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Bérengère Orieux, (éditrice d’Ici même) : " Je sais que même avec des petits tirages et des petits moyens, on peut exister. "
9 mars 2013

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Bérengère Orieux, (éditrice d'Ici même) : " Je sais que même avec des petits tirages et des petits moyens, on peut exister. "

Bérengère Orieux n’est pas une inconnue dans l’édition de bandes dessinée. Pendant une quinzaine d’années, elle a été une des chevilles ouvrières des éditions Tartamudo puis Vertige Graphic. Elle a participé à la publication des œuvres de Dan Clowes, Joe Sacco, Dave Sim, Gipi, Farid Boudjellal,... Installée à Nantes, elle vient de plonger seule dans l’aventure éditoriale avec sa propre structure baptisée Ici même.

Après El Djazaïr, un premier album publié en novembre dernier, Ici même compte trois titres à paraître dans les prochains mois. Rencontre avec une éditrice passionnée mais réaliste.

Bérengère Orieux, (éditrice d'Ici même) : " Je sais que même avec des petits tirages et des petits moyens, on peut exister. "

On ne cesse de parler de surproduction, de crise de la bande dessinée… Et vous lancez votre maison d’édition, Ici même. Vous n’êtes pas un peu gonflée ?

Eh oui, je me le dis à peu près tous les matins ! Par le passé, j’ai fait de nombreuses rencontres avec des auteurs que j’avais envie d’accompagner. Pour cela, je n’ai pas trouvé d’autres moyens que de créer ma petite maison…

En première page de votre programme 2013, vous annoncez : "On connaît la bagarre ." Qu’entendez-vous par là ?

Je ne me fais pas d’illusion sur la difficulté de l’entreprise. Après quinze ans à des postes variés, j’ai une vision générique de ce qu’est une petite structure d’édition. Je sais que même avec des petits tirages et des petits moyens, on peut exister. C’était maintenant ou jamais.

Comment êtes vous partie de Vertige Graphic ?

J’ai connu dix années d’activités professionnelles riches que je revendique chez Vertige Graphic. J’y avais acquis une grande liberté, je le reconnais, mais depuis un moment, nous n’étions plus en phase au sujet de nos envies éditoriales. En 2011 et 2012, les difficultés économiques qui ont touché beaucoup de petits éditeurs, dont Vertige Graphic, m’ont incitée à partir.

Justement quelles sont vos envies avec votre propre structure ?

Les trois livres qui vont être publiés cette année, comme les projets en cours de réalisation, illustrent mon attirance pour des univers graphiques et narratifs forts. Je n’ai cependant pas la volonté de ne publier que de l’expérimental à l’image de Capacity par Theo Ellsworth, un pavé de 330 pages que je trouve passionnant mais qui sera commercialement difficile.

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Abaddon par Koren Shadmi
(C)Koren Shadmi

Votre catalogue comporte pour l’instant un titre patrimonial et trois adaptations anglo-saxonnes. Prévoyez-vous des créations francophones contemporaines ?

L’achat de droits n’est pas mon seul but. Je travaille également à plus de créations francophones, un domaine que Vertige Graphic avait délaissé justement. Le premier projet sera un recueil de gags par Guillaume Long. Je projette également d’éditer des récits illustrés et des adaptations littéraires. Quand un auteur présente un projet qui m’intéresse, c’est à moi de trouver l’énergie et les fonds pour qu’il puisse l’entreprendre.

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Pourquoi avoir publié en 2012, El Djazair, une BD commandée dans les années 1970 par le gouvernement algérien au dessinateur Luis Garcia et qui n’avait était éditée qu’en espagnol ?

C’est un projet qui m’avait été apporté par mon coéditeur, la librairie Envie de lire d’Ivry de Seine. Nous avions déjà collaboré sur Tina Modotti, un roman graphique que nous avions porté tous les deux. Raoul Morain –directeur d’Envie de Lire- et moi avons eu un coup de cœur pour El Djazair. Ce titre n’est pas forcément représentatif de ce que je compte publier, mais pouvoir faire découvrir un maître de la bande dessinée espagnole comme Luis Garcia au public français m’a semblé important. Luis Garcia est venu à Montpellier pour signer le tirage de tête. Il était très ému de voir son œuvre enfin en France. J’aimerais que ce livre trouve un jour un écho en Algérie…

Qui diffuse vos livres ?

J’ai choisi Makassar diffusion. Ce sont des gens avec qui je travaille depuis longtemps. Je sais comment ils gèrent aussi bien des projets difficiles que des succès -quand il y en a, ce fut le cas chez Vertige Graphic avec Une Histoire populaire de l’Empire américain-. Ils sont très à l’écoute. Avec eux, on fixe des objectifs et ils sont au rendez-vous.

Pourquoi Ici même ?

C’est une expression qui m’est venue un matin, comme un ancrage géographique et temporel. Ensuite j’ai réalisé que ces deux mots comprenaient aussi la référence un peu écrasante que constitue la bande dessinée de Tardi et Forest, un auteur pour lequel j’ai par ailleurs beaucoup d’admiration. Mais au final, rien d’autre ne s’imposait.

Songez-vous au numérique ?

J’ai ce défaut de voir dans l’ère numérique quelque chose de futur dans lequel j’ai encore du mal à me projeter. J’imagine encore que jamais de ma vie je n’achèterais quoique ce soit sur une tablette. Je viens cependant de signer un accord de diffusion numérique avec la plateforme Iznéo. Je vois cette présence comme une vitrine. Dans le domaine ma première priorité est le développement du site icimeme-editions.com. Travaillant avec des auteurs étrangers, c’est indispensable.

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Un extrait d’Heartless par Nina Bunjevac
(c) Nina Bunjevac

Que pouvez-vous nous dire de Heartless par Nina Bunjevac qui sera publié en avril ?

J’ai eu un coup de cœur graphique pour Nina Bunjevac. Elle a un sacré style. J’ai été sensible à sa personnalité féminine et son univers très fort. Il s’agit d’un recueil d’histoires où des femmes qui en ont déjà vu de toutes les couleurs vont s’amouracher de types insupportables. L’esprit est très féministe avec une auto-dérision constante, de la tendresse et de la poésie. Pour l’instant, Heartless n’a été publié qu’au Canada. J’ai demandé d’apporter quelques modifications par rapport à l’édition originale, une nouvelle couverture, ainsi qu’une histoire courte supplémentaire pour remplacer un cahier graphique.

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Comment avez-vous découvert cet autre titre, Abaddon de Koren Shadmi ?

Abaddon, semble sorti de nulle part, par un auteur et une maison d’édition quasiment inconnus. Je l’ai découvert à New-York alors que le projet était en cours. D’autres éditeurs ont été également intéressés, ainsi il sera également publié en Espagne et en Italie. C’est un huis-clos angoissant avec des envolées lyriques qui maintiennent le lecteur en haleine, un œuvre drôle avec un graphisme personnel, très proche du Locataire chimérique de Roland Topor.

Ces auteurs auraient pu trouver d’autres éditeurs, je suis très reconnaissante de leur témoignage de confiance.

Après Marie Moinard (Des ronds dans l’O), Xu Ge Fei et Soline Scutella, vous êtes une autre femme à créer votre maison d’édition. À notre connaissance aucune n’avait franchi ce pas il y a encore une décennie (si l’on excepte le cas de Bernadette Ratier créatrice de Mon Journal en 1946). Comment percevez-vous ce phénomène ?

Je crois que cela correspond à une évolution de la société en général. En quinze ans de bandes dessinées, j’ai toujours perçu un certain "machisme" quand on touche à des domaines particuliers. Je l’ai éprouvé lors de la publication de Cerebus par exemple. Cela dit, je n’en ai pas souffert et j’ai plutôt ressenti de la bienveillance à mon égard. Si auparavant aucune maison d’édition ne se créait sans partenaire masculin, c’est que cela correspondait encore à une petite fermeture du milieu. Les temps changent...

(par Laurent Melikian)

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9 Messages de forum : Participez à la discussion

  • Loin de moi l’idée de vouloir nuire à la maison d’éditions ici même mais on peut suivre le déroulement du comic Abaddon sur le net en publication numérique hebdomadaire en version anglaise ...ça donnera une idée pour ceux que ça intéresse...je ne file pas le lien c’est facile à trouver , débrouillez vous !

    Au passage à la base j’ai tapé le nom du comic pour voir ce que l’on en disait sur le net , si on trouvait d’autres extraits de planches ( c’est tout de même fort limité sur actua bd chaque fois mais peu importe ) et je suis tombé sur ce site , blog ? ...

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  • avec un graphisme personnel, très proche du Locataire chimérique de Roland Topor.

    Est-ce vraiment personnel si ça louche vers Topor ??? Ca fait contresens.

    Bérangère Orieux : " Je sais que même avec des petits tirages et des petits moyens, on peut exister. "

    Est-ce un façon de dire que vous ne pouvez pas payer la création ? Peut-on espérer une avance sur droits convenable si on signe chez vous, ou est-ce illusoire ?

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    • Répondu par Bérengère Orieux le 9 mars 2013 à  19:43 :

      Ah, les raccourcis des interviews... L’atmosphère d’"Abaddon" m’a en effet rappelé "Le Locataire chimérique", oppressante de la même manière, l’angoisse à la lecture s’installe avec des ressorts parfois proches. C’est tout. Mais l’histoire est très différente, et, oui, très personnelle.

      Quant aux avances sur droit, je ne me permets pas de faire des offres "au rabais", car j’ai tout simplement du respect pour le travail des auteurs qui m’entourent. Donc, jusqu’à présent, mes offres ont toujours été jugées "convenables", en effet.

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    • Répondu par Gerald Auclin le 9 mars 2013 à  19:52 :

      La phrase entière est : "C’est un huis-clos angoissant avec des envolées lyriques qui maintiennent le lecteur en haleine, un œuvre drôle avec un graphisme personnel, très proche du Locataire chimérique de Roland Topor."

      "Le Locataire chimérique" est un roman (adapté au cinéma par Polanski). La comparaison avec Topor n’est donc pas au niveau du dessin mais de l’ambiance !

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      • Répondu par Berengere Orieux le 9 mars 2013 à  23:32 :

        Merci, c’est toujours rassurant d’être comprise...

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      • Répondu le 9 mars 2013 à  23:52 :

        Vous semblez oublier que Roland Topor est aussi un dessinateur, et pas des moindres.

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  • Elle a participé à la publication des œuvres de (...) Dave Sim

    Ouais génial, un ou deux Cerebus (sur des dizaines de tomes) et tchao. Super leur publication des oeuvres de Dave Sim

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    • Répondu par Bérengère Orieux le 9 mars 2013 à  19:47 :

      Deux "Cerebus", en effet, sur seize volumes, pour être précis. Et je ne demanderais pas mieux que de voir Vertige Graphic poursuivre cette série, malgré toutes les difficultés que cela comporte.

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      • Répondu par José Jover le 12 mars 2013 à  20:59 :

        Longue vie à "Ici-Même" éditions ! L’excellente Bérengère Orieux fait toujours du bon boulot, pour le reste, les conseilleurs ne seront jamais les payeurs. Bienvenue et tout le meilleur à une nouvelle grande éditrice. That’s all folks.

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