Bamboo rachète Fluide Glacial

4 novembre 2016 0 commentaire
  • La nouvelle est tombée hier sur les téléscripteurs : Bamboo rachète Audie, la société éditrice du mensuel d’ « Umour et de bandessinée » Fluide Glacial. Une acquisition qui consacre l’émergence d'un groupe qui place Bamboo dans le « Top 5 » des grands éditeurs de bande dessinée français, alors même que ce groupe venait de monter sa propre équipe de diffusion, facteur-clé de réussite dans ce métier.
Bamboo rachète Fluide Glacial

Dans un communiqué commun daté du jeudi 3 novembre, Fluide Glacial et de Bamboo confirmaient la rumeur : « Bamboo Édition a pris le 2 novembre une part majoritaire dans le capital des Éditions Audie, éditrice du magazine Fluide Glacial, fondé en 1975 par Gotlib et Jacques Diament. Olivier Sulpice prend la direction de la maison, en s’appuyant sur Yan Lindingre, rédacteur en chef et directeur éditorial depuis 2012, et sur l’ensemble des équipes en place, afin de confirmer et prolonger la dynamique de renouvellement éditorial du magazine et des albums, fidèle à l’esprit des fondateurs. Bamboo, créé en 1997 par Olivier Sulpice, édite des succès en bande dessinée d’humour grand public (Les Profs, les Sisters, les Rugbymen, les Petits Mythos…), mais s’est aussi diversifié en bande dessinée réaliste sous la marque Grand Angle, ou en manga sous la marque Doki Doki. Madrigall, actionnaire historique de la maison à travers ses filiales Flammarion et J’ai Lu, reste partenaire dans le développement de la maison.  »

JPEGCette acquisition suscite plusieurs points de réflexion. Le premier est le constat que Fluide Glacial a toujours été la dernière roue du carrosse de l’attelage Casterman-Flammarion.

La maison avait été acquise par Flammarion en 1995, à l’instigation du patron de J’ai lu à l’époque, Jacques Sadoul, qui y voyait un moyen d’assurer une source d’approvisionnement à sa collection de bande dessinée au format poche, une velléité rapidement balayée par le succès des mangas dont il fut d’ailleurs parmi les éditeurs précurseurs, un peu oublié des historiens, qui ont favorisé la diffusion en France de ce nouveau segment de marché.

Quand Flammarion acquiert ensuite Casterman en 1999, les deux maisons sont organiquement rapprochées, notamment au niveau de la diffusion.

Un humour (et un métier) qui changent

Le départ du duo Gotlib-Diament profitant d’une retraite bien méritée et la crise de la presse en kiosque suscite une valse de réorganisations incarnées par les changements successifs et parfois rapides de rédacteurs en chef.

C’est que l’humour comme le marché de la bande dessinée ont bien changé en France. L’humour grand public, dans les années 1980 avait ses best-sellers dans toutes les grandes maisons d’édition. Mais avec l’évolution de la création vers un public plus adulte, et notamment une migration des plus grands talents (Franquin partant faire des « Idées noires », par exemple) mais aussi des grands auteurs de la nouvelle génération vers ce segment, ce secteur a des difficultés à se renouveler, en particulier dans le domaine pré-ado dont le lectorat est mobilisé par les nouveaux médias. Fluide Glacial qui avait fondé son succès sur un public de lycéens et de bidasses, perd du terrain.

Par ailleurs, Dupuis a du mal à trouver le moyen de maintenir son leadership sur la BD jeunesse. Bamboo en particulier, avec ses « BD de métiers » (Les Profs, les Gendarmes, les Pompiers…) souffle la première place dans un secteur où l’éditeur de Marcinelle était pourtant bien présent (Les Femmes en blanc, par exemple).

Un humour bon enfant, pas casse-tête, grand public, une compréhension très précise de ses cibles-lecteurs et surtout une grande constance, un travail éditorial au plus près des auteurs ont été les facteurs-clés de succès du label bourguignon reçu longtemps avec mépris dans les cercles angoumoisins, en dépit d’une diversification sur le label Grand Angle qui révèle thèmes inédits et nouveaux talents (on pense à Galandon, par exemple).

Un rapprochement finalement sans grande surprise

Depuis 2012, Yan Lindingre est arrivé aux manettes de Fluide Glacial, devenu le label commun des publications Audie. Même s’il n’a pas encore rencontré le best-seller qui permettra à la maison de conforter ceux de la maison (Binet, Gotlib…), le moins que l’on puisse dire, c’est qu’il a réussi à rallier une équipe cohérente qui commence à faire sa place.

Cet élan sera-t-il brisé par la confrontation entre « un esprit parisien » et l’esprit provincial bourguignon ? On objectera, et c’est une vérité, que Lindingre est aussi un provincial. Entre un humour « politique » marqué à gauche et un autre plus traditionnel, plus bourgeois ? C’est possible, l’avenir nous le dira.

Il est sûr en tout cas que le catalogue Fluide Glacial sera mieux défendu par une équipe commerciale qui n’a que trois labels à représenter et pas cinquante. Par ailleurs, la dimension familiale de la maison bourguignonne ramènera sans doute Fluide à un mode de fonctionnement qui était celui de ses débuts et qui a été sans aucun doute à l’origine de ses succès.

(par Didier Pasamonik (L’Agence BD))

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