Aperçu de la rentrée BD (2) : Andreas booste Le Lombard

25 août 2012 12 commentaires
  • Notre deuxième article sur la rentrée des éditeurs se concentre sur le Lombard qui affiche le grand retour d'Andreas comme l'événement de la rentrée, mais également l'arrivée en fanfare de Jérôme Moucherot, ainsi que d'autres belles surprises !

Le coup d’éclat de la maison d’édition bruxelloise est à coup sûr le gros renfort de communication sur un auteur fétiche qui avait débuté dans le Journal de Tintin : Andreas !

Souvenez-vous : juste après la publication du T15 de Capricorne, Le Lombard désirait arrêter la série alors qu’il restait encore 5 tomes à venir. Voire au mieux terminer sur un album de conclusion. L’auteur avait alors décidé de rechercher d’un autre éditeur capable de soutenir la fin de cette aventure hors-norme.

"Après quelques temps, nous a expliqué Andreas, mon éditeur m’a rappelé en me demandant si j’avais déjà trouvé un repreneur, et que si ce n’était pas le cas, il désirait mener cette aventure ensemble jusqu’à son terme. Difficile de savoir si les courriers des fans de la série, ou une logique éditoriale, ont été parties prenantes dans cette décision, mais j’étais heureux de prolonger notre partenariat."

Une intégrale qui doit permettre à Rork de toucher à nouveau un grand public

Aperçu de la rentrée BD (2) : Andreas booste Le Lombard
Le Rork 0 est sorti en album, et également en noir et blanc au sein de l’intégrale

Pour autant, ce partenariat n’avait jamais été mis en péril, car Le Lombard avait déjà décidé de publier le tome 0 de Rork, Les Fantômes, ainsi que l’intégrale du même personnage emblématique. Cette première série d’Andreas a profondément marqué le milieu de la bande dessinée, et retrouver une intégrale de cette acabit près de trente ans après l’apparition de ce personnage dans le Journal de Tintin est un événement d’une grande importance !

Si Le Lombard avait fait preuve d’un réel talent dans la publication des intégrales de Jonathan ou de Buddy Longway, cela n’a pas toujours été le cas, par exemple pour Cubitus. C’est donc avec une certaine appréhension qu’on ouvre cette première intégrale de Rork qui comprendra deux volumes. Une crainte vite écartée, car le matériel est de première qualité, et publié avec un très grand respect pour l’univers de l’auteur !

On y retrouve un dossier complet sur la genèse de l’œuvre et le parcours de son auteur, la totalité des dossiers complémentaires présents dans les secondes éditions des albums, des illustrations inédites ou tirées de revues spécialisées et de publications à tirage limité. Cette abondance trouve son point culminant avec deux courts récits inédits en album : Le Sauveur du Crétacé et le mythique récit des Oubliés dont le succès suite à la publication dans le magazine de Tintin permit à Andreas de revenir avec les cinq chapitres suivants de la saga de Rork.

"Pour la couverture de cette intégrale, continue l’auteur, je voulais qu’on puisse bien entendu retrouver le personnage principal, ainsi qu’un arrière-plan significatif. J’ai donc placé Rork dans son état particulier à la fin du T2, “Fragments”, et j’ai repris en fond le fameux “Cimetière des Cathédrales”, qui relance Rork dans ses aventures après le diptyque introductif.

Une planche noire et blanche du Rork 0...

Enfin, il faut surtout saluer la présence du tome 0 de Fantômes qui paraît donc simultanément en album dans une version couleur d’Isa Cochet (coloriste attitrée d’Andreas depuis près de vingt ans) et en noir et blanc au sein de cette première intégrale ! Les deux versions sont accompagnées d’une Rork Gallery de sept splendides dessins en noir et blanc.

Andreas nous a livré quelques détails sur la création de ce récit qui met en scène un Rork encore intéressé aux rencontres hors-normes, comme il l’est dans les petits récits du tome 1 de la série, Fragments : "J’ai pensé à cette histoire sans vouloir nécessairement y inclure Rork, mais comme ce n’était ni pour Arq, ni pour Capricorne, c’était plus simple de revenir vers lui que de inventer un nouveau personnage. Puis, je dois avouer que dessiner Rork m’a bien plu, même s’il m’a fallu quelques planches pour me remettre le personnage dans la main. Pour autant, il n’y aura pas d’autres aventures de Rork, même s’il ne faut jamais dire jamais. Lorsque nous avons discuté des intégrales de Rork, il fallait que ce préquel soit inclus. Le Lombard désirait le placer dans le tome 2, mais cela n’avait aucun sens pour moi, dans la logique de l’histoire. Nous avons donc décidé de le placer dans la première intégrale, comme un tome 0. Je dois avouer que je me suis lâché sur le dessin lorsque j’ai débuté ce récit en 2006. C’est peut-être pour cela que le style tend parfois plus vers Cromwell Stone que vers les premiers graphismes de Rork."

La seconde intégrale reprendra donc les aventures de Rork du T4 Lumière d’étoile au septième et dernier volume Retour, avec à nouveau des illustrations inédites. "Pour cette seconde couverture, je voulais placer New-York en arrière-plan, prolonge Andreas, afin de montrer l’importance de la ville pour la série."

En exclusivité pour ActuaBD, le croquis de la couverture de la seconde intégrale de Rork
© Andreas 2012

Capricorne T16 : un moment intime avant le début des réponses

Depuis le tome 11 Patrick, Andreas choisit des procédés narratifs différents et appuyés pour chacun de ses albums de Capricorne. Ce seizième tome ne déroge pas à la règle, car tout est vu en zoom, d’où le titre Vu de près. Cette étrange perspective demande de bien prendre le temps en lisant l’album, tout en se raccrochant aux précédents récits, rien de surprenant pour les lecteurs fidèles à Andreas. Ce sera pourtant sans doute le dernier effet de scène, car les tomes suivants devraient respecter une présentation plus ’protocolaire’.

"Ce tome 16, explique l’auteur, est plutôt la seconde partie du tome 15 intitulé New York et qui débordait d’actions alors que Capricorne revenait enfin à New York une longue errance d’une demi-douzaine de volumes. Avec ce retour, il fallait dès lors s’attarder sur les rôles principaux, et leurs relations, avant de repartir vers une conclusion finale. Je me suis donc focalisé sur les personnages, surtout Ash qui joue de plus en plus un rôle dramatique, ainsi que le tandem Capricorne-Astor. Comme il y avait peu d’action, et beaucoup de dialogues, j’ai eu l’envie de traiter cet album dans une version plus intimiste, en zoom. Puis le mystère que je laisse planer s’y prête également particulièrement, car je peux montrer le bout d’un personnage, sans qu’on puisse directement l’identifier."

Un balai de zoom pour revenir dans l’intime des personnages

Oui, nous dira-t-on : le lecteur suis obligé de relire tous les autres. Les albums sont chers, et puis, j’aime relire des albums, voire un one-shot, plutôt que de le lire une seule fois et de le ranger dans une bibliothèque. Une série permet de tas de choses, des recoupements, un petit-monde qui tourne bien sur lui-même. On n’exploite jamais tout en cours d’élaboration, on peut dès lors ré-employer certaines choses...

J’aime quand le lecteur participe, et qu’il relit à nouveau et j’aime le surprendre. Après la fin, je voudrais connaître les réactions des lecteurs. Je ne veux pas décevoir, même s’il y a toujours des déçus. Et je lirai sûrement les réactions sur les différents médias

"Pour autant, termine l’auteur, le tome 17 intitulé "Les Cavaliers" sera plus classique car il va s’y passer pas mal de choses, et il sera plus difficile de jouer sur le spectaculaire. Il y aura toujours cette part de mystère et de surprise que j’apprécie. Pour moi, une histoire doit vivre ! Les albums de bande dessinée coûtent cher, et plutôt que de vite le lire pour le ranger dans sa bibliothèque, je préfère qu’un lecteur y retourne à plusieurs fois pour un one-shot, ou doivent relire des anciens albums dans le cadre d’une série. C’est un peu aussi pour cela que je joue sur les procédés narratifs, mais plus je me rapproche de la fin de Capricorne, plus il faut se concentrer sur le récit. Les idées viennent d’elles-mêmes, tout en gardant l’originalité que j’apprécie."

Une expo itinérante : Saint-Malo, Angoulême, mais pas plus !

Les amateurs auront l’occasion de se réjouir en visitant l’exposition concoctée par Quai des Bulles 2012 (le Festival de Saint-Malo) et Le Lombard, également présente sur le festival d’Angoulême. L’exposition reprendra non seulement les derniers albums parus, mais également une rétrospective complète du parcours de l’auteur, même si cette initiative est rarement tolérée par Andreas lui-même.

Il s’en explique : "J’ai toujours refusé les expositions, car selon moi, les originaux de bande dessinée ne sont pas les planches que l’on veut afficher dans les galeries et les musées. Le principal réside bien dans les récits eux-mêmes pour lesquels on réalise les dessins et qui doivent faire vibrer le lecteur. Mais comme j’ai également vendu quelques originaux, je dois participer à la représentation que l’on peut en faire. Puis, les relations avec les éditeurs sont des réels partenariats selon moi, et comme le Lombard a fait un gros effort de communication, cela me semble naturel de participer à cette exposition, mais je peux vous garantir qu’il n’y en aura pas d’autres avant quelques années."

... et une double page de la version couleur du Rork 0, qu’on retrouvera peut-être dans l’exposition consacrée à Andreas.

Delcourt profitera d’ailleurs de ce coup de projecteur sur Andreas pour sortir une intégrale de Cromwell Stone. Pour autant, aucune autre intégrale du vaste travail d’Andreas n’est actuellement prévue. De plus, alors que l’auteur avait annoncé ne vouloir se consacrer qu’à des one-shots ou de très courtes séries à la fin de Capricorne et d’Arq, il confirme ne rien vouloir entamer pour l’instant :

"Je désire en avant tout terminer mes deux séries. C’est une question de concentration : j’ai besoin d’être entièrement focalisé dessus, pour donner le meilleur de moi-même. Le temps des réponses est arrivé, et sans être angoissé, on espère toujours que le lecteur appréciera au mieux le temps qu’il a passé à lire et relire les albums pour comprendre où je voulais le mener, et comment j’ai voulu le surprendre. J’irai sans doute lire les différentes réactions dans les médias et les blogs."

Terminons cette longue actualité en notant que Le Lombard ressort une nouvelle édition de Styx (nouvelle couverture), une des rares collaborations d’Andreas, pour lequel il encra un récit scénarisé et dessiné par Philippe Foerster.

L’arrivée de Jérôme Moucherot au Lombard

Boucq cultive son surréalisme

L’autre grand bouleversement de la rentrée du Lombard, c’est le retour de Jérôme Moucherot, salué par la réédition des quatre premiers tomes, et la sortie d’un inédit, le tome 5 intitulé : Le Guide du mâle dominant.

"Cet album propose une étude scientifique de haut niveau sur ce remarquable specimen à l’autorité naturelle incontestable", nous annonce Le Lombard. Le ton est donné !

François Boucq a d’ailleurs créé pour l’occasion des dessins surréalistes qu’il exposera au Musée Dali lors d’une soirée de lancement.

De nouvelles séries... et des intégrales

Après avoir lancé Minas Taurus en août, Le Lombard prolonge son effort avec le premier tome d’une série réunissant Serge Letendre et Jérôme Lereculey : Golias ou les péripéties d’un prince grec mis à mal lors d’un décès de son père.

Les fans de cape et d’épée se jetteront sur le premier tome de Duelliste, mettant en scène un jeune français initié au maniement des lames dans le Japon médiéval, et qui revient à la cour de Louis XIV.

Puis La Ballade de Magdalena, de Christophe Dubois nous entraînera dans le sillage d’un mystérieux secret enfoui entre les tropiques et la Garonne.

Les amateurs d’intégrale n’ont pas été oubliés, car si les publications entamées se prolongent, on saluera surtout les sorties des intégrales de Bruce Hawker (Vance) et de Chlorophylle (Macherot) en espérant que les éditeurs ont pris de fouiller dans les archives du Journal de Tintin pour dénicher des inédits en album. On attend également une intégrale de Norbert l’imaginaire

Les aventures continuent...

Ceux qui ont vibrer lors du ou des tomes précédents seront heureux de voir les nouveautés poindre à l’horizon : Cisco, Lolika, Turo, Synchrone, Résistances, Escobar le dernier Maya et l’ébouriffant Noé ! Signalons également la sortie du dernier tome de Sept Balles pour Oxford.

Les jeunes (et moins jeunes) lecteurs ne seront pas oubliés avec le premier tome de L’instit Latouche, et la suite de Yakari, Léonard, Célimène et déjà le tome 4 des surprenantes et entrainantes Légendes de Parva Terra.

Enfin, Le Lombard nous gratifie également de quelques très beaux one-shots comme Les Petites Gens ou Thoreau de Maximilien Le Roy.

Une très belle surprise devrait provenir de Derib, avec Tu seras Reine, le récit d’une jeune fille des villes envoyée chez son grand-père éleveur dans le Valais.

De fin août à octobre, Le Lombard propose donc un catalogue varié et assez conséquent. De quoi voir venir !

(par Charles-Louis Detournay)

Cet article reste la propriété de son auteur et ne peut être reproduit sans son autorisation.

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Lire également notre article commentant la rentrée de Dargaud

Concernant Andreas, lire nos articles précédents :
- notre article expliquant la remise en question concernant Capricorne
- la vision globale de la série via le volume 14.
- nos chroniques des tomes précédents : 12, 13 et 15

Toutes les illustrations sont © Le Lombard et les auteurs respectifs, sauf exception mentionnée.

 
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12 Messages :
  • Les albums du Lombard de Capricorne, Largo Winch, Vlad, Wayne Shelton (etc) sont de très mauvaise facture. Mauvais papier, reliure des feuilles par simple collage (ce ne sont pas des cahiers et encore moins des cahiers cousus). Du coup, j’ai arrêté d’acheter au prix fort ces articles édités à moindre coût et de durée de vie limitée.

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    • Répondu le 26 août 2012 à  00:11 :

      Ils devraient prendre exemple sur les intégrales Dupuis, surtout que c’est la même boite maintenant.

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    • Répondu le 26 août 2012 à  01:54 :

      En effet ! Pour ma part, je me souviens d’un album de Léonard que j’avais acheté voici 7 ou 8 ans. Je l’ai lu 2 fois et quelques semaines plus tard, les pages se décollaient déjà...

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      • Répondu par Oncle Francois le 26 août 2012 à  21:24 :

        Il faut lire les livres en les respectant, c’est à dire en ne cassant pas la reliure, sinon, évidemment les pages thermo-collées vont de décoller. Ah là la, quand je relis mes vieux Tintin des années cinquante qui avaient des cahiers cousus, je dois constater qu’ils supportent bien le poids des décennies. C’était l’époque mythique où éditeurs et imprimeurs faisaient de réels efforts pour produire de la qualité (voir aussi les albums reliés du Lombard de l’époque, à dos toilés). Maintenant, nous sommes à l’heure de la grande diffusion et du jetable...Quelle déchéance, mes pauvres amis ! Si c’est cela que l’on appelle le progrès, les imprimeurs n’ont qu’à imprimer des bouquins au papier destructible après un an, les éditeurs qui se précipitent vers les versions téléchargeables et virtuelles de livres ont bien compris la tendance. Heureusement, il y a peu de livres du Lombard récents que j’ai envie d’acheter, mais c’est dommage pour Andreas, auteur de talent à qui ces intégrales (si elles étaient de qualité !) pourraient permettre de toucher un nouveau public.

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        • Répondu par Michael le 27 août 2012 à  22:17 :

          Mouais, pour lire les livres il faut les ouvrir. Si dès qu’on ouvre un bouquin les pages tombent c’est qu’on s’est foutu de notre tronche.

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    • Répondu par Joël le 26 août 2012 à  09:14 :

      Largo Winch n’est pas au Lombard mais chez Dupuis.

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    • Répondu par Piet Lastar le 26 août 2012 à  10:28 :

      Et Wayne Shelton est chez Dargaud...

      C’est vrai que les Léonard sont de très mauvaise qualité mais surtout lors de leur période Dargaud...

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      • Répondu le 26 août 2012 à  17:49 :

        Je viens de regarder pour ne pas dire de bêtise... Les derniers lombard que j’ai sont tous des cahiers... vos infos semblent dater un peu. De plus, j’attire votre attention sur le prix des albums tel que Capricorne... Pour une fois qu’il y a des collections qui ne tuent pas vos porte-monnaies...

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    • Répondu le 5 septembre 2012 à  15:49 :

      c’était la grande spécialité des albums Glénat durant les années 80. Je ne sais si c’est tjrs le cas aujourd’hui

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  • Aperçu de la rentrée BD (2) : Andreas booste Le Lombard
    26 août 2012 09:54, par Alban Day-Scinnais

    Une très belle surprise devrait provenir de Derib, avec La Petite Reine, le récit d’une jeune fille des villes envoyée chez son grand-père éleveur dans le Valais.

    La couverture en illustration a pour titre "Tu seras reine" ?!
    A moins d’un récit sur des vaches dopées ?  :-D

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  • Aperçu de la rentrée BD (2) : Andreas booste Le Lombard
    27 août 2012 11:33, par jf chanson

    Isa cochet n’est pas la coloriste d’Andreas pour la série Arq.

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