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Angoulême 2013 - Le Festival au pied du mur
23 janvier 2013

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Angoulême 2013 - Le Festival au pied du mur

Depuis 40 ans, il s’en est passé des choses à Angoulême. Cette petite ville (moins de 50.000 habitants) incarne la bande dessinée chaque année à la fin du mois de janvier. À son 40e anniversaire, elle est une fois de plus à la croisée des chemins. Alors que son directeur artistique Benoît Mouchart s’apprête à prendre la direction éditoriale de Casterman, le Festival a un sacré challenge à relever. Le pourra-t-il au regard de la situation actuelle ?

Lors de la conférence de presse des éditions Dupuis annonçant la grande tournée du 75e anniversaire de Spirou, en novembre dernier, un journaliste posa cette question à Olivier Perrard, le directeur général de la société Dupuis édition et audiovisuel : pourquoi dans le parcours du 75e anniversaire qui passe par une dizaine de villes-étapes (nous vous en parlerons prochainement), n’y a-t-il pas une étape à Angoulême au mois de janvier, alors qu’une exposition est prévue au Musée de la BD en été ?

Angoulême 2013 - Le Festival au pied du mur
La caravane des 75 ans de Spirou ne passe pas par le Festival 2013
Photo de la présentation des 75 ans à la presse.

Voici sa réponse, et il est intéressant de se pencher sur les arguments développés :

"Dupuis a décidé il y a plus de deux ans de ne plus aller au Festival d’Angoulême pour plusieurs raisons, la raison majeure est que cela doit être une fête pour nos auteurs. Or, en particulier les auteurs Dupuis, les auteurs fidèles, les auteurs belges n’étaient pas très heureux là-bas. On a fait un essai pendant cinq ans (2005-2010). Cela a été une décision prise en commun avec nos auteurs. Pour un investissement représentant beaucoup d’argent, les auteurs trouvaient que c’était beaucoup d’efforts pour peu de reconnaissance, donc on a changé notre fusil d’épaule et on se rapproche de notre public d’origine qui aime l’humour, les farces, les 8-12 ans... La décision a été plutôt d’aller au Salon du Livre pour la Jeunesse de Montreuil."

"Les auteurs belges n’étaient pas très heureux..." Ni Jean Van Hamme et Philippe Francq venus présenter leur film Largo Winch, il y a deux ans, ni Willy Lambil et Raoul Cauvin venus inaugurer leur exposition sur les Tuniques bleues face à l’Hôtel de Ville n’avaient l’air malheureux, pourrait-on objecter du côté du Festival, la décision pouvant sembler, vu le climat économique actuel, plutôt budgétaire.

Voire. Cette réaction résume bien néanmoins les reproches que l’on entend habituellement à l’encontre du Festival. Avec près de 1500 auteurs accrédités (très peu sont invités par le festival), leur logement, leur défraiement, la gestion des séances de dédicace, le coût du stand, la gestion du personnel et des stocks que cela implique, tout cela coûte un pont aux éditeurs qui doivent gérer une multitude de contingences annexes : les relations avec la presse, avec les éditeurs étrangers, les sollicitations des nouveaux auteurs qui viennent avec leur dossier sous le bras...

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Olivier Perrard (DG de Dupuis) : "Les auteurs belges n’étaient pas très heureux là-bas."

Le plus souvent, c’est 80% de l’équipe d’une maison d’édition qui se retrouve sur place avec des hôtels et des restaurants pris d’assaut, des nuits ultra-courtes à discuter jusqu’à pas d’heure, sans compter le climat qui, selon les années, passe du crachin à la neige qui rend la circulation impraticable...

À cela s’ajoute une dérive inaugurée dès avant l’actuelle direction du Festival, du temps de Jean-Marc Thévenet : une forme de césarisme qui rend les relations difficiles sinon exécrables avec certains partenaires, comme cela a été le cas naguère avec le maire ou avec la Cité de la Bande Dessinée, avec l’Association commanditaire du festival- ou encore avec certains journalistes auxquels on ne répond plus aux mails, quand on ne leur raccroche pas le téléphone au nez. Le prétexte du "professionnalisme" a fait perdre aux festivaliers un peu de la joie de vivre qu’on y trouvait il y a encore dix ans.

Le départ de Benoit Mouchart devrait être, pour tous les partenaires du Festival, pour le moins l’occasion d’une remise à plat. L’embrouillamini du système actuel des prix "Fauves", totalement illisible, le mode de scrutin du Grand Prix discrédité sinon ridiculisé par une communication ratée, une direction artistique qui ces dernières années s’est avérée par trop clivante et sans objectif clair, une relation dégradée avec un certain nombre d’éditeurs, d’auteurs, de médias,... de plus en plus critiques, tout cela doit être réformé.

La nomination d’un nouveau directeur artistique sera déterminante. Et sa tâche titanesque.

Mais d’ici-là, comptez sur ActuaBD pour vous tenir informés au plus près de ce qui se passera là-bas.

40e FESTIVAL INTERNATIONAL D’ANGOULÊME

Du 31 janvier au 3 février 2013

Le site Internet du Festival

Photos : D. Pasamonik (L’Agence BD)

(par Didier Pasamonik (L’Agence BD))

Cet article reste la propriété de son auteur et ne peut être reproduit sans son autorisation.

5 Messages : Participez à la discussion

  • Angoulême 2013 : Le Festival au pied du mur

    23 janvier 2013 13:35, par Guerlain

    on parle de 1500 auteurs accrédités, auquel il faut ajouter tout le personnel de maison d’éditions pour faire tourner les stands. Et tout le personnel d’extra en tous genres pour la logistique, le service, etc. Puis il y a les journalistes et professionnels... et je ne vous parle pas des festivaliers.
    Certains sont des locaux, d’autres ne viennent qu’une journées, mais imaginez le nombre de personnes qui cherche à se loger pour une ou deux nuits dans une ville de moins de 50.000 habitants ? La capacité hotelière (et l’épineux problème du où manger ce soir) pose clairement problème, à moins d’accepter de s’éloigner, ce qui équivaut à se battre pour trouver une palce de parking ou se débattre dans les transports en commun. Angoulême n’a simplement plus la taille adéquate pour absorber un festival aussi important.

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    • Répondu le 24 janvier 2013 à  22:20 :

      Autant les maisons d’édition paient le séjour (transport/hotel/repas) des salariés de la boite, autant elles ne le font plus pour les auteurs, elles envoient d’ailleurs des mails disant "si vous êtes à Angoulême pour le festival, faites le savoir, on vous inscrira sur le planning pour les dédicaces". Officiellement elles disent ça car elles estiment qu’un des éditeurs de l’auteur paiera le séjour (l’éditeur du dernier bouquin paru en principe), mais en réalité ils se renvoient la balle et savent qu’un auteur qui veut exister auprès de la profession se DOIT d’être à Angoulême pour le festival, alors ils s’en lavent les mains. Il n’y a pas de petites économies.

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      • Répondu le 25 janvier 2013 à  08:57 :

        un auteur qui veut exister auprès de la profession se DOIT d’être à Angoulême pour le festival

        Ah bon ? Et en quoi, svp ? C’est un argument sans fondement.

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        • Répondu le 25 janvier 2013 à  16:49 :

          C’est le seul moyen de rencontrer tous les éditeurs, de pouvoir leur présenter des projets.

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          • Répondu le 25 janvier 2013 à  18:16 :

            Il y a encore 20 ans les éditeurs recevaient les jeunes auteurs, maintenant, ça ne peut être que par mail ou courrier, et quand les éditeurs répondent, quand ils daignent répondre, c’est par une lettre type.

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