Daria Schmitt ("Ornithomaniacs") : "Il y a une radicalité dans le noir et blanc qui me correspond bien"

7 juin 2017 0 commentaire
  • Beau livre. C'est la première impression qui nous est venue à l'esprit lorsque nous avons tenu en mains "Ornithomaniacs" (Ed. Casterman), le nouvel album de Daria Schmitt, une des bandes dessinées les plus remarquables du moment. Retour sur la genèse de cet album avec l'auteure.
Daria Schmitt ("Ornithomaniacs") : "Il y a une radicalité dans le noir et blanc qui me correspond bien"
Ornithomaniacs
Daria Schmitt (c) Casterman

Avec votre nouvel album, Ornithomaniacs, vous explorez un univers onirique, fantastique. Pourquoi ce choix ?

Daria Schmitt : Je trouve que le fantastique est une écriture qui me va bien. C’est un filtre pour voir le réel. Le personnage principal d’Ornithomaniacs, Niniche, voit sa vie comme cela quelque part. C’est sa façon de retranscrire, de singulariser le réel. Et puis, les oiseaux font partie du monde fantastique. Ce sont des voisins avec lesquels nous vivons, mais qui possèdent un univers qui nous échappe complètement. Finalement, c’est un très bon vecteur pour parler de fantastique.

Votre héroïne, Niniche est une humaine possédant de petites ailes. Elle se rend alors dans un établissement pour apprendre à les maîtriser... Comment vous ai est venue cette idée ?

Je suis partie de l’idée de donner une singularité à Niniche. Elle possède des ailes toutes petites, dont elle ne sait faire grand chose. Au point qu’elles sont plus un poids pour elle car elles la différencient des autres personnes. Au début de l’histoire, elle se rend au Château, prenant cette endroit pour une clinique afin de se les faire enlever. Elle pense que les gens ne feront pas trop attention à elle et qu’elle pourra ensuite mener une vie normale. Mais elle se trompe car le Château est un lieu complètement dévolu au monde des airs, des plumes et des ailes...

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Ornithomaniacs
Daria Schmitt (c) Casterman

Contrairement à votre précédent album, L’Arbre aux pies, Ornithomaniacs a été réalisé en noir et blanc. Pourquoi ce changement ?

Parce que j’avais envie de me confronter au noir et blanc. Et puis avant cet album, je travaillais sur de très grandes illustrations sur le thème d’Alice au Pays des merveilles. Je bossais à la plume et sur de très grands formats et je me suis rendu compte que j’étais très proche de ça, de la radicalité du noir et blanc et qu’en soit, cela constitue une véritable écriture bande dessinée. Et j’avais envie de me rapprocher de ça. D’ailleurs dans ce livre, il y a une séquence à propos du choix entre la plume ou le pinceau. Je crois pouvoir vous dire que je ne vais pas cesser d’explorer cette voie, je continuerai à travailler en noir et blanc. Enfin, on n’a pas de mauvaise surprise à l’impression du livre.

Malgré la thématique et l’univers de l’histoire, vous avez introduit de la modernité dans votre récit. Par exemple, l’un des personnages accepte un repas à condition qu’il soit sans gluten... Ce genre d’idées sont-elles venues naturellement ?

En fait, le fantastique est un regard que porte Niniche sur le monde. C’est comme une sorte de trame à travers lesquels elle perçoit l’environnement dans lequel elle vit. Mais elle-même impulse formellement cet univers graphique autour d’elle. On n’est pas dans deux mondes, le monde de la réalité d’un côté et le monde fantastique qu’une adolescente se créerait. On est vraiment dans un seul monde qui s’exprime différemment en fonction de l’angle et de la sensibilité du personnage.

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Pendant combien de temps avez-vous travaillé sur cet album ?

J’y ai travaillé pendant trois ans. Il a d’abord fallu storyboarder l’album. Ensuite, j’ai travaillé sur de très grandes planches. Elles ne sont pas du tout à l’échelle 1 mais au format A2.

Lorsqu’on regarde vos planches, on pense instinctivement à des auteurs tels que Fred ou Schuiten en raison de votre maîtrise de la plume. Quelles sont vos influences dans la BD ?

Mes influences graphiques sont plus des illustrateurs du début du vingtième siècle tels que le Britannique Arthur Rackham ou l’Américain Franklin Booth. Je pourrais aussi mentionner Arthur Burdett Frost. Ce que j’aime chez ces artistes, c’est qu’ils proposent un réalisme un peu caricatural et très expressif, comme les premiers illustrateurs des romans de Lewis Carroll tels que Sir John Tenniel et Honoré Daumier. Dans leurs dessins, ils laissaient de la place à la fantaisie.

En bande dessinée, évidemment, il y a les artistes que vous avez cités. François Schuiten fait un magnifique travail à la plume. Je suis aussi très fan de Fred et Philippe Foerster, qui travaille plus au pinceau. Mais ce qui était important pour moi, c’était de m’inspirer d’auteurs qui pouvaient mélanger le réalisme et la caricature. J’ai beaucoup étudié leurs travaux afin de créer les expressions de mes personnages.

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Pourriez-vous nous résumer votre parcours en quelques mots ?

J’ai fait des études d’histoire puis d’architecture. En sortant de mes études, j’ai tout fait, sauf de l’architecture : j’ai beaucoup dessiné, pour des concours notamment. Ensuite, j’ai été travailler chez Disney, qui avait besoin d’architectes pour bosser sur leurs décors. Ensuite, j’ai travaillé avec des metteurs en scène d’opéra, pour qui j’étais “la main” car ils ne savaient pas dessiner et avaient besoin d’un illustrateur capable de traduire leurs idées en décors qui puissent fonctionner avec la mise en scène.

J’ai arrêté toutes mes activités lorsque je suis devenu maman car je n’avais pas envie de continuer à un rythme de travail où je suis obligée de me coucher tous les jours à 3 heures du matin (rires). C’est à ce moment là que j’ai commencé à faire des choses qui me tiennent vraiment à cœur, comme écrire et dessiner pour mon plaisir et pas juste pour traduire l’imaginaire d’autres personnes. J’ai aussi été prof de dessin... Voilà, j’ai eu beaucoup d’expériences très différentes qui m’ont toute emmenée vers la bande dessinée.

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(par Christian MISSIA DIO)

Cet article reste la propriété de son auteur et ne peut être reproduit sans son autorisation.

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En médaillon : Daria Schmitt
Photo : Christian Missia Dio

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