Brian Bones, l’enquêteur automobile du tout Hollywood

13 septembre 2017 0 commentaire
  • Rodolphe et Georges Van Linthout retrouvent tous deux l'époque des années 1950-60 qu'ils affectionnent particulièrement, avec un détective privé évoluant au sein des assurances automobiles. Pour les amateurs de polars... Et de belles carrosseries américaines !

Certaines séries de leur époque ont marqué les lecteurs et collent indéniablement à leurs auteurs. Lou Smog et son acolyte Lefty en sont une belle représentation : un tandem de policiers au cœur de l’Amérique des années 1950. Révélant au grand public un jeune auteur qui faisait ses premières bandes au sein du Journal Tintin dans les années 1980, Georges Van Linthout, presque insolent de réussite dans sa manière de dépeindre ce polar sombre et ô combien captivant.

De cette ambiance américaine old-fashion, on retrouve certaines similitudes dans cette nouvelle série, scénarisée ici par le prolixe Rodolphe et lancée chez Paquet en 2016. Elle met en scène Brian Bones, enquêteur pour une compagnie d’assurances de voitures. Avec la particularité que chaque tome est auto-conclusif et porte le nom d’une voiture mythique.

Brian Bones, l'enquêteur automobile du tout Hollywood

Dans le premier récit paru l’année dernière, un client a perdu le contrôle de son véhicule, une Buick Roadmaster, sur une route droite et sans circulation. Et Brian Bones se rend compte que ce client infortuné n’est étrangement pas le seul à s’être "crashé" à cet endroit. D’autres conducteurs ont subi le même sort, à commencer par une star montante du cinéma, dans d’étranges circonstances…

« J’avais envie de revenir sur mes premières amours et le mythe des années 50 aux USA, nous explique Georges Van Linthout. Mais à la différence de Lou Smog, je n’écris pas les scénarios de Brian Bones, et le dessin est aussi plus humoristique. Cependant, cette série comporte également des aspects bien sordides. Et l’on y aborde également des thématiques plus dures, telle que l’homosexualité, un tabou dans les années 1950, notamment dans le milieu du cinéma. »

« Le désert, la lumière de la Californie, ça change de Lou Smog qui était plus sombre, bien sûr, continue le dessinateur de Brian Bones. Mais les drames peuvent également se produire au soleil ! Rodolphe sait pourtant que j’aime dessiner les intempéries, il me ménage toujours des passages où je peux satisfaire cette envie. Pour la dernière scène du tome 2, je lui ai demandé si ça le gênait qu’elle se passe sous la pluie, je trouvais que ça renforçait l’aspect dramatique de la séquence. Sous la pluie, les choses sont plus floues, les personnages marchent différemment. J’adore ! Cette série comporte donc d’autres atours que Lou Smog, mais attention aux idées préconçues, Brian Bones est un polar moins naïf qu’il n’y paraît. »

Ce second tome, évoqué par son dessinateur, s’intitule Eldorado, du nom de la Cadillac bien connu. Notre expert en escroquerie à l’assurance doit cette fois démêler un étrange accident. Un couple vedette d’Hollywood, lui producteur, elle actrice star abonnée aux tabloïds, perdent le contrôle de leur Eldorado lors d’une virée assez débridée. Mais ils ne sont pas égaux face au choc. Elle décède, tandis que lui survit. Pendant que les journaux à scandale s’en donne à cœur joie, Brian Bones doit se coltiner un collègue pour tenter d’y voir clair… Alors que cette fois-ci, il patauge lourdement !

À la différence d’autres détectives, Brian Bones ne semble pas avoir le monopole de la réflexion ou du courage. Étonnamment passif dans la première partie de ce second tome, on retrouve un héros plus grinçant, qui prend de l’épaisseur en même temps que de la crédibilité. On se prend d’ailleurs de temps en temps à penser à Gil Jourdan. Certes Brian ne possède pas la superbe du héros de Tillieux, mais les saillies mêlées au polar sombre et aux belles voitures nous ramènent à cette référence du neuvième art.

« Dans le fond, Brian aime mener une vie cool, détaille le dessinateur de la série, Quelques nanas, son bar préféré, et quand une enquête lui semble mal partie, il lui faut du temps pour se mettre en route sérieusement. Après, quand un truc le chiffonne, il gratte, il s’obstine et rien ne l’arrête plus. Il est plus cérébral et ironique que vraiment actif. En ça, il est une version de l’enquêteur plus moderne que le personnage classique de la BD belge. »

« Quant au lien avec Gil Jourdan, continue-t-il, C’est inhérent à l’époque de la série. Les belles carrosseries, je les aime depuis toujours. Et bien sûr j’ai lu Tillieux, je le relis régulièrement et je reste un fan inconditionnel. Mais Tillieux dessinait son époque, tandis que moi je dessine un passé révolu. Le but n’est donc pas de rendre un hommage, car on serait vite à bout de souffle. Puis on n’hésite pas non plus à mettre des choses que la BD belge n’autorisait pas : un peu de sexe, quelques grossièretés, des écarts de langage… Ça c’est du Rodolphe ! »

Sans effets alambiqués, Brian Jones est donc une série qui comblera les amateurs du genre. Rodolphe & Van Linthout ont trouvé une belle osmose : les planches sont équilibrées et très lisibles, tandis qu’on se laisse mener par l’habileté et l’apparente simplicité du scénario. Entre le cinéma, les superbes voitures américaines et les années 1950-60, on ne s’ennuie pas une seconde, profitant tantôt d’une atmosphère, tantôt d’un somptueux décor, ou justement de l’absence de celui-ci pour ressentir l’appel des grands espaces de l’Amérique de l’Ouest.

« Mon dessin dans le créneau "BD Belge" est celui de Brian Bones, complète le dessinateur polyvalent. Je ne me force pas : une ligne claire, un dessin détaillé mais qui doit avant tout rester lisible. Je voulais aussi des couleurs qui soient claires, des aplats, pas de fioritures. Pareil pour le scénario : pas d’effets de manches, pas de fioritures inutiles, mais une solidité et une bonne ambiance. D’ailleurs, j’ai l’impression qu’on se souvient toujours plus de l’atmosphère que de l’intrigue. J’ai lu cinquante fois "La Voiture immergée" [1] ; ce que j’en retiens, c’est l’ambiance. »

«  Pierre Paquet est un des rares éditeurs à encore permettre ce genre de série, conclut Georges Van Linthout, la collection "Calandre" me permet de dessiner des voitures américaines comme je les aime. Mais je ne voulais cependant pas que les histoires soient uniquement basées sur les voitures. Il me fallait une vraie bonne intrigue policière. Puis, il y a toute l’imagerie des années 1950, et le cinéma en fait partie. Avec Rodolphe, on a les mêmes goûts de ce point de vue, on s’entend comme des frères, c’est important. Il sait rendre au scénario ce que j’aime dessiner. De plus, le cinéma permet de travailler des décors variés. Je pense que plus ou moins inconsciemment il fait partie du bagage polar, il amène l’illusion, le factice. Au final, Rodolphe et moi cherchons à nous amuser, à nous faire plaisir. Pour le troisième tome, on part dans une toute autre direction : les soucoupes volantes ! Les années 50 leur font la part belle, et je me réjouis d’en dessiner les premières pages. Plus tard, il y aura sans doute la musique, le rock, car je ne pense pas que Rodolphe pourra s’en passer très longtemps ! »

Ce second tome est enrichi d’un dossier et d’un cahier graphique pour sa première édition

Propos recueillis par Charles-Louis Detournay.

(par Charles-Louis Detournay)

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Toutes les planches sont issues du second tome de Brian Jones, qui vient paraître : © Rodolphe, G. Van Linthout – Paquet 2017.

[1La Voiture immergée : troisième tome de Gil Jourdan, sans doute l’une des plus grandes références pour caractériser le style de Maurice Tillieux

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