. Une lecture strictement réservée aux adultes.
Photo : D. Pasamonik (L’Agence BD)
Groensteen devant l’une de ses trouvailles : les remarquables planches de Jean Ache pour Pilote
Photo : D. Pasamonik (L’Agence BD)

Ce qui fait le prix des 20 étapes de ce parcours, qui montre l’évolution d’une parodie qui prend ses sources au 19e Siècle, lorsque Cham adapta en bande dessinée le canon de la littérature romanesque du 18e Siècle, le Télémaque de Fénelon (1842), c’est la qualité des documents rares et originaux réunis par Groensteen : des Simpson moquant La grande vaque de Kanagawa d’Hokusaï aux tableaux célèbres parodiés par les Donald Duck de Carl Barks, du Jocond de Geluck au Tarzan de Gotlib, du Don Quichotte de Jacovitti au Jeanne d’Arc de F’Murr, à cette Madame Bovary de Flaubert exécutée en une page par Yves Chaland, les grands auteurs s’en donnent à cœur joie dans un choix de planches parfois culotté comme ces pages de Jean Ache conçues pour PiloteLe Petit Chaperon rouge est réinterprété à la manière de Miro, de Bernard Buffet, de Mondrian ou Picasso. Remarquable !

Les balles ne tuent pas Superman, le ridicule, si. Remarquable Gotlib dans Rha-gna-gna
(c) Gotlib et Fluide Glacial

(par Didier Pasamonik (L’Agence BD))

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Du 5 janvier jusqu’au 21 avril 2011 au Musée de la BD d’Angoulême. Le musée est bien entendu ouvert tous les jours pendant toute la durée du Festival.

Lire notre Dossier Angoulême 2011

Lire l’interview de Thierry Groensteen

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