Comme Rork, Capricorne conclut son combat à New York

18 novembre 2009 0 commentaire
  • Le quatorzième tome de Capricorne regorge d'éléments nouveaux, permettant une nouvelle fois de se passionner pour une série bien en dehors des carcans traditionnels de la création, et pour un auteur qui se plaît à jouer autant avec le lecteur qu'avec les codes de la bande dessinée. Du grand art !

Certes, chaque auteur possède son propre univers, mais Andréas est réellement à part : qu’ils soient dans le registre extraterrestre ou qu’ils soient issus de temps immémoriaux, ses récits énigmatiques repoussant les limites du graphisme et de la narration ont d’emblée intrigué et passionné les lecteurs.

Quelques-uns de ces premiers courts récits parus dans Tintin forment la genèse d’une série devenue mythique, Rork. En parallèle, et par la suite, il imagina et collabora avec d’autres auteurs, dont Yann, Cossu, Bézian, François Rivière, Berthet, Foerster et Durieux, un ensemble de one-shots et de projets plus courts, continuant à développer de nouveaux itinéraires narratifs, et parfois très énigmatiques. On retient entre autres Cromwell Stone, Cyrrus-Mil, Coutoo, et le Triangle Rouge. Il collabora également à l’aventure « donjonnesque » de Sfar-Trondheim en signant le troisième Donjon Monsters.

Comme Rork, Capricorne conclut son combat à New York

Changement important de direction en 1997 : il lance conjointement deux séries, Capricorne et Arq, respectivement au Lombard et chez Delcourt. Une fois de plus, scénarios ultra-sophistiqués et expériences graphiques sont au rendez-vous. Arq plonge le lecteur et des personnages bien dissemblables dans un univers étrange dont il faut tenter de comprendre les règles pour survivre. Le douzième tome paru cette année boucle le second cycle, en attendant le troisième et dernier cycle déterminant. Rappelons que l’auteur a carrément modifié le format des albums pour les volumes de 7 à 12 !

Il y a 20 ans, Capricorne surgissait dans l’univers de Rork, avant de le transcender ...

Les premiers tomes de Capricorne semblaient au départ moins audacieux : issu de la série Rork, ce personnage énigmatique résout des énigmes paranormales, face à une sorte de Moriarty démoniaque. Dès les premières pages, le ton est donné : Capricorne reçoit la mission de protéger New York, devant oublier jusqu’à son nom, et ne recevant pour toute compensation que six cartes à jouer, symbolisant son destin.

spin off

Les personnages secondaires de Rork et divers évènements que ce héros ’avait’ lui-même vécu laissait à penser que Capricorne tissait des intrigues parallèles à cette célèbre série. D’ailleurs, dans le cinquième tome de Rork, intitulé judicieusement Capricorne, une introduction présentait déjà les thèmes des quatre premières aventures de ce nouvel héros, dix ans avant leur publication : gros travail de construction, ou tentative bien sentie de rebond ?

Dès le cinquième tome, le rythme augmente d’un cran : les évènements de Rork se déroulaient en parallèle des quatre premiers tomes de Capricorne, en expliquent bien des points. Mais la suite de ces aventures va réunir les deux univers pour n’en former qu’un seul, bien plus complexe ! C’est l’attaque du Concept, une organisation militaire décidée à mettre le monde au pas ! Capricorne entre donc en résistance, tout en continuant d’être confronté à des entités ’malveillantes’, dont le célèbre Dahmaloch, mis en sommeil à la fin de Rork. Ce cycle se termine dans un neuvième album double où bien des réponses sont données : l’origine du concept, l’identité de Capricorne, ainsi que la mort de son ‘ennemi’. Déjà trois des six cartes du destin ont révélé leurs secrets.

Le voyage de retour vers New York s’annonce plus chahuté que prévu

Après cette intensité culminante, ce second cycle débute plus doucement : Capricorne tente de dompter les diverses parties de lui qui se sont réunies, il en apprend plus sur l’origine de sa fonction, car les Capricorne semblent se succéder à travers les temps.

Ces albums plus lents sont également le moyen pour Andréas d’expérimenter d’autres formes de narrations : le huis clos dans le T10 les Chinois, le panoramique dans le T11 Patrick, l’album muet dans le T12 d’ailleurs dénué de titre, et le gaufrier de cases dans le T13 Rêve en Cage. Malgré cette lenteur apparente, ces albums sont très riches et déterminants pour faire le lien entre les éléments dispersés dans les albums précédents.

Le passager

Le quatorzième tome qui vient de paraître, l’Opération, prolonge cette apparence paisible : se plaignant depuis très longtemps de douleurs thoraciques, Capricorne est opéré par une entité déjà rencontrée précédemment. Cette opération se déroule dans un cargo ‘fantôme’ qui le ramène vers la ville qu’il doit protéger, New York.

Cet album est surtout l’excuse pour nous livrer un long flash-back, présentant son réel ennemi, le ‘passager’, et l’affrontement qui doit en découler.

Dans l’ombre de Capricorne, le mystérieux passager, tout en hachures ...

Graphiquement parlant, l’album est une fois de plus très ambitieux : l’utilisation des hachures confère à certaines scènes des impressions fantastiques et hypnotisantes qui ne sont pas sans rappeler Cromwell Stone. Mais la réelle maestria d’Andréas, c’est de nous livrer un récit à l’apparente simplicité qui fait appel à beaucoup d’autres éléments placés dans les albums précédents. Si on n’a pas relu ces tomes auparavant, on se prend alors à aller rechercher ces petits détails déterminants, rouvrant et redécouvrant des récits qu’on croyait avoir compris, mais qui prennent une autre tournure face à ces nouveaux catalyseurs.

Bien sûr, Capricorne s’adresse avant tout au lecteur curieux, désirant être actif face au récit qu’on lui propose, car il faut qu’il enquête lui-même pour en retirer la saveur proposée par Andréas. Mais l’on peut être convaincus de l’excellence de cette série hors-norme !

Si vous ne la connaissez pas encore, ou si vous avez marqué une pause après le premier cycle, il est grand temps de rattraper votre retard, car l’affrontement final est imminent et se déroulera dans le prochain et dernier tome (du cycle ?), New York. Incontournable !

(par Charles-Louis Detournay)

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