Boruto : le fils prodigue de Naruto

1er mai 2017 1 commentaire
  • La saga Naruto n'est pas finie: elle se poursuit avec les aventures du fils, Boruto. Alors, exploitation mercenaire d'une franchise à succès ou vraie bonne idée pour entretenir un riche univers et faire vivre, encore et différemment, des personnages attachants?

Fin 2016 en France (deux ans plus tôt au Japon), Naruto rangeait ses kunaï, après une quinzaine d’années de bon et loyaux services. La série qui fut le grand phénomène manga des années 2000 par chez nous s’achevait donc, mais avec la promesse d’un retour, par le biais du fils, introduit dans les ultimes pages de la saga de Masashi Kishimoto.

Boruto : le fils prodigue de Naruto
Naruto Gaiden : un volume de transition conconté par Masashi Kishimoto lui-même

Voilà donc le rejeton qui a droit à sa série, pilotée par deux auteurs venus de la galaxie Naruto. Le dessinateur tout d’abord, Mikio Ikemoto qui fut l’assistant au long cours de Masashi Kishimoto sur Naruto. Le scénariste ensuite, Ukyô Kodashi, qui travailla sur Boruto : Naruto, le film, onzième long-métrage de la franchise, sorti en 2015 et chargé de lancer le personnage de Boruto.

L’action se situe quelques années après la fin de la grande guerre ninja et l’affrontement avec Madara et Kaguya. Nos héros adolescents sont devenus adultes, se sont mariés et ont eu des enfants. Et c’est cette nouvelle génération qui fait désormais office de héros et fournit le personnel dont on va nous narrer les aventures.

Masashi Kishimoto lui-même avait amorcé le mouvement avec un one-shot d’une dizaine de chapitres composé dans la foulée de la fin de Naruto : Naruto Gaiden - Le 7e Hokage et la Lune écarlate, paru en France en janvier dernier. Si Boruto y est bien présent, il se contente d’un rôle de figuration, le devant de la scène étant occupé par Sarada, fille de Sasuke et de Sakura, qui accompagne pour l’occasion Naruto, nouveau hokage de Konoha, dans une périlleuse mission. De quoi ménager la transition avec le véritable spin-off en préparation : Boruto.

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Bandeau promotionnel accompagnant la sortie en France de Boruto

L’actualité Naruto ne s’est donc jamais véritablement tarie chez Kana qui ménage à plein la continuité : novembre 2016, dernier volume de Naruto ; janvier 2017, Naruto Gaiden ; mars 2017, premier tome de Boruto ; et juillet 2017, pour Japan Expo, sortie du deuxième tome. Car il s’agit de faire vivre encore et toujours un phénomène fédérateur et lucratif. Au risque de trop tirer sur la corde ?

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Des histoires parentales bien différentes
BORUTO © 2016 by Masashi Kishimoto, Mikio ikemoro, Ukio Kodashi / SHUEISHA Inc

La stratégie éditoriale semble toutefois bonne et le matériau proposé apparaît sinon alléchant du moins attrayant. Il est finalement rafraichissant d’assister à ce passage de relai entre les personnages principaux d’un univers. Ainsi, Naruto Gaiden vaut surtout pour le duo formé par Sarada et ChôChô, fille de Chôji, particulièrement plaisant à suivre. De même, Boruto suscite la curiosité par la manière dont le fils se démarque du père et renouvelle les thématiques narratives.

Le grand motif des relations intergénérationnelles et plus spécifiquement celui de la parentalité, en filigranes dans Naruto, s’avère là directement abordé quand il pouvait être laissé à l’arrière-plan ou mythifié dans la série d’origine. Dans Boruto, les enfants sont constamment en présence de leurs pères et mères et cela conditionne leurs comportements. On est loin de la batterie d’orphelins qui formait le noyau dur des héros de Naruto, et ça change beaucoup de choses.

Il y a là quelque chose de foncièrement neuf qui parlera, d’une autre façon, mais assurément, au jeune public qui se plongera dans Boruto, au-delà même du plaisir de renouer avec un univers chéri. Reste que pour le moment la parentalité est abordée comme assez défaillante : Sasuke absent et Sakura réduite au rang de desperate housewife, Sarada se tourne vers un Naruto lui débordé par son travail et écrasé par ses responsabilités, abandonnant peu ou prou le quotidien familial, au grand dam de son fils qui lui préfère, inévitablement, le ténébreux Uchiwa. Rejet des parents et fantasme d’une autre filiation : voilà qui devrait trouver quelque écho chez certains lecteurs !

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Une intrigue sérieuse qui préoccupe les pères
BORUTO © 2016 by Masashi Kishimoto, Mikio ikemoro, Ukio Kodashi / SHUEISHA Inc

Pour le reste, les ingrédients sont là, et bien là. On a une intrigue ninja qui tient la route, même si elle ne semble pas pour l’heure réellement transcendante. On prolonge le fil mythologique de Kaguya, ultime antagoniste de la série d’origine, introduit tardivement et finalement peu creusé. L’occasion de poursuivre l’œuvre et de combler un manque donc.

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Un deuxième tome attendu pour Japan Expo

La difficulté réside là dans la manière d’insérer de jeunes personnages, en formation, dans des aventures aux enjeux bien dosés : il faut justifier que les parents, omnipotents et toujours présents, s’effacent de façon à laisser les actions décisives aux enfants face à une adversité nécessairement imposante pour ne pas être réglée avant même que nos héros n’entrent en scène. L’équation n’est pas si évidente.

L’autre souci risque de provenir du rythme du manga et de son contenu. Côté rythme, le manga est prépublié dans le Weekly Shonen Jump, à l’instar de Naruto... mais de manière mensuelle ! Il s’agit là d’un rythme assez lent pour un tel titre puisque nous aurons trois volumes par an au lieu des cinq ou six de Naruto. Surtout, le titre a débuté il y a près d’un an au Japon, en mai 2016, et nous venons seulement de finir, après dix chapitres, l’intrigue racontée dans le film sorti en 2015. Le chapitre 11, tout juste paru et disponible en France en simulacast depuis début avril amorce enfin un contenu original.

Néanmoins, le grand attrait de Boruto réside dans la découverte des divers enfants nés des unions, parfois surprenantes, des protagonistes de Naruto, et dans celle de ce que sont devenus, une fois adultes, tous ces jeunes héros maintenant en responsabilité. Et ça, pour tout dire, pour un lecteur qui aura accompagné ces personnages pendant de si longues années, c’est assez précieux.

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Une nouvelle génération à l’épreuve, dans une séquence qui devrait raviver de bons souvenirs aux lecteurs de Naruto
BORUTO © 2016 by Masashi Kishimoto, Mikio ikemoro, Ukio Kodashi / SHUEISHA Inc

(par Aurélien Pigeat)

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Boruto - Naruto Next Generations T1. Par Ukyô Kodashi (scénario) et Mikio Ikemoto (dessin). D’après l’œuvre de Masashi Kishimoto. Traduction Misato Raillard. Kana. Sortie le 3 mars 2017. 208 pages. 5,45 euros (prix de lancement).

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