Charlie Hebdo : Un journal qui déménage

30 septembre 2011 9 commentaires
  • Charlie Hebdo seconde génération fait sa rétrospective avec un pavé de plus de 300 pages qui regroupe les couvertures des 1.000 numéros parus. Un panorama passionnant de l'actualité depuis 1992 qui raconte avec acuité une Histoire que l'on avait parfois oubliée.

Depuis 1992 -mais en réalité déjà bien avant comme le rappelle Wolinski en préface, une tribu d’irréductibles journalistes s’entête à résister contre la paresse intellectuelle et la soumission volontaire au pouvoir en place. Depuis sa relance autour de Cavanna, Cabu et Philippe Val il y a 19 ans, Charlie Hebdo est parvenu à maintenir son indépendance financière et intellectuelle chaque semaine, dépassant aujourd’hui le cap des 1.000 numéros.

Un chiffre symbolique qui, hormis une double page dédiée, n’a pas donné lieu à un numéro spécial de l’hebdomadaire pour sa millième édition du 17 août dernier. La raison ? Charb nous a confié qu’il était contre l’idée d’un numéro spécial par trop "marketing". L’hebdo ne dispose que de 16 pages et l’actualité est prioritaire, pas cet anniversaire, se justifie-t-il.

Du coup, ce sont les éditions Les Échappés qui s’y collent avec un lourd pavé de plus de 300 pages reliées. Une somme qui réunie les 1.000 couvertures de l’hebdo satirique... ou presque. Exit les numéros 61 et 78 illustrés par un certain... Siné qui a refusé de donner son autorisation de publication. Exit aussi le numéro 164 qui, de l’aveu de l’équipe, a disparu dans les limbes de l’oubli. Trois absences qui n’enlèvent rien au plaisir de découvrir, ou de redécouvrir, ce regard irrévérencieux sur ces 19 dernières années. Une sorte de pense-bête contre l’oubli des atrocités de l’actualité et des errements de nos gouvernants.

Charlie Hebdo : Un journal qui déménage
Cavanna, Wolinski et l’éditrice Gisèle De Haan (Dargaud)
Photo : D. Molinaro
Clémentine Autain (apparentée PCF) et Charb
Photo D. Molinaro

Pour ponctuer cette succession de unes, Charlie Hebdo a convié ses membres et ses amis à commenter l’actu de chaque année. On y retrouve les signatures de Noël Mamère, Clémentine Autain, Bernard Thibault, José Artur et autres sympathisants.

Tiré à 20.000 exemplaires, Les 1.000 Unes de Charlie Hebdo était déjà référencé dans tous les réseaux de distribution et quasi vendus avant même sa date de sortie le 22 septembre dernier. Les piles ont descendu en quelques jours. Un retirage est déjà en cours et les éditions Les Échappés s’attendent à écouler 45.000 exemplaires à terme.

Cette somme de toutes les luttes arrive au moment où la rédaction de Charlie débute son nouveau millénaire par le déménagement de son siège historique. Finis les beaux quartiers du 3ème arrondissement de Paris, direction les quartiers populaires de la Porte de Montreuil. La crise est passée par là. Elle avait déjà fait monter le prix de l’hebdo de 2€ à 2.50€ l’an dernier. Cette semaine, elle force Charlie Hebdo à réduire son loyer par trois. Une contrainte qui, finalement, devrait rapprocher l’hebdo du peuple qu’il défend.

Dans la coursive de la rédaction, un dernier pot d’adieu
Photo : D. Molinaro
Mercredi 28 septembre 2011 chez Charlie Hebdo.
Le déménagement a débuté la veille...

Pour célébrer l’évènement, l’équipe a organisé un pot dans ses locaux jeudi 22 septembre. On y croisait pêle-mêle Cavanna, Wolinski, Cabu, Charb, Willem, Riss, Luz, Jul, Tignous, Honoré et autres collaborateurs. Mais aussi Clémentine Autain, directrice très médiatique du magazine Regards et Dominique Sopo président de SOS Racisme. L’occasion aussi d’y croiser Clotilde Maillard représentante de l’association RESF (Réseau Education Sans Frontières) qui lutte contre l’expulsion des sans papiers, une des grandes causes de Charlie Hebdo. On pouvait également y rencontrer Allain Bougrain Dubourg de la LPO (Ligue pour la Protection des Oiseaux), nouvel associé de Charlie dans la protection des animaux avec un ouvrage de 160 pages à venir le 20 octobre prochain : Du Goudron et des plumes.

Cabu et Cavanna : un échange de regards qui en dit long...

L’aventure Charlie Hebdo n’est pas prête de s’arrêter. Comme l’écrivait Charb dans le numéro 1.000 : "Personne de l’équipe de 1992 ne s’est dit qu’on ferait mille numéros de Charlie... Et aujourd’hui, personne ne se dit qu’on va vers le numéro 10.000, notre objectif n’est pas d’entrer dans le Guinness Book des cons. (Et pourtant, on y va, vers le 10.000 !)"...

(par Dominique Molinaro)

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9 Messages :
  • Cabu et Cavanna : un échange de regards qui en dit long...

    Je ne vois pas ce que disent leurs regards, je vois juste deux petits vieux courbés par le poids des ans.

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    • Répondu par lebon le 30 septembre 2011 à  19:48 :

      Vous serez vieux un jour, je vous souhaite juste d’être aussi intéressant que Cabu et Cavanna

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      • Répondu le 1er octobre 2011 à  10:04 :

        C’est le grand critère, ça : "intéressant, intéressant".
        Intéressant pour qui ? Pour quoi ?
        Malheureusement, les années passent et les pitreries qui semblaient répondre à une génération ne répondent peut être plus aux saloperies de l’actuelle génération au pouvoir.
        Oui, c’est intéressant de s’être moqué avec brio de Giscard.
        Intéressant, pour les historiens.

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  • Charlie Hebdo : Un journal qui déménage
    30 septembre 2011 22:33, par lalala

    Citation "Exit aussi le numéro 164 qui, de l’aveu de l’équipe, a disparu dans les limbes de l’oubli." Fin citation

    Le N° 164 n’existe pas, tout simplement parce qu’il y a eu une erreur lors de la numérotation. On passe en effet directement du N°163 (daté du 9 août 1995, à la Une un dessin de Gébé) au N°165 (daté du 16 août 1995, à la Une un dessin de Luz)

    Et là je pose une question cruciale, capitale... le N° 1000 est-il vraiment le N°1000 ? Mystère...

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  • Un recueil des couvertures des 1.000 numéros parus expurgé des couv dessinées par Siné, ça pue ! Pour le coup ça fait stalinien (les photos caviardées).

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    • Répondu le 1er octobre 2011 à  12:42 :

      Il y a erreur, C’est Siné qui a refusé de donner son accord pour de publication de "ses deux Unes". En même temps, on le comprend, il a été viré, en même temps on s’en fou de sa minuscule participation.

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      • Répondu le 1er octobre 2011 à  15:06 :

        Il y a erreur, C’est Siné

        Il n’y a aucune erreur, ce point est précisé dans l’article, n’empêche que le recueil est donc expurgé de ses participations.

        Pensez que Siné dans Charlie hebdo ce n’est que "de sa minuscule participation", c’est être bien ignorant de l’histoire de cette presse, puisque même le logo provient de son Siné-massacre.

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        • Répondu par Yvan le 2 octobre 2011 à  14:48 :

          Siné c’est donc lui même "expurger" de Charlie Hebdo ? A l’insu de son plein gré ?...

          Dans l’article ci-dessus "Exit les numéros 61 et 78 illustrés par un certain... Siné qui a refusé de donner son autorisation de publication."

          C’est vrai que Siné ne c’est pas contenté de dessiné deux Une pour Charlie Hebdo. Il y commettait également une chronique une fois par semaine. Chronique où il éructait sa Ségolène colère. Ça lui faisait certainement du bien, mais personnellement ayant mes propre colères, je ne savais pas trop quoi faire des siennes même si souvent elles étaient identiques.

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  • Les rentiers de la contestation...autrefois ils se nommaient les fous du roy...

    Toujours sociétal, rarement vraiment économique ou politique. L’illustration parfaite du bouquin de Lénine sur la maladie infantile du communisme ^^

    Bref, du boboland de première avec Clem et Nono...

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