Captain America : Sam Wilson T. 1 – Par Nick Spencer, Daniel Acuña, Paul Renaud & Joe Bennett – Panini Comics

6 décembre 2017 1 commentaire
  • Le scénariste Nick Spencer reprend le bouclier de Captain America pour lancer une nouvelle série : le propos se veut plus politique et plus clivant.

Débutée à la fin de l’année 2015 aux États-Unis, cette nouvelle série repart de la situation dans laquelle se trouve le bouclier de Captain America ces dernières années : le scénariste Rick Remender a privé Steve Rogers des bienfaits du sérum de super-soldat, le vieillissant brutalement. Son ami Sam Wilson lui a succédé dans la fonction. Le scénariste américain reprend le fil des intrigues huit mois après la création du nouvel univers Marvel à l’issue du crossover Secret Wars de Jonathan Hickman.

Sam est toujours le porteur du bouclier en tant que Captain America, mais il apparaît dès les premières pages de cet album comme en froid avec le S.H.I.E.L.D. Et pour cause : Sam souhaite incarner Captain America de la manière qui lui semble juste, il a donc pris publiquement position contre eux sur de nombreux sujets politiques sensibles.

En n’étant pas neutre dans le débat public, Sam déclenche deux réactions évidentes chez les Américains : certains défendent les mêmes causes et trouvent ses déclarations bienvenues, les autres trouvent cette prise de position inappropriée et rejettent le nouveau Captain America. Cette série ayant démarré aux États-Unis quelques mois avant les dernières élections présidentielles qui ont porté Donald Trump au pouvoir, il n’est pas très difficile de déceler dans cette histoire quelques interrogations ou craintes concernant la vie politique américaine actuelle. Plus ou moins bien exploitées...

En effet, si le nouveau Captain America se veut politique dans ses actes, le lecteur ne jouit pas d’une transparence totale sur son point de vue. Ainsi, lors de l’évocation de sa prise de parole publique, c’est carrément une ellipse narrative qui est proposée aux lecteurs pour le maintenir dans l’incertitude quant à la pensée de Sam. Toutefois, l’intrigue et son développement laisse supposer que Captain America est un progressiste qui n’aime par exemple pas que des Américains bétonnent avec violence et mépris la frontière avec le Mexique voisin : ses interventions sur Twitter ne risquent apparemment pas d’être relayées par un champion américain de la discipline... Nous trouvons tout de même dommageable que la prise de position de Sam ne soit pas nette pour le lecteur, ce qui aurait pu poser sans ambiguïté le débat autour de la série et de ses messages.

Captain America : Sam Wilson T. 1 – Par Nick Spencer, Daniel Acuña, Paul Renaud & Joe Bennett – Panini Comics
Accompagné de deux acolytes, Captain America continue de mettre un terme aux menaces qui pèsent sur la société.
© Marvel

D’un point de vue plus classique, Sam gère le tout-venant avec moins de moyens que d’ordinaire, le S.H.I.E.L.D n’ayant pas apprécié sa condamnation de certaines de ses projets de sécurité tendancieux. L’album développe principalement deux intrigues : dans la première, Sam doit arrêter un trafic d’immigrés clandestins mexicains destinés à servir de cobayes pour des expériences ; dans la seconde, notre héros doit faire face à un groupe familier d’ennemis qui a décidé de changer de mode opératoire en devenant une entreprise proposant ses services à Wall Street. Deux intrigues plutôt honnêtes, mais qui ne font pas non plus beaucoup bouger les lignes.

Ces intrigues jouent beaucoup sur l’aspect « Méta » des situations sans trop de raison : ainsi, les personnages soulignent eux-mêmes comment leurs aventures qu’ils vivent ou les personnages qu’ils incarnent sont trop « kitschs » pour être vrais (comme par exemple le fidèle faucon de Sam, qui est devenu un oiseau vampire/mort-vivant/équipé d’un canon à ultra-sons), sans qu’il n’y ait une réelle innovation ou retournement de situation derrière cette prise de conscience.

De même, chaque référence à la culture populaire est soulignée au feutre fluo ou étiquetée pour que tout le monde comprenne bien de quoi il est question, même si dans la plupart des cas c’est évident pour les lecteurs. Décevant.

Ce premier album des nouvelles aventures de Captain America nous est apparu honnête mais pas vraiment indispensable : le scénariste Nick Spencer propose un personnage principal moins lisse qu’on ne pourrait se le représenter, mais se retient de le rendre trop clivant dans l’exposition de ses choix. Nous espérons que les prochains tomes proposeront un Captain America qui prend réellement position dans la société. En revanche, sur le plan graphique, la série bénéficie d’un très beau traitement de faveur car les planches de Daniel Acuña et Paul Renaud portent la marque évidente de leur talent respectif.

(par Romuald LEFEBVRE)

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Captain America : Sam Wilson | Pas mon Captain America. Par Nick Spencer (scénario), Daniel Acuña, Mike Choi, Paul Renaud et Joe Bennett (dessins). Traduction de Jérémy Manesse. Panini Comics, collection Marvel NOW. Sortie le 8 novembre 2017. 136 pages. 15,00 euros.

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