B-Gnet : "Dès que je commence à comprendre un univers graphique, que ça devient facile, j’ai envie de changer".

19 juin 2018 1 commentaire
  • A l'occasion de la sortie de "Santiagolf du Morbihan", parodie d'heroic-fantasy en Bretagne française, nous avons rencontré son auteur, le lyonnais B-Gnet.

Pouvez-vous revenir sur votre formation et sur votre insertion dans le milieu de la bande dessinée lyonnaise ?

Comme beaucoup de Lyonnais, j’ai fait mes études à l’école Émile Cohl (quatre années de dessin intensif). L’insertion dans la BD lyonnaise s’est faite naturellement, parce que j’étais là et que je faisais de la BD. C’est à l’époque où j’avais rejoint l’atelier KCS que ça a empiré, me trouvant dans le réseau tentaculaire des frères Jouvray (Jérôme et Olivier).

B-Gnet : "Dès que je commence à comprendre un univers graphique, que ça devient facile, j'ai envie de changer".

Vous publiez Santiagolf du Morbihan aux éditions Vraoum, associé à un Ulule. Pouvez-vous nous présenter le principe de cet album ? Doit-on le voir comme une suite de Santiago ?

Dans Santiago, l’histoire se termine avec les personnages qui se sont rangés et sont devenus fermiers après avoir été des bandits. On les retrouve à peu près dans cet état dans Santiagolf du Morbihan, sauf que la Californie a été troquée contre la Bretagne. J’avais prévu que si je faisais une suite, elle se passerait dans un autre univers. J’ai choisi l’heroic-fantasy mais l’histoire se déroule dans l’Ouest de la France. C’est une sorte de Seigneur des anneaux en plus terre-à-terre. Plus drôle aussi, j’espère.

Ce qui frappe dans votre œuvre, c’est la diversité des styles graphiques, de Saint-Etienne-Lyon à Santiago en passant par Taches. Comment comprendre cette volonté de changer si souvent de style ?

La première raison est que je m’ennuie vite. Dessiner des BD étant déjà fastidieux, je me lasserais de faire toujours la même chose. Et dès que je commence à comprendre un univers graphique, que ça devient facile, j’ai envie de changer. L’autre raison est que j’adapte mon dessin à chaque histoire. Santiago nécessitait un dessin plus poussé, pour faire référence au western classique. Une BD comme Saint-Étienne Lyon ne se référant à rien pouvait être dessinée plus simplement, d’autant qu’ainsi, les personnages et les lieux (même s’ils sont nommés) étaient plus génériques. Et la troisième raison, c’est que mon dessin évolue, donc, même si j’avais voulu faire la même chose d’un album à l’autre, ça aurait changé.

Le fil rouge de votre carrière, c’est la parodie de personnages iconiques, Tintin, Lucky Luke ou Spirou, notamment, dans Lutin Spirix. Vous parodiez également des genres, comme celui du Western dans Santiago et celui de l’heroic-fantasy dans Santiagolf du Morbihan (où l’on retrouve également des allusions à Astérix). Vous sentez-vous plus à l’aise dans ce registre ou envisagez-vous également de construire des fictions pures qui ne soient pas parodiques ?

Après un certain nombre de parodies, je crois avoir compris pourquoi je pratiquais cette discipline. Quand je monte une histoire de toutes pièces, il y a un nombre infini de directions possibles où cette histoire peut aller. Avec une parodie, c’est plus simple, plus clair, la solution est plus évidente et on ne perd pas de temps à présenter l’univers dans lequel les personnages évoluent. Mais ça m’intéresse moins à présent. J’ai envie de construire des histoires de A à Z (même si on n’invente rien en général). En ce moment, je raconte une histoire de glouton prépubliée dans Wapiti qui sortira en album chez Bdkids, et je suis ravi qu’elle ne fasse référence à rien d’autre qu’à l’animal en question.

En lisant Santiago, on ne peut que songer au dessin de Jean Giraud dans Blueberry. Pour cette série, quelles sont vos influences principales en BD ? Sont-elles également cinématographiques ?

J’ai beaucoup d’influences, tout ce qu’on lit, voit, nous influence. Mais on peut garder Giraud qui est la source principale pour Santiago, même si je me suis vite éloigné de ce type de réalisme car j’avais besoin d’expressions plus grotesques et que je ne pouvais pas faire quelque chose d’aussi élaboré. On m’associe souvent à Goossens que je ne renie pas, au contraire. Sinon, il y a Morris, pour cet album, car Santiago, c’est les Dalton sans Lucky Luke quelque part. Et il y a bien sûr des influences cinématographiques. On peut voir des clins d’œil à Il était une fois dans l’Ouest, à Rio Bravo, à La petite maison dans la prairie.

Après le western et l’heroic-fantasy, pensez-vous faire évoluer Santiago dans un troisième univers ?

Si j’en fais un... Ça nécessiterait un succès qui fournirait l’apport financier dont j’aurais besoin pour me lancer dans un troisième volet. J’imagine que l’histoire se passerait en mer, au moins au début, mais ce n’est pas en projet pour l’instant.

Pour vos bandes dessinées qui s’inscrivent dans un contexte historique précis, assemblez-vous une importante documentation graphique ou vous inspirez-vous des fictions déjà publiées ?

Pour Santiago, je me suis beaucoup documenté. Chaque personnage a un cheval, des armes, des vêtements différents. Les paysages qu’ils parcourent suivent un vrai cheminement géographique qui part du Texas jusqu’en Californie, en passant par le Nouveau-Mexique et l’Arizona. Ils y croisent même un bandit qui a existé : Tiburcio Vasquez. Pour Santiagolf du Morbihan, j’ai moins eu besoin d’être précis, c’est de l’heroic-fantasy, on fait ce qu’on veut. Il faut garder une certaine cohérence, mais c’est plus libre.

Parmi vos albums, l’un fut réalisé pour le Musée gallo-romain de Lyon, et publié aux éditions Lapin. Alors qu’en 2015, Jibé avait montré comment fonctionnait le musée, qu’en 2016, Obion proposait également une visite subjective, vous avez développé avec Antique Parc une fiction, un Jurassic Park version gallo-romaine. Pourquoi ce choix ?

Je ne sais plus vraiment comment c’est venu, mais l’aspect du musée y est pour beaucoup. On a l’impression d’être dans un bunker, ça a dû me faire penser à Jurassic Park. Ça s’y prêtait bien, il suffisait de remplacer les dinosaures par des dieux romains. En revoyant le film, c’est étonnant de voir comme un enclos de vélociraptor peut ressembler à un camp romain. Mais quand on travaille sur les Romains, on se rend compte que notre monde est plein de détails d’architecture et autres qui sont directement inspirés de l’Antiquité et on découvre qu’on n’a pas tant évolué depuis.

Vous êtes généralement un auteur complet sur vos récits. Vous voyez-vous ne réaliser qu’une partie du travail ? Auquel cas, serait-ce davantage celui de dessinateur ou de scénariste ?

Je ne suis pas très fan des collaborations en BD. Je ne lis quasiment que des auteurs complets. Parfois ça marche, mais c’est rare. Mais je suis parfois tenté. À chaque fois que je dois adapter le scénario de quelqu’un, ça me prend plus de temps que de l’écrire, le temps de se mettre dans le bain, d’ajuster, d’illustrer une vision qui n’est pas la mienne... Donc, à moins qu’on me présente un scénario incroyable, je préférerais être le scénariste et laisser l’autre se dépatouiller avec la partie laborieuse du travail, à savoir, le dessin.

Quels sont vos projets à venir ?

Partir en vacances et monter des projets. (Rires)

Propos recueillis par Tristan Martine.

(par Tristan MARTINE)

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