Baudouin Deville (Sourire 58) : "Dans cet album, nous proposons un récit d’aventure et d’espionnage autour de l’Expo 58"

19 avril 2018 5 commentaires
  • L'Atomium, l'un des symboles de Bruxelles a fêté ce 17 avril, ses 60 ans d'existence. Construit à l'occasion de l'Exposition universelle de 1958, le cristal d'acier est le théâtre d'un récit d'aventure et d’espionnage. C'est du moins le thème qu'ont choisi les auteurs Baudouin Deville et Patrick Weber pour cette nouvelle BD, "Sourire 58", qui marque aussi les premiers pas d'un nouvel éditeur, Anspach éditions.
    Nous avions rencontré le dessinateur Baudouin Deville, lors du vernissage consacré à l'expo-vente des planches à la galerie Champaka Bruxelles.
Baudouin Deville (Sourire 58) : "Dans cet album, nous proposons un récit d'aventure et d'espionnage autour de l'Expo 58"
Sourire 58
Baudouin Deville & Patrick Weber © Anspach

Baudouin Deville, vous êtes le dessinateur et coloriste de cette BD Sourire 58, qui marque les soixante ans de l’Exposition universelle de 1958 et de l’Atomium. Je crois savoir que vous êtes à l’origine de ce projet ?

Baudouin Deville : En effet. À l’époque, je travaillais comme graphiste pour l’Atomium. Je concevais des lignes de produits et je me suis rendu compte que parmi tous les produits qu’ils proposaient, il n’y avait pas d’album de BD. Je me suis alors dit que j’allais faire un album de BD sur l’Atomium et l’Expo 1958, que j’aime particulièrement.

Par la suite, j’ai rencontré Nicolas Anspach, qui m’a montré son intérêt et m’a même dit avoir un scénariste spécialiste du sujet, à me présenter. Il s’agissait du journaliste Patrick Weber, qui est également historien. Nicolas nous a mis en contact, Patrick a écrit une première version du scénario et je me suis mis au travail. C’est comme cela que nous nous sommes lancés dans cette aventure.

Pour lancer votre projet, vous avez pu bénéficier du soutien des éditions Sandawe, qui ont accueilli votre projet sur leur plateforme de crowdfunding. Pourriez-vous nous raconter cette aventure ?

Étant donné que Sourire 58 parle de l’Exposition universelle de 1958 et de l’Atomium, et que l’Atomium est une propriété privée, nous avons dû obtenir un accord pour pouvoir utiliser son image. Nous nous sommes alors aperçu que les droits d’exploitation sont quand-même importants, ce qui nous a encouragé à nous diriger vers le financement participatif...

N’était-il pas possible d’obtenir le soutien d’une maison d’édition traditionnelle ?

Nous avions approché deux ou trois maisons d’édition, dont Le Lombard. Ils ont hésité pour finalement nous dire non. Nous nous sommes dit que nous allions le financer nous-même grâce au crowdfunding. Notre opération a marché du feu de Dieu car nous avons obtenu près du double de la mise de départ. Nous avions demandé 25 000 euros à la communauté des édinautes, et nous en avons obtenu 41 150 euros ! Cette somme nous a permis de financer toute la production de l’album et nos salaires.

Mais, ce n’est pas tout de faire une BD et de la financer, il faut aussi la diffuser. Comme nous n’avions pas une grosse structure derrière nous, nous avons été au culot. Nous avons été voir Media Diffusion, qui est l’un des plus gros diffuseurs en Belgique. Ils ont vu l’album terminé et ont été emballés, ce qui fait que l’album est diffusé un peu partout et il démarre bien puisque nous avons déjà réimprimé un nouveau tirage depuis la date de sortie de la BD, le 22 mars dernier. Sourire 58 est aussi diffusé en France et un peu en Suisse, mais via d’autres diffuseurs.

Sourire 58 s’expose actuellement à la galerie Champaka Bruxelles
Photos : Christian Missia Dio

Soixante ans après, l’Exposition universelle de 1958 conserve toujours un souvenir particulier dans la mémoire collective des Belges car elle a eu lieu durant la période des Trente Glorieuses. Pourriez-vous nous parler de cette époque ?

1958 était une année charnière. La Belgique a reçu le monde entier le temps d’une expo. Pour relever ce défi, il fallait une infrastructure qui puisse atteindre cet objectif. C’est comme cela que l’on a commencé à remodeler Bruxelles. On parlait même de “bruxellisation”, c’est à dire que la ville a complètement changé, surtout dans son centre-ville. Il y avait vraiment une énergie euphorique qui a entraîné tout le monde dans ce formidable projet. Par exemple, l’architecte Le Corbusier a travaillé sur le Pavillon Philips.

C’est vrai que cette année-là est une période charnière car nous étions plus de dix ans après la Seconde Guerre mondiale et quelque temps avant la Guerre froide, avec les crises de Berlin et de Cuba. L’expo 58 a eu lieu durant une bonne période. Il y avait de bonnes conditions qui ont permis la réussite de cet événement.

Quelle est l’intrigue de cet album ?

Avec Sourire 58, nous ne voulions pas juste proposer une sorte de regard sur l’expo et raconter cet événement chronologiquement. Nous avons plutôt opté pour un récit d’aventure et d’espionnage autour de l’Expo.

Dans cet album, nous suivons une hôtesse du nom de Kathleen Van Overstraeten. Le métier d’hôtesse était difficile car plein de contraintes. De plus, il fallait être trilingue (français, néerlandais et anglais) et les horaires s’enchaînaient à un rythme militaire. Notre héroïne a perdu sa candeur durant cette exposition, surtout qu’elle s’apercevra que des personnages peu recommandables gravitent autour de l’Expo 58. Elle croit comprendre ce qui se passe mais en fait, elle ne comprend rien du tout. Elle est manipulée ! En vérité, elle est en plein nid d’espions. Notre intrigue se déroule en pleine Guerre froide.

À l’occasion des 60 ans de l’Atomium, votre BD Sourire 58 a été intégrée à la communication officielle de cet anniversaire. Pourriez-vous nous en dire un mot ?

Lorsque nous avions signé la convention avec les représentants de l’association qui gère l’Atomium, ceux-ci étaient mitigés vis-à-vis de notre BD. Ils nous ont laissé faire, sans trop y croire. Mais lorsque nous avons terminé l’album, ils ont été étonnés de la qualité de la documentation que nous avions utilisé pour notre histoire, la manière dont nous avions retracé toute cette période, au point qu’ils ont décidé de faire de Sourire 58 l’album officiel de ce soixantième anniversaire. Nous avons reçu ce label qui nous a permis d’être intégré à toute la communication de l’événement.

Le succès de votre levée de fond sur la plateforme des éditions Sandawe a-t-elle influencé leur décision ?

Oui, tout à fait ! Il y a eu une sorte d’engouement autour de notre BD. Nous avons senti la lame de fond qui arrivait et qui a déferlé tel un tsunami, au point que ça part dans tous les sens. À l’heure où je vous parle, il y a de très beaux projets en marge de cet album qui sont en train de se préparer...

Par ailleurs, nous continuons la série. Patrick Weber est en train d’écrire le tome 2, dans lequel nous suivrons Kathleen, qui deviendra hôtesse de l’air dans une grande compagnie d’aviation belge... Cette nouvelle aventure la mènera au Congo belge, durant la période de l’Indépendance.

En gros, votre série retracera les grands événements belges qui ont eu lieu après la Seconde Guerre mondiale ?

Exactement ! Nous allons avancer dans le temps avec Kathleen pour lui faire vivre les grands événements belges des années 1960, 1970, 1980, et plus si affinités...

Quelques extraits de "Sourire 58"
Baudouin Deville & Patrick Weber © Anspach

Voir en ligne : Découvrez "Sourire 58" sur la plateforme crowdfunding des éditions Sandawe

(par Christian MISSIA DIO)

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En médaillon : Baudouin Deville
Photos : Christian Missia Dio

Expo “Sourire 58”
Galerie Champaka Bruxelles
Du 13/04/2018 au 05/05/2018

27, rue Ernest Allard
B-1000 Bruxelles
Plan d’accès

Tel : + 32 2 514 91 52
Fax : + 32 2 346 16 09
sablon@galeriechampaka.com

Horaires :
Jeudi à vendredi : 13h30 à 18h30
Samedi : 11h30 à 18h00

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5 Messages :
  • C’est un livre très intéressant car le récit nous met à hauteur de la jeune héroïne de 58, Kathleen, et en même temps il développe une affaire d’espionnage internationale qui pique la curiosité, nous offrant une vision entre l’histoire individuelle et celle de la société d’une époque qui est très attrayante. Un canevas Hichtcockien qui génère une appréhension d’autant plus grande qu’on s’identifie bien aux errances et difficultés de la belle jeune femme, sachant que sa relative solitude la met davantage en insécurité, ce qui suscite un beau suspens.
    La documentation sur l’Expo 58 est impressionnante et c’est très agréable de voir des cases composées avec cette richesse de détails pittoresques, on a vraiment l’impression d’y être, j’ai eu pour ma part la sensation de faire la visite de cette Expo et de comprendre l’impact qu’elle a eu à cette époque.
    Il est heureux de constater que deux auteurs Belges ont réalisés cette histoire et je pense que le fait d’être habitant du pays apporte un cachet d’authenticité qui est un atout important, surtout lorsque le livre est accompli avec un tel savoir-faire et une si grande qualité de finition.

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    • Répondu par Nicolas Anspach le 20 avril à  07:48 :

      Merci Philippe pour ton commentaire. Un éditeur avait proposé à Baudouin Deville de travailler avec un scénariste Marseillais, qui connaissait à peine l’Atomium. Baudouin m’a fait part de son scepticisme … Seul un Belge pouvait ressentir les choses, et donner un cachet d’authenticité à l’histoire et à ces petits riens qui ont énormément d’importance. Je venais de lire « Ouessentines » scénarisé par Patrick Weber (chez Glénat, avec Nicoby). Les personnages étaient tellement bien incarnés. J’ai directement pensé à lui pour l’histoire, sans savoir que c’était un grand « fan » de l’époque, du graphisme et du design de cette période. … Et qu’il avait une plaque originelle de l’Atomium accrochée à son mur…

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      • Répondu par Henri Khanan le 20 avril à  11:38 :

        Un peu étonné que le Lombard ait refusé d’éditer ce projet, quand on voit ce qu’ils sortent (sans grand succès ) depuis des années....
        Mais ravi de voir que le livre a touché le public escompté, et même plus !!

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      • Répondu par Philippe Wurm le 20 avril à  13:10 :

        L’Authenticité ! Oui, cest un ingrédient très important.

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  • J’ai bien aimé cet album, je compte l’offrir à ma mère (qui est d’origine belge et a connu cette époque). Cela dit que penser de la similitude de l’histoire avec celle du roman "Expo 58" de Jonathan Coe (contexte, espionnage, vie des hôtesses...) c’est assez troublant !

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