Au Centre Belge de la BD, 100 ans de bande dessinée yougoslave

10 juillet 2014 0 commentaire
  • Cette année célèbre un terrible centenaire, celui où, le 28 juin 1914, les coups de feu de Gavrilo Princip, nationaliste yougoslave, sur l'archiduc Francois-Ferdinand d'Autriche et son épouse, la duchesse de Hohenberg, tirés à Sarajevo, en Bosnie-Herzégovine, déclenchèrent la Première Guerre mondiale.

C’est le prétexte curieux de cette exposition organisée par le Centre Belge de la BD (CBBD) pour mettre en avant la bande dessinée des Balkans. Il serait plus exact de dire : des Yougoslaves, ou des Slaves du sud car la Bulgarie, l’Albanie, la Grèce, la Roumanie et la Thrace orientale (Turquie), pays balkaniques également, ne font pas partie de cet inventaire...

Le spécialiste slovène de bande dessinée Štefan Simončič signale son compatriote le caricaturiste Hinko Smrekar (1883-1942) et son ouvrage Črnovojnik (1919), où il raconte sa vie de conscrit dans l’armée austro-hongroise et les mésaventures qui s’ensuivirent, comme l’acte fondateur de la bande dessinée yougoslave.

Un autre impulsion nous vient d’un dessinateur russe, Sergei Mironovič Golovčenko (1898 - 1937), chassé par la Révolution d’Octobre (1917) qui crée pour le journal de Zagreb (Croatie) Koprive, des clones des Max und Moritz de Wilhelm Busch : Max i Maksić (Max et Maksić, 1925). En 1927, c’est au tour d’un autre illustrateur slovène, Milko Bambič (1905-1991) de créer, à Trieste, Zamorček Bu-bu-ci, sur le modèle de la bande dessinée italienne Bil-bol-bul d’Atillio Mussino).

Mais c’est en Serbie que va se créer le véritable épicentre de la bande dessinée yougoslave avec la publication à Belgrade, dans le journal Politika, d’une bande dessinée issue des syndicates américains : Detektiv X-9 (Détective X-9) d’Alex Raymond (1935), suivie de publications animées par un groupe d’immigrants russes, connus sous le nom de « Beograjski krog » (le Cercle de Belgrade) ; qui ont pour noms : Konstantin Kuznjecov (1895 -1980), Sergej Solovjev (1901 - 1975), Djordje Lobačev (1909 - 2002) et d’autres.

Au Centre Belge de la BD, 100 ans de bande dessinée yougoslave
Photo : Daniel Fouks (c) CBBD

Du côté de Zagreb, en Croatie, où opèrent les cercles littéraires les plus en pointe de la région, on remarque le très élégant Andrija Maurović (1901 - 1981), dont le dessin réaliste s’inscrit dans la lignée d’Alex Raymond, et Walter Neugebauer (1921-1992). S’y créent aussi les premiers magazines de BD de Yougoslavie dont les versions locales de Mickey : Mika miš (1936 - 1941) et Mikijevo carstvo (L’empire de Mickey) (1939 - 1941), mais aussi Politikin zabavnik (Bande dessinée de Politika) (1939-1941), puis Zabavnik (1943-1945) animée par Walter Neugebauer.

À la Libération, le pouvoir communiste -pour qui la bande dessinée est souvent vilipendée et considérée comme un produit néfaste du capitalisme- met un terme à cette effervescence.

Le renforcement du pouvoir de Tito et la période de l’Informbiro (1947-1955) qui marque le schisme entre Tito et le Kremlin vont permettre aux Yougoslaves d’imprimer leur différence avec la tutelle soviétique et d’en faire profiter la bande dessinée.

Photo : Daniel Fouks (c) CBBD

En 1952, la bande dessinée est officiellement autorisée. Politikin Zabavnik reparaît à Belgrade, qui reste, selon Štefan Simončič, "sans doute aujourd’hui l’un des plus anciens hebdomadaires de bandes dessinées d’Europe."

À Ljubljana, en Slovénie, Miki Muster (né en 1925) commence à dessiner Zvitorepec, une bande dessinée encore populaire aujourd’hui.

À Zagreb, en Croatie, paraît Plavi Vjesnik (Le Messager bleu, 1954-1973), publié par la plus grande maison d’édition de la République socialiste de Croatie, Vjesnik (Le Messager), qui ouvre ses pages à quelques-uns des meilleurs auteurs locaux mais aussi, largement, aux bandes dessinées francophones, notamment Astérix.

En Serbie, on mentionnera aussi le magazine Kekec (1957-1963), qui publie d’excellents auteurs locaux mais aussi Chlorophylle de Macherot ou Jerry Spring de Jijé.

Mais on distinguera surtout Stripoteka (1969) qui, au début des années 1970, publie, toujours aux côtés d’auteurs locaux, la plupart des grandes bandes dessinées franco-belges, d’Astérix à Lucky Luke, de Blueberry à Gaston Lagaffe. Le magazine était d’ailleurs ardemment courtisé par les éditeurs français et belges car, avec son tirage considérable, il était un de ceux qui payaient le mieux dans toute l’Europe. Dans les kiosques de l’époque, on trouve aussi bien les publications Bonelli (Alan Ford) qui s’implantent durablement.

À partir de la fin des années 1970, l’influence des courants modernes se fait sentir avec des individualités comme, à Lubjana (Slovénie), Kostja Gatnik ou à Belgrade, les auteurs de la revue Yu où prospère Bane Kerac (né en 1952), "sans doute l’auteur majeur du pays" dit Simončič.

À Zagreb, un groupe de jeunes fait sa révolution : Novi kvadrat (Nouveau Carré) s’inscrit dans la lignée de Métal Hurlant dont quelques individualités surgissent, comme Mirko Ilić (né en 1956) et Igor Kordej (né en 1957) que l’on ne tardera pas à voir publié dans nos contrées, à l’instigation des Humanos.

Une BD de Miroslav Sekulic
(c) Actes Sud

Mais à l’éclatement de la Yougoslavie (1991), le pays se morcelle et l’économie s’effondre. La plupart des talents se font publier à l’étranger, comme dans nos pays Zoran Janjetov, Gani Jakupi, Gradimir Smudja, Danijel Zezelj, Frano Petruša, Miroslav Sekulic... et les éditeurs, confrontés à des marchés désormais réduits, survivent comme ils peuvent, en attendant qu’une entité commerciale cohérente se reconstitue.

Ce centenaire, marqué par un désastre, est cependant pour eux porteur d’espoir car jamais la culture de la bande dessinée n’a quitté les pays yougoslaves.

(par Didier Pasamonik (L’Agence BD))

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Centre Belge de la BD

Jusqu’au 16 novembre 2014

Rue des Sables 20

1000 Bruxelles

Tél. : + 32 (0)2 219 19 80

Fax : + 32 (0)2 219 23 76

visit@cbbd.be

Ouvert tous les jours (sauf lundi) de 10 à 18 heures.

Le site du CBBD

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