DIDIER PASAMONIK : Bastien Vivès et les infortunés de la vertu

26 novembre 2011 25 commentaires
  • L’album de Bastien Vivès, « Les Melons de la colère », a suscité dans nos colonnes bien des commentaires. Violents, insultants même, et ce qui me frappe, toujours injustes. Sous des prétextes divers, s’exprime ici ce qui n’est rien d’autre qu’une manifestation de la bien-pensante hypocrisie bourgeoise.
DIDIER PASAMONIK : Bastien Vivès et les infortunés de la vertu
Bastien Vivès, Les Melons de la colère
Ed. Les Requins Marteaux

Je n’avais pas lu encore l’ouvrage de Bastien Vivès lorsque j’ai adressé à notre conseil de rédaction (composé de sept personnes) mon interrogation sur l’angle d’un papier que notre collaborateur François Boudet avait rédigé au sujet des Melons de la colère (Requins Marteaux). Je le mettais en débat : fallait-il accepter ce ton moralisateur ? Pour différentes raisons, l’article a été publié, laissant ainsi François exprimer son sentiment de malaise devant des scènes de viols collectifs, d’inceste voire de pédophilie, mettant par la même occasion mon interrogation à la portée de nos lecteurs.

Inutile de préciser que je ne suis pas du tout d’accord avec l’opinion de François Boudet. Sans doute parce que je connais mieux le travail de Vivès que lui. J’avais vu passer dans un ouvrage publié à l’occasion d’une exposition à Lausanne, Les 7 Péchés capitaux, une histoire illustrant L’Orgueil.

On y voit une très jeune femme s’adressant à un monsieur barbu (comme le père de l’héroïne des Melons) et qui lui demande son aide pour un devoir à rendre le lendemain. Ce faisant, l’homme lui masse les seins. « - J’aime bien quand tu me malaxes les nichons comme cela, papa » lui dit la jeune femme…

Le récit s’interrompt aussitôt et l’on voit Bastien Vivès interviewé par un journaliste TV à qui il exprime son entière liberté d’action dans sa création : « Je fais ce que je veux », dit-il. Le journaliste lui demande « - … Vous n‘avez pas peur qu’avec ce genre de propos, ce soit la porte ouverte à toutes les dérives ? » Réponse de Vivès : « - Je ne pense pas, et voyez-vous, celui qui m’emmerde, je l’encule ! » [1].

Sade en référence

L’autre chose que n’a pas vue François Boudet, c’est l’allusion évidente de cette histoire à la littérature érotique du 18e Siècle, et notamment au Marquis de Sade dans Justine ou les malheurs de la vertu, un livre où il y aurait bien plus de choses à reprocher que dans l’ouvrage de Vivès où le ton de la farce –qui est celui, général de sa maison d’édition d’ailleurs- saute aux yeux quand même.

Une jeune femme aux seins énormes abusée par son médecin qui en fait profiter tous les notables de la contrée, qui joue l’initiatrice sexuelle avec son frère plus jeune, ceci dans l’aveuglement des parents qui ne veulent surtout pas évoquer la question de la sexualité, surtout quand elle peut coûter de l’argent au ménage… ; la difficulté, une fois le viol reconnu par le père, d’obtenir une écoute de la justice… Tel est le sujet du livre.

Bastien Vivès, Les Melons de la colère
Ed. Les Requins marteaux

Les perversions, cela est établi depuis longtemps, peuvent s’organiser autour de telles représentations, mais celles-ci n’en sont en aucun cas la cause. Elles s’exprimeraient de toute façon si celles-ci n’existaient pas. Je dirais même que la censure peut les favoriser : J’ai le souvenir du dessinateur Paul Cuvelier, obsédé notoire, dont le père était médecin –gynécologue, il faut le préciser, figure bourgeoise et catholique de sa région. Eh bien, j’ai vu le dictionnaire familial, un Larousse illustré : tous les mots en rapport avec la sexualité avaient été découpés. Voilà comment on fabrique un obsédé, ce qui n’en fait pas pour autant un criminel.

Prise de risque

Ce qui frappe, c’est que les commentateurs se focalisent, avec une attention douteuse, sur les seuls actes qui suscitent un opprobre moral : le viol collectif et l’acte prétendument incestueux et pédophile. La souffrance de la jeune femme par rapport à sa monstruosité, le fait qu’elle formule plusieurs fois à ses parents les insupportables assauts qu’elle doit subir des médecins sans être entendue, et enfin la vengeance du père à l’encontre de ses agresseurs qui marquent les intentions réelles de l’auteur, sont totalement passées à la trappe.

On occulte de même la mention par l’éditeur d’un avertissement « Interdit aux mineurs », de la présence de l’ouvrage dans une collection « BD Cul » et d’un ironique slogan « Le Dernier Livre de Bastien Vivès » qui souligne la prise de risque de l’auteur, jusqu’ici versé dans l’histoire d’amour gentillette et consensuelle.

Ce qui frappe encore, c’est que l’on puisse encore tenir ce genre de discours alors que Sade est publié en livre de poche, qu’il y a quelques semaines encore Drugstore publiait Les Onze mille verges de Guillaume Apollinaire illustré par Liberatore où l’on voit un jeune garçon se faire enfiler par un affreux nobliau. Je n’ai pas le souvenir que les pères la pudeur des forums se soient manifestés à ce moment-là.

Bastien Vivès : "celui qui m’emmerde, je l’encule !"
Dans "Les 7 péchés capitaux" (sept. 2011) édité par le festival BD-Fil

La peur de l’image

Nous sommes aussi dans une vieille habitude : la peur de l’image, et de la bande dessinée en particulier. Il me revient cette bévue des législateurs lors de la promulgation de la Loi sur la Liberté de la Presse de juillet 1881 : trop occupée à sanctionner la représentation graphique, elle en avait oublié l’écrit. Jusqu’à la promulgation, l’année suivante en août 1882, d’une loi sur le délit d’outrage aux bonnes mœurs, ce fut le printemps de la littérature pornographique en France ! [2]

Revenons enfin sur le dessin de Vivès, elliptique, allusif, aux visages le plus souvent énucléés. C’est du Vivès au sommet de son art, sincère, juste et parfaitement observé. Certainement pas une petite œuvre secondaire faite sous le manteau, mais un de ses albums les plus pertinents dans une carrière déjà exemplaire.

(par Didier Pasamonik (L’Agence BD))

Cet article reste la propriété de son auteur et ne peut être reproduit sans son autorisation.

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[1Une édition BD-Fil, Festival de bande dessinée de Lausanne : Place de la Cathédrale 12 - CH 1005 Lausanne (suisse) - Tel : +4121 312 78 10 - Fax : +4121 312 78 11 - Courriel : info@bdfil.ch

[2Pascal Ory, La Censure en France à l’ère démocratique, Éditions Complexe, coll. « Histoire culturelle », 1999.

 
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25 Messages :
  • DIDIER PASAMONIK : Bastien Vivès et les infortunés de la vertu
    29 novembre 2011 15:56, par Sergio SALMA

    Son Polina était déjà tout en sensualité. Il aime le corps, les corps, pas étonnant qu’il ait réalisé un bouquin carrément de cul. C’est très bien. Il exprime presque la même chose que d’habitude mais frontalement. C’est d’ailleurs intéressant de voir qu’il se mette à cet eXercice pour que son récit devienne marrant. Vivès montre qu’il peut faire rigoler ou s’émouvoir. Quant à cette psychose sur la pédophilie elle est grotesque. Evidemment que c’est un acte criminel , où a-t-il été indiqué que ce livre était un exemple. Lire Sade ou regarder la plupart des films c’est être témoin de violences. Faire l’amour est souvent un acte violent, il y a de la douleur, de la souffrance autant que de la jouissance. Dernièrement sur le site ActuaBD mais aussi ailleurs, on est estomaqué par la confusion des rôles. Au lieu d’émettre un avis sur la qualité d’un ouvrage on démonte le système philosophique de l’auteur. Que savons-nous réellement des auteurs que nous aimons ? Quelles pratiques ? Quelles moeurs ? Que font-ils de leur libido ? En réalité pas dans leur "rôle" de saltimbanque ou d’amuseur, d’écrivain ou de cinéaste. Aujourd’hui la pédophilie est montrée comme le crime ultime, la pédérastie n’est pas loin , on a tellement envie que le monde soit honnête et droit, hétérosexuel et catholique, ce serait tellement plus simple pour que rien ne déborde. Les lois ?! Quelle horreur de prôner les lois ! Les lois qui il y a peu considérait les homosexuels comme des malades mentaux, les lois qui déniaient une âme à la plupart des habitants de la planète !? Misère. Quand on ouvre un livre ouvertement pornographique ( pas dans son sens péjoratif mais étymologique) il faut s’attendre à des scènes osées, qui vont trop loin qui dérapent. La représentation n’est pas incitation. Si on le considère ainsi on prête le flanc à tous les extrêmismes qui eux décident de tout verrouiller pour empêcher la dérive. Le chroniqueur du livre de Vivès a mélangé ses attributions. En tant que lecteur il a le droit d’être dégoûté. En tant que chroniqueur il n’a pas à se positionner dans ce registre. En ça , c’est lui qui est un criminel. Les dizaines de milliers de personnes qui lisent la chronique n’ont pas à recevoir un avis sur la morale. Ou alors, écrivons toutes nos chroniques avec cet état d’esprit fondamentaliste et empêchons les bêtises , les conneries, les pochades, les élucubrations. Et réfugions-nous derrière ce poncif bien commode qui consiste à penser que le seul outrage qu’un enfant puisse subir est d’ordre sexuel.

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    • Répondu par Francois Boudet le 29 novembre 2011 à  23:42 :

      Monsieur Salma, êtes-vous sûr d’être dans votre état normal en écrivant ce message ?... Maintenant vous me traitez carrément de "criminel" ?!... Vous n’avez pas honte ? Quant à amalgamer "pédophilie" et "pédérastie", c’est votre responsabilité ; personnellement je ne l’ai jamais fait et ne le ferai jamais, et je trouve très grave que vous fassiez justement cet amalgame qui n’a évidemment rien à voir... Vous vous rendez compte de ce que vous dites ?

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      • Répondu par Sergio SALMA le 30 novembre 2011 à  10:03 :

        Monsieur Boudet, c’est exactement ce qui ressort de votre vision des choses et surtout de vos réponses. Je suis absolument détendu et j’ai d’ailleurs préféré ne pas intervenir directement tellement j’avais été choqué par le ton de votre article. Bien sûr que je ne fais pas l’amalgame mais vous devriez apprendre à rédiger avec plus de prudence quand un sujet ou un livre ne vous intéresse pas vraiment . Ou plutôt quant vous êtes dérangé par ce qui flotte dans ce livre. Un criminel oui. Dans le sens où 100 articles comme le vôtre participe d’une psychose, criminel oui lorsqu’on a la responsabilité avec mille autres de diffuser des idées, donner des avis. Je sais pertinemment que vous n’êtes pas une mauvaise personne( j’aurais même tendance à penser de vous que vous éminemment bon , je suis témoin de vos combats sur FB ou ailleurs) mais ce qui ressort de vos réponses est une volonté de dissimuler ce que vous pensez vraiment. Vous êtes outré par les scènes de pédophilie et vous dites "je ne comprends pas cette scène". Pourquoi n’allez -vous pas au bout de votre sentiment en inscrivant l’article dans une optique franche ? En disant clairement que vous n’auriez pas publié ce livre , qu’il est hors-la-loi. Ce qui se passe tout le long d’un album érotique ou pornographique , comme ce qui se passe dans l’humeur des humains , hommes ou femmes en quête d’aventures purement sexuelles est un domaine glissant . Il faut savoir se placer hors des limites du correct et accepter que cette atmosphère fait partie de l’excitation. L’interdit excite. Si vous n’avez pas compris ça dans une oeuvre comme les melons de la colère c’est vraiment dommage. Moi lecteur du site( comme bien d’autres qui ne vous ont pas écrit) j’ai été choqué par votre recul. Et c’est ma façon de vous répondre. Désolé que ça vous choque encore et désolé surtout que vous ne compreniez où je veux en venir et que dans cet ordre d’idée, vous pensez que pour vous écrire un petite texte qui va tant à l’encontre de vos idées, je dois être dans un état second.

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  • DIDIER PASAMONIK : Bastien Vivès et les infortunés de la vertu
    30 novembre 2011 22:04, par la plume occulte

    François Boudet a signé une chronique où il a exprimé un ressenti.

    Pour le moins,c’est ce que l’on est en droit d’attendre !Sinon quoi ?Le robinet d’eau tiède encore et toujours ?

    Il a fait preuve d’un vrai engagement dans cet article:merci à lui ;c’est courageux de s’exposer,de se mouiller,loin des circonvolutions rhétoriques ,finalement lâches, qui ne disent rien.

    Après,doucement les basses,mollo,a t’il obligé quelqu’un à penser comme lui ?

    Mais là aussi,penser qu’un,cent, mille articles de la sorte ,puissent priver les lecteurs des dits papiers de leur libre arbitre d’idées,concourt à l’infantilisation générale qu’exsude la pensée dominante.Pensée dominante qui distille le conformisme scolaire et bourgeois.Conformisme scolaire et bourgeois,bien nommé culturellement correct,antre de la bien- pensance et de ce qui se doit d’être, aujourd’hui ,là ,maintenant.

    ça vaut bien l’hypocrisie bourgeoise,où là encore,entre les deux,les polarités sont poreuses.Au point de s’y méprendre quand on voit les méthodes...Alors les libertaires fantoches et leurs leçons....

    François Boudet exprime un point de vue et c’est bien !

    La diversité n’est pas un gros mot.Je lirais ses prochaines chroniques avec plaisir,d’autant plus que ce n’est pas mon avis ;à l’aune de ce point de vue.

    Au fond,il est peut être là le vrai crime de François Boudet:s’en être pris à un institutionnel du conformisme scolaire et bourgeois !

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    • Répondu le 30 novembre 2011 à  23:46 :

      s’en être pris à un institutionnel du conformisme scolaire et bourgeois !

      C’est Bastien Vives que vous appelez "un institutionnel du conformisme scolaire et bourgeois" ??? N’importe quoi ! Lisez ses bouquins avant d’asséner de telles énormités.

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      • Répondu le 1er décembre 2011 à  10:44 :

        parfois, je me demande qui se cache derrière ce "bourgeois". Ce mot est balancé régulièrement, comme le soixante-huitard, le bobo, la classe moyenne (dernière blague belge, où la droite veut défendre la classe moyenne sans même être capable de la définir).
        Si la notion de bourgeois était relativement claire il y a quelques décennies, elle est devenue tellement floue qu’elle désigne à la fois tout le monde et personne. Mais il est tellement commode de l’invoquer à tout bout de champ pour énoncer des fadaises.

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  • J’avoue que je ne comprends pas les raisons qui ont poussé François Boudet à écrire la première critique. Car des considérations aussi incisives, c’était encore le meilleur moyen de le mettre en exergue. Et je comprendrais parfaitement qu’on n’aime pas un porno extrême (comme si le sexe édité ne devait être qu’extrême ! Avec Sade pour alibi...). On peut se poser des questions :

    - Pourquoi écrire qu’on n’aime pas, au risque de promouvoir ? (surtout lorsque le thème est polémique) On n’est pas sincère et on veut que ça fasse polémique ? On est sincère... et naïf ?

    - S’il ne s’agissait pas de Bastien Vivès, cet article aurait-il été écrit ? (j’imagine que la collection contient d’autres auteurs) Dans ce cas, tel le taureau devant la cape, un vrai journaliste ne peut s’empêcher de s’y confronter ? Même s’il sait qu’il va "perdre" de toute façon ? (c’est nul... donc ils vont acheter ! C’est bien, achetez !)

    - "Si je n’écris pas cette critique d’une oeuvre que je n’aime pas, d’autres le feront et l’encenseront" ? Donc on y va, même si c’est du casse-pipe ? (car polémique, donc se nourrissant d’oppositions et de débats... tel qu’il y en a souvent sur ActuaBD !)

    Franchement, je ne comprends pas !

    Pour le deuxième article (celui-ci), c’est bien plus transparent (et j’y participe :-) !).

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    • Répondu par Francois Boudet le 1er décembre 2011 à  08:08 :

      Naïf, certainement ; je ne m’attendais pas à ce genre de réactions en tous les cas... En général, je ne suis pas réputé pour être un "flingueur" dans les avis que je donne des BD que je chronique... Dans le cas de cet album, je dis malgré tout du bien de l’oeuvre de Vivès (j’ai répété qu’il avait du talent...), mais tout ne passe pas... et je posais cette interrogation que j’avais. De plus, oui, je pense qu’il y a beaucoup d’hypocrisie dans les critiques que je peux lire dans la presse par exemple, qui n’osent pas aborder le point ’litigieux’ de cet album... Bien à vous.

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      • Répondu par Elias le 1er décembre 2011 à  15:46 :

        qui n’osent pas aborder le point ’litigieux’ de cet album...

        litigieux pour vous, certains ne le ressentent pas comme ça, comprenez-le.

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        • Répondu par Brian Addav le 2 décembre 2011 à  06:52 :

          Et inversement.
          La liberté, d’expression, ou autre, n’est pas infinie. Elle se heurte toujours à celle des autres.

          Et on a le droit d’être choqué par la représentation d’un acte sexuel incluant un enfant dans une œuvre. Surtout quand le lecteur n’est en aucun cas prévenu de cette éventualité.
          (ce qui est très légèrement différent du cas Baudoin où c’est le propos du bouquin, même si cela peut aussi choquer).

          Vivès a le droit de représenter ce qu’il veut dans ses œuvres. Mais il a des responsabilités aussi.

          La question n’est pas de savoir ce que d’autres ont fait avant, et encore moins de se justifier par eux, mais de savoir comment de nos jours un tel acte est considéré.

          Tout le monde sera d’accord pour dire qu’un acte sexuel, réel, concernant un enfant, et condamnable. Que ce soit par la morale ou par la justice. C’est là où nous en sommes actuellement.

          Quant à sa représentation, elle est encadrée par loi, qui tient compte de la liberté d’expression. (La preuve, le livre a été autorisé, et Vivès n’est pas poursuivi, heureusement).

          Mais est-ce que chaque lecteur potentiel de ce livre aura le recul nécessaire pour y voir soit la farce "grivoise" (selon certains), soit le portrait d’une situation "malsaine" (pour d’autres) ?
          Est-ce qu’on peut se contenter de représenter un tel acte sans "explications / justifications / condamnations / autres" en se réfugiant derrière la "liberté d’expression" pour se justifier ?
          Est-ce qu’il y a un risque que certains lecteur prennent pour argent comptant cet acte et n’y voit rien de condamnable ?

          Toutes ces questions sont tout aussi légitimes que la liberté qu’a l’auteur à représenter ce qu’il veut.
          Et si quelques personnes se les posent, c’est que les réponses ne sont pas aussi évidentes que ça.

          François Boudet s’est exprimé, et dans son travail de critique, a pointé du doigt un élément du livre qui peut entraîner un malaise et/ou une polémique . (et qui l’a entraîné, la preuve).

          Il en a le droit. Pourquoi aurait-il dû, lui, se censurer, au nom d’une liberté d’expression qui ne serait qu’à sens unique ?

          Il n’a pas fait acte de censure, il n’a pas brûlé le bouquin ou lancé de cocktail molotov sur les locaux de l’éditeur.
          Il a simplement mis en débat un point qui le gêne. En quoi est-ce condamnable ?

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          • Répondu par Melindez le 2 décembre 2011 à  17:06 :

            Enfin une remarque avec du sens, et qui n’est pas imbibé d’un idélisme de liberté d’expression qui n’a de celle ci que le nom !
            Le travail du critique ne consiste pas seulement à faire l’éloge ou condamner des seuls styles graphiques et scénarios comme vous semblez tous le penser.

            Pourquoi faut-il toujours que l’art de la bd soit déservi par ses propres fans ? En refusant au critique bd son vrai statut de critique (c’est à dire un jugement sur tous les points de l’oeuvre), vous dénigrez la bd elle même ! Et contrairement à ce que l’on croit, ce ne sont pas seulement les oeuvres elles même qui donnent leurs lettres de noblesse à une forme d’art, mais les critiques qui en sont faites.

            Concernant l’album de Bastien Vives, il est tout à fait compréhensible qu’il ait cédé à son tour à la tentation du sexe et de l’érotisme en bd pour le plaisir du dessin des corps. Rappelez vous le magique manara. Cependant, même avec le double niveau de lecture que l’on se doit de lui concéder, cette scéne pédophile doit nous interpeler ne serait-ce parce que c’est, il me semble, la volonté de l’auteur (à moins que vous ne soyez de ceux qui pensent que l’art peut tout se permettre, tant que c’est pour l’art).
            Cette scéne donne à toute l’oeuvre un ton parodique, et le phallus démesuré décrédibilise l’imagerie pédophile et incestueuse. Cependant je reste sceptique quant à la longueur de cette scéne qui aurait eu le même impact sans décrédibiliser du même coup l’oeuvre en ne durant que deux pages. J’ai pour ma part l’impression d’un délire entre Bastien et ses potes ou une volonté de son éditeur et lui même de choquer pour vendre. Mais je comdamnerais la scéne ouvertement si celle-ci avait eu en lieu et place de sa connotation fortement ridicule, une connotation fortement érotique.

            Bien à vous.

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            • Répondu le 3 décembre 2011 à  00:06 :

              Il ne faut pas oublier que cette collection est une parodie des BD de cul de gare, les petits fascicules Elvifrance.

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  • Bonjour,

    Ouai ça va cette BD est immorale d’accord ! comme les récits de Sade etc. Il a raison le Bastien ! pourquoi pas ! les futurs consommateurs sont prévenus ! c’est pas comme si on distribuait cette BD dans les maternelles ou les écoles primaires ! Bon seul hic pour moi c’est le prix ! 12.5 pour un format pareil c’est un peu de l’arnaque !

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    • Répondu le 7 décembre 2011 à  23:55 :

      Il faut bien remplir les caisses... Donc faire du cul avec des auteurs vedettes, mettre un bon prix, et demander des subventions ; Lu sur le site Rue89 : « Avant, on se lançait dans des projets de livre sans trop réfléchir. A présent, on s’appuie sur le Centre national du livre, sur des aides à la création et des formes de mécénat. »

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    • Répondu le 19 décembre 2011 à  10:37 :

      Effectivement 12 euros pour un petit format souple bon marché sans rabats, c’est un peu cher...

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      • Répondu le 4 janvier 2012 à  15:19 :

        D’un autre côté, avec tout ce battage, cette BD va être rapidement cotée et vaudra bientôt bien plus que 12 euros...

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  • Heureuse de vous lire
    12 janvier 2012 15:53, par annaig

    Merci d’avoir écrit cet article intelligent : j’avais eu la même frayeur que vous en lisant la critique et les commentaires qui la suivaient.

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  • Question qui peut paraitre hors de propos, mais je serai curieux de savoir :

    si les melons de la colère, tel qu’il a été publié, dans son graphisme et son scénario, avait présenté par un tout jeune auteur sans publication, aurait-il été accepté par un éditeur ? N’arrive t-on pas à un stade avec Bastien Vives où on publie plus le nom de l’auteur plus que ce qu’il a à dire ?

    J’aurai tendance à être septique, au risque de passer pour quelqu’un de mauvaise foi qui "na-rien-compris-parce-qu’il-n’a-pas-aimé".

    Bien à vous.

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    • Répondu par Kloko le 29 janvier 2012 à  05:53 :

      C’est possible, mais c’est malheureusement le cas avec aussi la moitié des auteurs qui ont plus de 20 ans de carrière : ce qu’ils font est assez nul, mais ils sont publiés parce qu’ils ont un public pour les acheter.

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      • Répondu le 29 janvier 2012 à  10:24 :

        Justement, le fait est que Bastien Vives n’a pas 20 ans de carrière, et je me demande s’il jouit d’un gros potentiel d’achat ou simplement d’une tendance de critiques élogieuses.

        J’ai beaucoup aimé Polina, mais je suis désagréablement surpris de ce récent ouvrage, que je trouve gratuit à défaut d’être bousculant, à croire que le destin de chaque auteur à la notoriété naissante est d’exhiber des verges, du sexe gras et autres choix de mauvais goût, peut être pour accéder au statut d’élites, aux créations inaccessibles et à l’intelligence pédante (bon j’exagère une peu...quoique).

        Bastien Vives a toujours été dans la performance, le conceptuel (sauf avec Polina justement, plus classique dans sa structure mais où l’on ne reste pas sur sa faim) mais a toujours su y placer un élément qui faisait l’intérêt mineur ou majeur de sa bande dessinée, mais je trouve que dans les melons de la colère, soit c’est très absent, soit c’est beaucoup trop léger pour justifier une publication.
        J’ai malgré moi l’impression qu’il a le luxe (que n’auront jamais d’autres jeunes auteurs tout aussi talentueux) de pouvoir faire ce qu’il veut (et entendre par là, des choses à la légitimité douteuse) grâce à son totem d’immunité acquis avec le goût du chlore et Polina.

        C’est peut être une vision naïve de ma part, mais pourquoi suis-je très loin d’être le seul à partager ce sentiment ?

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        • Répondu le 29 janvier 2012 à  16:04 :

          C’est n’importe quoi : les "BD Cul" sont édités par les Requins Marteaux, qui n’ont pas franchement l’habitude de publier sur le nom d’un auteur.
          La preuve : il y en a eu plusieurs dans cette collection avant celui de Vivès, de tête par Aude Picault et Morgan Navarro... Encore une publication faite sur le nom des auteurs ?

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        • Répondu par christophe le 29 janvier 2012 à  16:06 :

          Avis partagé pour ma part également. Par ailleurs, je trouve ses albums assez inégaux .
          Pour beaucoup, même si on sent le potentiel sous le capot, j’ai été très souvent déçu par l’impression de gros vide, de scénario mince comme une feuille de papier à cigarette et agacé par un nombre incroyable de plans inutiles au récit.
          Aussi, je trouve ça incroyable cette espèce d’aura qu’on lui prête, même si son dessin est particulier, je trouve que c’est un peu sur-médiatisé.

          Les critiques ont toujours ce besoin d’aller chercher un petit "mozart" de sous le tiroir et je ne comprends pas en quoi d’autres jeunes auteurs n’aurait pas droit à de telles attentions...
          Ceci étant, je pense que Bastien Vives se fait plaisir, cet ouvrage en témoigne et il aurait tort de s’en priver si on le signe à l’aveugle.

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          • Répondu le 30 janvier 2012 à  09:57 :

            On se demandait si cet album devait être pris comme une BD excitante sexuellement ou non. Voici ce que dit Bastien Vivès dans le numéro 60 du dBD qui vient de sortir : "Pour autant, l’album n’est pas forcément excitant. Je sais que des gens ont été un peu perturbés et qu’ils n’ont pas forcément accroché. Je comprends totalement, parce que j’y ai mis beaucoup de mes fantasmes. Quelqu’un qui n’a pas forcément les mêmes délires va trouver l’histoire cool et marrante mais pas sexuelle..." Ça pose des questions sur Bastien Vivès... Dans un reportage tv (la semaine passée sur France 5), Bastien Vivès reconnait qu’il a un problème de virilité qu’il compense dans ses BD. A moins que tout cela, interviews comprises, soit de la plaisanterie et du deuxième degré...

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    • Répondu le 29 janvier 2012 à  16:10 :

      si les melons de la colère, tel qu’il a été publié, dans son graphisme et son scénario, avait présenté par un tout jeune auteur sans publication, aurait-il été accepté par un éditeur ?

      Il y a plus de 4000 titres de bandes dessinées parus par an, on ne cesse de parler de surprouction dans l’industrie Bd (demandez aux libraires) donc j’aurai donc tendance à dire que oui, bien sûr !

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  • Moi ça m’a beaucoup fait rire.

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