Deux femmes - Par Song Aram - Çà et là

10 septembre 2018 0 commentaire
  • Corée, de nos jours. Les histoires croisées de deux jeunes femmes que tout aurait dû séparer mais qu'une amitié, née du besoin pour chacune d'elle d'échapper à des univers pesants, va rapprocher et tenir solidaires au fil des mois et des années.
Deux femmes - Par Song Aram - Çà et là
Deux annonces d’importance, pour amorcer le récit
Deux femmes © Song Aram

Hong-yeon vit à Séoul. Jeune femme branchée et libérée, manhwaga (auteure de manhwa, les bandes dessinées coréennes), là voilà qui change radicalement de mode de vie lorsque, enceinte de son compagnon du moment, elle décide de l’épouser et découvre les joies et surtout les peines de la vie de famille selon les codes traditionnels du pays.

Dans le même temps, sa plus proche amie, Gongju, provinciale venue à Séoul pour vivre son rêve de journaliste, immense comme Hong-yeon est petite, réservée comme celle-ci est extravertie, lui annonce son retour à Daegu auprès de sa famille, quittée quelques années plus tôt.

Dans un diptyque qui suit l’une puis l’autre de ces deux femmes, nous découvrons deux destins à la fois banals et poignants. Banals en ce qu’ils font écho aux aspirations de la jeune génération de femmes coréennes ; et poignants car on y découvre les contraintes très lourdes qui pèsent sur leur vie quotidienne du fait d’une société corsetée qui ne leur laisse qu’une très faible, et souvent temporaire, marge de manœuvre.

La belle-famille en question d’emblée
Deux femmes © Song Aram

Ainsi, la pétillante Hong-yeon doit se battre contre un mari passif qui entend que sa femme anime seule le foyer, se chargeant de toutes les tâches domestiques, en plus de travailler lorsque lui-même se retrouve au chômage. Un comportement qui trouve son explication lorsque Hong-Yeon se rend chez sa belle famille, affronte sa belle-mère et nous présente une belle-sœur totalement soumise à ce modèle patriarcal. Ou comment un pan important de la société coréenne nous est donné à voir par quelques scènes d’intérieur, au caractère rituel renforcé par le cadre de ces fêtes religieuses dans lequel elles se déroulent.

Deux femmes fait ainsi particulièrement sentir le poids des mères et des belles-mères sur la jeune génération. Victimes amères d’un système qu’elles ont vécu comme une violence inouïe mais dont elles tiennent mordicus à reproduire la logique. La relation complexe entre Gongju, sa mère et sa grand-mère, dans la deuxième partie du récit, s’avère à ce titre émouvante et passionnante, tissage d’une belle justesse d’affects contradictoires, constamment à fleur de peau et ne se frayant pourtant que rarement un chemin vers la parole.

Le récit de Song Aram, manhwaga qui a mis de son histoire, et de celle d’une de ses proches amies, dans ces scènes narrées, se fait donc révélateur d’émotions intimes et de trajectoires personnelles qui tendent cependant à une universalité qui saura émouvoir tout lecteur.

Hong-yeon découvre les joies de passer les fêtes dans sa belle-famille
Deux femmes © Song Aram

(par Aurélien Pigeat)

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Deux femmes. Par Song Aram. Traduit du Coréen par Yeong-hee Lim, adapté par Lucie Modde. Çà et là. Sortie le 13 septembre 2018. 168 pages. 18 euros.

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