Angoulême-Bruxelles : la gaffe !

9 avril 2005 3 commentaires
  • A l'occasion de la « Quinzaine de la BD » à Bruxelles, le maire d'Angoulême rendait visite au bourgmestre de Bruxelles dans le cadre de la « Charte des Villes BD ». Au cours d'une dîner d'inauguration bien arrosé, le bourgmestre de Bruxelles, Freddy Thielemans, a lâché une plaisanterie pas très fine dont ce bon vivant est coutumier. Mais, pour le Maire d'Angoulême, c'était le mot de trop.

L’anecdote a couru tout le petit monde bruxellois de la BD et a fini par arriver sur les ondes de RTL-TVI, ce samedi 9 avril 2005 au journal de 13 heures : Le bourgmestre de Bruxelles, premier magistrat de la capitale de l’Europe, Freddy Thielemans (PS) a gaffé « grave » samedi dernier, face à M. Philippe Mottet (centre-droit), premier magistrat d’Angoulême, la « Capitale de la BD européenne », au point de provoquer un départ précipité du maire et de la délégation angoumoisine. Sans aller jusqu’à la rupture (des deux côtés, on affirme que cela n’entachera pas la relation entre les deux villes), l’histoire jette un froid et trouble un peu le jeu, jusque là harmonieux, du « réseau des villes-BD » mis en place à l’initiative de Philippe Mottet.

Le « réseau des villes-BD »

Le maire d’Angoulême était venu soutenir, en vertu de l’accord de « La charte des Villes-BD », la Ville de Bruxelles qui tente d’établir, depuis deux ans, un rendez-vous régulier, « La Quinzaine de la BD », à l’initiative de son échevin (vert) de la culture Philippe Descloux, et qui prend cette année un relief particulier grâce à Jean-Marie Derscheid qui en assure en grande partie la réalisation. « La Charte des Villes-BD » est un réseau d’échange, au niveau des élus locaux des principales villes qui hébergent une manifestation ou une institution liée à la BD, susceptible de faire partager leurs expériences respectives dans une perspective de rayonnement de la BD à travers le monde. Dans ce cadre, Philippe Mottet confiait récemment à Bande Dessinée Magazine [N°5, février 2005] : « C’est un réseau qui ne se prend pas au sérieux, ce n’est pas une « internationale de la BD ». Nous sommes une dizaine de villes aujourd’hui à réfléchir ensemble à l’évolution de la BD, à l’impact qu’elle a sur nos villes.  » Un réseau où figurent aujourd’hui Angoulême, Lucca (Italie), Amadora (Portugal), Kochi (Japon) et qui s’élargit avec Séoul (Corée), Barcelone (Espagne) et bientôt sans doute Erlangen (Allemagne) dont une délégation était présente lors de la dernière édition du Festival.

La mort du pape.

Angoulême-Bruxelles : la gaffe !
Philippe Mottet
Maire d’Angoulême.

Dans cette même interview, Philippe Mottet parle de Freddy Thielemans : « Le bourgmestre de Bruxelles, Freddy Thielemans, qui a son franc-parler, est un homme que j’ai découvert lorsque nous avons inauguré la rue Hergé [à Angoulême]. Il m’a fait visiter sa ville. Il en a parlé avec beaucoup de sensibilité et de compétence. J’en ai aujourd’hui une image totalement différente de celle que j’avais lorsqu’on s’est rencontré à Angoulême. Notre relation est aujourd’hui établie sur la confiance et l’amitié. » Hélas, samedi dernier, cette relation a été entachée par une gaffe faite par le premier magistrat bruxellois. Certes, la soirée était mise sous le signe de la « swanze », ce ton farceur et enjoué qui est la marque des Bruxellois depuis qu’au 16ème siècle la ville a pris sa liberté face aux Habsbourg, répondant à une cruelle répression de l’Inquisition par une ironie mordante et une faconde un peu farce. Au cours de la soirée, les faces rougissent très vite sous l’effet de la bière et du vin, et le Bourgmestre ne manque pas à sa réputation en envoyant çà et là quelques petites piques, notamment à l’encontre du premier magistrat angoumoisin dont la couleur politique n’est pas la même que la sienne. A 21h53, un SMS annonce à l’assemblée la mort du pape. A cette annonce, Freddy Thielemans, laïcard notoire, aurait lancé à la cantonade : « Du champagne pour tout le monde et de l’eau pétillante pour M. Philippe Mottet. ». Elle avait beau pétiller, cette eau-là, la goutte fit déborder le vase. Philippe Mottet se sentit insulté et décida de quitter précipitamment l’assemblée avec sa délégation. Le lendemain, elle était absente des cérémonies d’inauguration.

« Je ne veux pas entretenir la polémique. L’affaire est close. » (Philippe Mottet)

Depuis, le Bourgmestre de Bruxelles tente de dédramatiser l’affaire. « Je ne pensais pas, dit-il, qu’il était si sensible, qu’il réagirait si fortement à ce qui n’était qu’une mauvaise plaisanterie. Il connaît mes opinions... » De son côté, interrogé aujourd’hui par RTL-TVI, Philippe Mottet n’a pas voulu s’exprimer, répondant qu’il ne voulait pas entretenir la polémique. Interrogé par nos soins, il ajoute : « L’incident est clôt » et affirme qu’il espère que cette histoire, qu’il considère d’ordre privé, n’affectera pas les relations entre les deux villes, d’autant que, dit-il, « tout cela nous éloigne quand même bien de la bande dessinée. » Il reste qu’à la suite de cette anecdote, les magistrats des deux villes BD ont en effet appris à mieux se connaître...

(par Didier Pasamonik (L’Agence BD))

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En médaillon : Freddy Thielemans, bourgmestre de Bruxelles. Photos : D. Pasamonik.

 
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3 Messages :
  • > Angoulême-Bruxelles : la gaffe !
    15 avril 2005 16:39, par Pierre ALBERT

    Bonjour,
    Pas d’accord avec vous pour dire que la plaisanterie "n’était pas très fine".
    La "finesse" de l’humour est quelque chose de particulièrement subjectif... (Goossens me fait pleurer de rire, j’en connais dont il guérit la constipation...)
    Pour ma part, je trouve les politiques comme Mr Thielemans extrêmement sympathiques et très rassurants pour tout démocrate : ils osent faire dans le politiquement incorrect, pour la plus grande joie des millions de personnes qui pensent comme eux !(Je suis pour ma part très choqué par l’importance accordée par la presse non religieuse à la mort du pape, qui n’était pour moi qu’un pantin responsable, entre autres, du développement du SIDA par l’interdiction du préservatif... Je respecte les croyants de toutes les religions, à partir du moment où ils sont sincères..., mais je crois qu’il ne faut pas oublier ceux, et ils sont nombreux, que le sujet "religion" indiffère totalement !
    Sinon, merci pour vos chroniques !
    Cordialement

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    • Répondu par Pierre-Yves Marteau Saladin le 9 juin 2005 à  14:37 :

      Les hommes d’esprit chez les politiques, sont rares. Les hommes d’humour le sont aussi, manifestement. La blague de Freddy Thielemans a de quoi choquer par la platitude de son propos : quand on tire sur une cible déjà percée de tous les côtés, on se doit d’apporter un « plus » par rapport aux railleries précédemment faites par les humoristes patentés. Jean-Paul s’est fait hacher menu avec talent par « Les Guignols » au point que, se moquer de « Papy-la Tremblote II » est devenu maintenant politiquement correcte (pour reprendre l’expression du mongolien du dessus).
      A ce propos, pour éclairer un peu la lanterne du débile d’avant, le politiquement incorrecte ce serait de dire... Je sais pas moi... Ah oui !... « Jean Jaurès est un con ! ». Bon d’accord, ce n’est ni drôle, ni très spirituel mais au moins personne n’ose dire du mal du Pape de la pensée socialiste. Tiens au fait, comparer Jaurès au Pape, ça c’est spirituel ! Mais oui, réfléchissez ! Ce sont tous les deux les mêmes types d’icônes, les deux sont parfaitement insignifiant, ce sont également des guides spirituels et des chefs de meute (des gourous en somme). D’autres l’ont souligné auparavant, le marxisme et le catholicisme, c’est kif-kif bourriquot ! Même catéchisme et même manichéisme.
      Bref, la blague belge n’était pas drôle et n’avait qu’une ambition, froisser la susceptibilité de Philippe Mottet qui au passage n’a fait preuve ni de répartie, ni d’humour. Souvenons-nous du titre de « Charlie Hebdo » à la mort de Baudouin : « Le roi des cons est mort ! ». Les belges avaient censuré immédiatement le journal. Ca c’est de la répartie !
      Mais dans tous cela, quel est le rapport avec la BD ? Pierre-Yves Marteau Saladin

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  • L’eau pétillante, c’est bien celle qui fait des bulles. La plaisanterie était alors doublement drôle chez des gens chargés de parler BD.

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