Corridor - de Sarnath Banerjee - Vertige Graphic

27 février 2006 0 commentaire
  • Il y avait les « mangas » qui désignaient les BD japonaises, les « manwhas » pour désigner les BD coréennes, les « manhuas » (ou les « LianHuanHua » ?) pour la BD chinoise. Mais comment désigne-t-on les BD qui viennent d'Inde ? On posera la question à Sarnath Banerjee qui est sans doute le premier auteur de BD indien à être publié en France.

Et c’est une vraie surprise que ce petit livre de ce jeune auteur de BD indien présent à Angoulême sur le stand de Vertige Graphic. Intelligent, pour ne pas dire intello, ce jeune artiste de New Delhi qui a reçu une formation de biologiste a bourlingué en Europe comme d’autres ont traîné leurs sandales de cuir à Goa : Londres, Paris, Bruxelles (il avoue volontiers avoir eu une petite amie à Scharbeek qui n’est manifestement pas celle avec laquelle il se marie le mois prochain à Delhi)... Il a donc pu prendre la mesure des traditions de la BD dans nos contrées.

Corridor décrit les pérégrinations citadines d’un bobo de Delhi épris de culture (« Je suis en quête d’un livre... Ma vie semble en dépendre »), pétri de références hétéroclites (Le Fantôme du Bengale ou Blade Runner sont cités au même titre que Baldwin, Lacan, Baudrillard ou Snow), à la recherche d’objets invraisemblables et sans doute, aussi, d’un peu d’amour.

Arrêt dans la boutique de Jehangir Rangoowalla, « le Cyrus du livre d’occasion », un libraire-philosophe qui a compris que la vie se résumait à « mâcher correctement la nourriture ». Jehangir a bâti un lieu sans âge, une chaîne himalayenne de livres, où en maître de céans vénéré de ses clients, il leur dispense du thé, des joints et des sentences de fine sagesse, quand il n’y joue pas aux échecs, absorbé par sa partie. À partir de là, l’auteur fait défiler une galerie de personnages fantasques : Angrez Bosch, qui a appris les six degrés de l’orgasme par la maîtrise du Kundalini ; Kali, une réalisatrice de documentaires féministe et un rien castratrice ; le professeur Dvd Murphy, chef du département de médecine légale et de sciences médico-légales à Safdarjung et qui définit la mort comme « le coût exhorbitant de l’existence »... et bien d’autres qui vous mènent dans le plus exotique des voyages et dans une BD à l’humour neuf et rafraîchissant. À découvrir !

(par Didier Pasamonik (L’Agence BD))

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