Décès du « Photographe » Didier Lefèvre

30 janvier 2007 8 commentaires
  • Nous apprenons avec tristesse et surprise la mort brutale et prématurée de Didier Lefèvre, le sujet et le co-auteur de la série « Le Photographe », des suites d’une crise cardiaque dans son domicile de Morangis. Il était venu chercher son « Fauve » il y a quelques jours encore à la remise des Prix du Festival d’Angoulême, son album figurant parmi les « essentiels » de l’année 2007.
Décès du « Photographe » Didier Lefèvre
"Le Photographe", de Didier Lefèvre, Emmanuel Guibert et Frédéric Lemercier (Editions Dupuis).

« C’est avec une immense tristesse que nous vous annonçons le décès soudain de Didier Lefèvre, emporté par une crise cardiaque survenue hier soir à son domicile de Morangis » nous apprend un communiqué de Robert Baert, le patron des éditions Dupuis.

Didier Lefèvre était né en 1957. Reporter-photographe pour divers journaux et magazines, il avait l’âme d’un globe-trotter : le Sri Lanka, la Corne de l’Afrique,
le Malawi, le Cambodge, les habitants de Bougainville, les champions du monde de course à pied éthiopiens, les moudjahidin d’avant 1992, les Hazara, le Kosovo... partageaient son intérêt avec des sujets plus simples comme les jardiniers ou encore les pompiers. De ses Voyages en Afghanistan, il avait fait un livre aux Éditions Ouest France mais surtout trois albums de bande dessinée Le Photographe, avec Emmanuel Guibert et Frédéric Lemercier aux Éditions Dupuis, qui racontaient ses aventures dans ce pays.

Dans un entretien qu’il avait accordé à Nicolas Anspach pour ActuaBD.com, il nous avait raconté sa rencontre avec Guibert : « Je connais Emmanuel depuis de nombreuses années. Un jour, je lui ai raconté mes voyages. Il travaillait à l’époque sur la Guerre d’Alan, publié à l’Association. Il y utilisait une technique narrative simple qu’il maîtrisait parfaitement : Emmanuel enregistrait les souvenirs d’Alan Cope, un ancien G.I. américain lors de la Seconde Guerre mondiale, pour les retranscrire sous la forme de bandes dessinées. Emmanuel souhaitait utiliser le même procédé avec moi. Il trouvait que les événements vécus lorsque j’ai accompagné une équipe de Médecins Sans Frontières en Afghanistan étaient passionnants et méritaient d’être racontés. Nous avons donc réalisé différentes séances de travail où je lui racontais, photographies à l’appui, le détail de ce voyage. Emmanuel a ainsi enregistré sept ou huit cassettes de 90 minutes. Il a directement décelé que ces dessins pourraient être associés à mes photos. Les éléments de l’histoire qui ne pourraient pas être montrés sous la forme de clichés, faute de matériel, le seraient grâce à son trait ! »

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Didier Lefèvre, le 27 janvier dernier, venant chercher son "Fauve" à Angoulême 2007. A gauche, le président 2006 de l’Académie, Lewis Trondheim.
Photo : Didier Pasamonik.

Le succès avait été immédiat. Maintes fois primé (Prix des Libraires à Angoulême et Prix Bédélys à Québec en 2004…), exposé dans l’exposition actuellement en cours à Beaubourg, BD Reporters, Didier Lefèvre était venu chercher seul son « fauve » lors du dernier Festival d’Angoulême. Il avait l’air en pleine forme, remerciant ses collègues et Médecins Sans Frontière sans qui il n’aurait pas pu faire ce reportage. Nous l’avions rencontré à la suite de la cérémonie. Il était heureux, plein de projets. La rédaction d’ActuaBD s’associe à toute la communauté de ses admirateurs pour transmettre ses condoléances à sa famille et à ses amis.

(par Didier Pasamonik (L’Agence BD))

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En médaillon : Didier Lefèvre. © Nicolas Anspach

 
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8 Messages :
  • Décès du « Photographe » Didier Lefèvre
    28 mai 2007 09:06, par mary

    Je suis encore sous le choc du DVD joint à la 3e BD, et ce matin je voulais adresser un mot à Didier Lefevre via un site qu’il aurait pu consulter …et j’apprends qu’il est décédé le 30 janvier de cette année. Son travail est boulversant, ce film poignant ; j’ai vraiment pris conscience de ce que vit le peuple afghan ds cette guerre et le travail des MSF. Sans ce témoignage j’avoue que je n’aurais certainement pas su. Alors je lui adresse un grand bravo qu’il recevra j’espère là-haut…

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    • Répondu par Lucien Francoeur le 10 juillet 2008 à  06:46 :

      Il n’y a pas de coincidence ! Je viens de me décider à acheter le coffret Le Photographe, dont je dévore tout d’un trait les 3 volumes ! Je suis totalement sous l’emprise de cette oeuvre... me demandant dans un état second s’il s’agit d’une bédée, d’un livre-concept, d’un récit de voyage illustré de photos et de dessins...peu importe me dis-je, le livre fonctionne en étant tout ça à la fois et en s’inscrivant définitivement dans le genre bédée, car sans Guibert et son engouement pour le périple-saga de Didier Lefèvre, cette oeuvre unique n’existe pas ! Guibert est un illustrateur bédéiste... donc il s’approprie le récit de Lefèvre sans dépouiller ce dernier de sa spécificité en tant que photographe de cette aventure qu’il a vécue au risque d’y laisser sa vie. Bon, une fois remis de mes émotions je me dis que je vais explorer la bibliographie de Lefèvre et en inscrivant son nom sur Google j’apprend qu’il est décédé en janvier 2007 : au moment où je le découvre il n’est plus...mort tout juste avant d’avoir 50 ans, 10 ans de mois que moi : ça me fait frémir... et en lisant les portraits à la fin du troisième volume, j’ai le coeur lourd. C’est comme si je perdais un être cher avant même de l’avoir fréquenté. Il reste ses images du réel absolu ! Je souhaite qu’on publie un livre rétrospective de son parcours de photographe. C’est tout de même à lui que nous devons l’histoire racontée dans Le Photographe... bien sûr Guibert à tout mis en oeuvre et Lemercier en pages. C’est un grand livre qu’ont réalisé ces trois créateurs. Une oeuvre qui a déjà sa place au musée vivant de la bande dessinée ! Bon voyage dans l’autre monde Didier : rapporte nous des photos en masse !

      Lucien Francoeur
      poète-rock
      (lucienfrancoeur.com

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      • Répondu par Aurélien Robert le 3 janvier 2009 à  13:52 :

        Je me vois offrir pour les fêtes de Noël le coffret Le Photographe. Dès la lecture des premières planches je suis transporté au coeur du récit. J’ai ce sentiment étrange d’être concerné, de vivre au côté de Didier Lefèvre son incroyable aventure, qui pourtant est le quotidien de toute une population. Tout au long de ma lecture il me vient une évidence. Envoyer un mail de félicitation et d’encouragement à ce Didier Lefèvre qu’il y’a encore 2 semaine je ne connaissais pas, mais dont le travail de témoin des MSF m’a impressionné. Et j’apprends en fin d’ouvrage, après lecture des portraits dépeints que Didier Lefèvre est décédé. Voulant en savoir plus, je fais une recherche Internet et tombe sur ces mots qui traduisent parfaitement le sentiment que j’ai eu au cour de ma lecture et celui plus funeste en apprenant le décès de ce photoreporter que je viens à peine de découvrir. Tout cela pour dire, qu’aux vues des témoignages que j’ai pu lire, cet ouvrage issu de la collaboration Lefèvre-Guibert, n’est pas qu’une simple BD ou encore un livre de photoreporter. Par l’impact qu’il génère il est bien plus.
        Merci M. Guibert pour cet ouvrage et surtout un grand merci et une incommensurable admiration pour le travail réalisé par Didier Lefèvre.

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        • Répondu par Martial le 21 août 2009 à  18:50 :

          C’est la même histoire ! Je découvre les 3 tomes à la bibliothèque de ma ville. Je suis hypnothisé par la qualité du témoignage, par les images photographiques et dessinées. La fluidité avec laquelle on passe de l’une à l’autre. Alors je les commande sur internet pour les avoir "à moi". Nouvelle lecture, nouvelle hypnose. A chaque fois, l’impression d’être un proche et l’envie de le connaître, de voir son visage, et pourquoi pas d’échanger avec lui. Une recherche sur Internet. Le site "www.imagesandco.fr" qui ne répond plus. Puis celui de Dupuis qui m’apprend son décés. Choc.
          A défaut, ce témoignage.
          Bravo. Merci.

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          • Répondu par Hazel le 8 mai 2010 à  19:34 :

            Belgique, Gand 2010.

            Même histoire...
            Premier étappe, la bibliothèque de Gand, je découvre les trois tomes.
            Deuxième étappe, mais c’est magnifique !
            Troisième étappe, je les achète, tous les trois.
            Quatrième étappe, la rechèrche sur l’internet. C’est qui ce photographe ? Didier Lefèvre...

            Moi trop tard...
            Il trop tôt...

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            • Répondu par LoBess le 1er juin 2010 à  09:53 :

              Mdr !!!!!!!!!!! J’ai envie de crier !

              Même histoire ! Je suis bouleversée !
              Hier en terminant le 3ème tome au cœur de la nuit je pleurais.
              Aujourd’hui, je fais des recherches sur internet et je tombes des nues : Didier Lefèvre est mort ?!

              C’est un grand homme qui nous a quitté.
              Un Humaniste.
              C’est une énorme perte.

              Du coup je cherche avec frénésie ses photos sur le net.
              Mais il est trop tard pour lui dire tout ce qu’elles représentent pour moi, pour nous.
              Ce qu’il a fait en Afghanistan, aucune bête n’aurait pu le faire (en référence à un autre homme de sa trempe...)

              Quand je pense à ce qu’il a souffert là-bas...

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              • Répondu par parice grimaldi le 17 janvier 2011 à  18:34 :

                j’achète des tonnes et des tonnes de bd...j’adore ca et voila que samedi dernier, chez des amis, ces derniers me pretent cette série en 3 volumes.Bof, la 1ère impression n’est pas bonne.Poli, je la prends.Mes amis me precisent juste que l’auteur est décédé.Oui...bon ! Dimanche, j’attaque doucement le 1er et me sens soudainement, envahi et très concerné par cette hisoire comme jamais aupravant.La seconde BD me prend les tripes et le 3ème m’achève.Je suis emerveillé.La mort de cet auteur me fait un effet enorme...j’y pense beaucoup !!!!
                un moment tout simplement important dans ma vie.
                bises pat

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                • Répondu par Moenne-Loccoz Thierry le 9 décembre 2012 à  12:33 :

                  Au risque de répéter ce qui a déjà été dit, ma femme emprunte à la bibliothèque municipale le tome 1, sachant que j’adore la photographie, elle se dit que cette BD peut m’intéresser.

                  Effectivement je dévore le 1er tome et emprunte le deux suivants que je lis d’une traite. dans un premier temps, je me dis que je n’ai pas envie de les rendre ? mais ce ne sont pas les miens... Comme je m’occupe d’un festival photo dont le prochain thème sera "sur la route" (RPG9), j’ai l’idée que d’essayer de faire venir le photographe serait une merveilleuse expérience. J’en parle lors de la réunion de l’association et là je tombe des nues... pas tant parce que je me rends compte que j’ignorais qu’un chef d’oeuvre existait alors que plusieurs membres semblaient le connaitre... mais surtout parce que l’on m’apprend que Didier aura du mal à accepter une invitation... Vraiment quel choc, mais quel dommage !

                  Je me console quelques jours plus tard en achetant les 3 tomes réunis en un seul. Vraiment j’ai du mal à comprendre que le travail de ce photographe humaniste n’ait pas été plus médiatisé...

                  A défaut du Photographe, peut-être serait-il possible de contacter les auteurs de la BD et voir si un hommage dans le cadre de ce festival pourrait être possible ? En tous les cas il serait plus que mérité.
                  Thierry.

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