Daredevil T1 – Par Mark Waid, Marcos Martin, Paolo Rivera et Chris Samnee – Panini Comics

16 août 2017 1 commentaire
  • Premier album d'une intégrale à ne pas louper : l’œuvre du scénariste Mark Waid et de talentueux dessinateurs sur la série « Daredevil », récompensée de nombreuses fois aux prix Eisner en 2012.

« L’homme sans peur » est un personnage qui a une bonne étoile chez l’éditeur Marvel : son parcours littéraire est jalonné d’auteurs et d’artistes décisifs qui l’ont porté au firmament, comme cela a pu être le cas (références non exhaustives) avec Frank Miller dans les années 1980 ou Brian Michael Bendis dans les années 2000. Sans crier gare, l’arrivée en 2011 aux commandes de la série Daredevil du scénariste, aux talents depuis longtemps reconnus, Mark Waid et des dessinateurs Marcos Martin, Paolo Rivera et Chris Samnee allait à nouveau projeter le protecteur du quartier new-yorkais de Hell’s Kitchen vers la voie de l’excellence dans son domaine...

De ce très volumineux album qui regroupe les épisodes de la série Daredevil de 2011 à 2013, la première chose qui a marqué notre lecture est la qualité d’écriture des personnages dont fait ici preuve Mark Waid. Les personnages principaux sont très intéressants à suivre, de même que les personnages secondaires ou les invités de marque (comme Spider-Man, par exemple) qui gravitent autour d’eux.

Daredevil T1 – Par Mark Waid, Marcos Martin, Paolo Rivera et Chris Samnee – Panini Comics
Même à l’occasion d’un grand mariage parmi la pègre, Daredevil ne peut s’empêcher de protéger les plus innocents.
© Marvel

La série nous propose ainsi une nouvelle vision de Daredevil, et surtout de Matt Murdock (son identité civile, en tant qu’avocat) : Matt ne veut plus être un homme désespéré par les horreurs qu’il a subies dans sa vie, ni même être une personne rongée par une culpabilité maladive qu’il impute à son éducation catholique ; il souhaite désormais vivre plus sereinement et présente ainsi désormais un visage plus décomplexé en public. De plus, un nouveau défi se présente à lui : alors que son identité secrète, celle de Daredevil, a été révélée au grand public avant l’arrivée de la nouvelle équipe créative à la tête de la série, Matt fait des pieds et des mains pour convaincre les gens que ce n’est qu’une rumeur et que l’humble aveugle qu’il est ne peut être comparé à cet héros ! Une nouvelle vision de l’homme sans peur qui tranche beaucoup avec les canons classiques, mais qui a objectivement le mérite d’être très bien maniée par le scénariste.

Que les fans assidus se rassurent, la série ne fait pas que la part belle à Matt, elle donne aussi une très belle exposition à Foggy Nelson, le brillant avocat ami de très longue date de Matt. Cette équipe créative n’oublie ici pas un des points fondamentaux d’une potentielle réussite auprès du personnage de Daredevil : il faut que le lecteur ressente une alchimie particulière entre Matt et Foggy, sans que ce dernier ne soit écrasé par l’histoire de Daredevil ou ne soit développé ; mission ici réussie. En effet, Foggy et ses talents sont bien traités par Mark Waid, laissant au personnage le temps de développer sa vie intime et ses échanges importants avec Matt.

Daredevil et de jeunes enfants doivent s’entraider pour survivre à un enfer blanc.
© Marvel

Toutefois, en terme d’écriture de personnage, saluons la création alors d’un nouveau personnage féminin qui continue jusqu’à nos jours d’illuminer l’univers de Daredevil : Kirsten McDuffie, la procureure adjointe. Brillante dans son métier, elle s’appuie sur le bureau Nelson & Murdock pour plaider la cause de démunis que l’administration ne peut pas protéger de menaces dissimulées dans l’ombre (comme la main de réseaux mafieux ou d’instances potentiellement corrompues). Kirsten est aussi convaincue que Matt est bien Daredevil, et tente autant de le percer à jour que de s’appuyer sur les compétences supposés de son nouveau collaborateur afin de faire remporter la Justice dans sa ville. Une alchimie très particulière est très vite créée entre les deux personnages, une alchimie très agréable à voir se développer au fil des chapitres.

Difficile d’énoncer toutes les aventures et leurs spécificités que Daredevil va vivre dans cet album, mais relevons que le programme est très dense et correspond très bien au cahier des charges du personnage : l’alternance entre les aventures épiques de Daredevil et les tourments intimes de Matt Murdock fait ici des étincelles pour le plaisir des lecteurs. D’un combat contre les cinq plus gros réseaux mafieux aux plaidoiries sur les bancs de l’université, de l’évasion musclée de la Latvérie (le pays européen imaginaire gouverné d’une main de fer par le Dr. Doom) à la récupération des restes mortuaires du père de Matt, en passant par de très intéressantes collaborations avec Spider-Man ou les Avengers, le personnage principal n’a pas le temps de chômer et offre ainsi un propos dense, et de qualité, à découvrir. Mark Waid parvient en effet à maîtriser chaque type de récit dans lequel il jette Daredevil : les joutes oratoires du Barreau, la lutte contre la criminalité mafieuse, le genre super-héroïque pur et dur, voire des détours par le genre horrifique ou des thèmes plus matures qu’attendus. Cet album regorge dans tous les cas de plaisirs ininterrompus de lectures au fil de ces aventures. Relevons dans ce contexte particulièrement l’épisode 7, récompensé d’un prix Eisner en 2012 du meilleur épisode, où lors des fêtes de Noël, Daredevil doit survivre durant une tempête de neige (qui brouille ses sens) à un accident de la route en compagnie de jeunes enfants ; un récit épique et poignant.

Privé de ses sens, Daredevil va avoir fort à faire pour s’échapper du château du Dr. Doom en Latvérie !
© Marvel

Si la lecture est très plaisante, le plaisir des yeux n’est véritablement pas en reste car les dessinateurs qui accompagnent ici Mark Waid sont en très bonne forme et offrent de très belles planches. Si le style de Chris Samnee s’affirme sur la fin de la période ici proposée (pour devenir les années suivantes le dessinateur attitré de la série), il n’en demeure pas moins que les premiers épisodes réalisés par Marcos Martin et Paolo Rivera font preuve d’un très joli style qui sied aux aventures de l’homme sans peur. Une réussite sur ce plan.

Vous l’aurez très probablement deviné à la lecture de cette critique : nous recommandons très chaudement la lecture de ce premier tome des aventures de Daredevil par Mark Waid. La série se révèle surprenante, maîtrisée, peuplée de personnages qui laissent leur impression et soutenue par une équipe talentueuse de dessinateurs. Les nouveaux lecteurs peuvent se laisser tenter, tout comme les amateurs de Daredevil qui auraient fait l’impasse sur ce récent run maîtrisé... ou qui souhaiteraient s’y replonger !

(par Romuald LEFEBVRE)

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Daredevil Tome 1. Par Mark Waid (scénario), Marcos Martin, Paolo Rivera, Chris Samnee, Kano, Khoi Pham, Marco Checchetto, Mike Allred et Emma Rios (dessins). Traduction de Khaled Tadil. Panini Comics, collection Marvel Icon. Sortie le 28 juin 2017. 520 pages. 36,00 euros.

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