Capricorne - T12 - par Andréas - Le Lombard

1er novembre 2007 3 commentaires
  • Couverture blanche, album muet ! Andréas figure et revendique la différence face au conformisme... Un 12ème tome sans titre, mais empreint de beauté et d’originalité, et qui renoue avec le mystère et le fantastique qui sont la marque de fabrique de la série.

Après avoir combattu et sans doute vaincu le Concept dans un premier cycle de 9 tomes, Capricorne tente de rejoindre New-York par ses propres moyens. Ce long voyage se double d’un périple intérieur pour cet aventurier de l’étrange qui vient de récupérer son nom, et qui doit se reconstruire entre ses propres souvenirs et ceux de son ennemi. Après avoir affronté un huis-clos campagnard où son manque d’implication a déclenché de nombreux drames, et après une longue convalescence passée à soigner ses douleurs morales et physiques, notre héros se lance à travers les paysages enneigés où chaque mot peut déclencher une avalanche meurtrière. Au milieu de ces étendues immaculées, il rencontre un étrange peuple vivant sur les cîmes. Mais la découverte de l’astronef qui avait emporté les têtes du Concept va relancer les suspicions et le complot planétaire. Le destin d’un homme est-il suffisamment solide face aux turpitudes du monde ?

Capricorne - T12 - par Andréas - Le Lombard

Les albums de Capricorne se suivent et ne se ressemblent guère. Après un 11ème tome bâti autour de l’idée d’horizontalité, Andréas pousse encore plus loin l’expérimentation en nous livrant un récit muet ! Il avait régulièrement utilisé cet artifice dans ses précédents albums, particulièrement dans Rork : ses histoires basées sur l’intrigue et le secret conviennent surtout à ce mode narratif déroutant. Loin d’Arzach [1] et de ses successions de mini-récits, il rajoute un épisode complet à sa saga fantastique, tout en renouant avec les tomes précédents.

Explorateur de nouveaux codes graphiques, Andréas avait pourtant gardé une narration classique pour Capricorne, estimant que le scénario ne requérait pas d’effets de manches superflus. Il se lance ici dans une acrobatie sans filet où son génie du découpage et son expérience scénaristique profitent à une histoire dénué d’aide textuelles. Il eut été malvenu alors de donner un titre à l’ensemble, mais l’extravagance atteint son sommet dans cette couverture blanche comme la neige, le thème central de cet opus. Si certains y verront peut-être un hommage à l’album blanc des Beatles (Fluide Glacial et avant lui Mad Magazine avaient usé du même procédé), il faut aussi y deviner une pique contre la commercialisation à outrance et ses couvertures de plus en plus formatées. Depuis plusieurs années, certaines présentations d’albums sont devenues des caricatures d’elles-même : les personnages y sont parfois démesurément agrandis afin que le lecteur puisse, de loin, reconnaître son héros. On minimise les détails et les décors pour suivre les sacro-saintes lois commerciales : un quart de seconde dans l’œil du client pour provoquer l’achat !

Derrière cette parure virginale se dissimule donc un récit mature et dense. Les néophytes de Capricorne en apprécieront la dextérité narrative, mais il ne prendra toute sa valeur que pour les lecteurs avertis, experts dans les codes d’un univers qui se renouvèle à chaque album.

(par Charles-Louis Detournay)

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Toutes les illustrations sont © Andréas - Le Lombard

[1Album muet de Moebius publié dans Métal Hurlant, l’un des moments marquants de l’histoire de la BD franco-belge.

 
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3 Messages :
  • Un autre album
    1er novembre 2007 10:07, par Dimitri

    Il y a aussi un album des Avatars chez Dargaud qui a une couverture toute blanche ( encore plus blanche d’ailleurs...)

    Voir en ligne : http://scenaristebd.over-blog.com

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    • Répondu par CLD le 1er novembre 2007 à  14:39 :

      Celui-ci étant vraiment un clin d’oeil à l’album des Beatles, puisque la série les paradiait avec humour.

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    • Répondu par fana Andreas le 29 novembre 2008 à  22:32 :

      Comme toujours chez Andreas, beaucoup de détails à trouver dans une BD à lire et relire. Un petit exemple, le mot "terminus" apparaît une fois dans chacun des albums de capricorne. Eh bien dans cet album muet, vous le trouveres encore (cherchez dans la gare que visite le héros !)

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