Didier Borg : "il faut d’abord être juste dans l’histoire que l’on porte et dans la manière dont on la transporte en numérique ou sur papier."

19 mai 2010 5 commentaires
  • Après presque 40 albums édités en 3 ans, Didier Borg dresse un bilan et les perspectives de KSTR.

Comment définir KSTR ? Comme une collection ?

Didier Borg : Quand j’ai démarré KSTR, j’ai tout de suite réfuté l’idée de collection et parlé d’un label. Dans un label, on peut avoir un tas d’expressions qui peuvent se fréquenter sans s’opposer. Alors que, dans une collection tout le monde a la même tête, et les bouquins se ressemblent. Je suis trop multiple pour m’imposer l’idée d’une collection. Je ne suis spécialiste en rien, amateur en tout. Donc je dois, pour ma santé mentale et pour mon plaisir, passer de Will Argunas à Bastien Vivès, de Bastien Vivès à Nkodem… Parce que j’aime tout ! Après, je peux me tromper, faire des erreurs, mais j’aime cette diversité.

Faut-il être jeune pour travailler chez KSTR ?

D.B : J’ai accueilli Fred Bernard. Pour moi, c’est un auteur de talent qui a une expression en BD vraiment passionnante. Quand nous nous sommes rencontrés, nous avons estimé que nous avions des choses à se dire, tout simplement. Donc la porte n’est fermée pour personne et il n’y a pas de limite d’âge. Ce serait une idiotie complète de ma part de dire « non, tu es trop vieux, tu ne viens pas chez moi ». Par contre, il y a, parmi les grands auteurs de la BD, une autocensure qui fait que quand on parle de KSTR, ils me disent « ah oui, c’est génial, mais je ne peux pas le faire ». Et quand je leur demande pourquoi, ils me répondent : « tu sais, je suis habitué à faire des albums où je peux m’exprimer sur 46 planches, éventuellement sur 54, et puis j’aime avoir 2 ou 3 tomes… ».

Didier Borg : "il faut d'abord être juste dans l'histoire que l'on porte et dans la manière dont on la transporte en numérique ou sur papier."
Litlle Odyssée de F. Bernard

Finalement, est-ce une question économique ou de méthode de travail ?… Mon format leur fait peur. Par contre, je vais expérimenter avec les auteurs avec qui je travaille, des formats plus courts, dans les 80 pages. Cela reste long par rapport à d’autres, mais nous ne sommes plus dans les 120 ou 140 pages... Je commence donc à m’ouvrir à d’autres typologies de format parce que cela se justifie.

Ce qui surprend également, c’est la qualité du papier. Les couvertures souples du début ont disparu…

D.B. : C’est un investissement plus lourd bien sûr. Cela répond d’abord aux attentes des lecteurs. J’étais arrivé avec mon équation, où j’abordais la BD avec un rapport économique réduit, un livre à moins de 10 euros avec de la couleur dedans. C’est quand même rare à notre époque, surtout s’il y a 120 pages. Et on m’a dit : "non tes bouquins souples on en veut pas, c’est pas ça la BD !". J’ai donc accepté le changement et je suis allé vers un aspect qualitatif et respectueux de l’auteur et du lecteur. Du coup, ça commence à essaimer. Si on regarde les dernières publications Casterman, il y a d’autres choses qui ont émergé : nous sommes moins classiques, moins formatés, plus libres… KSTR nous a montré que parfois, par timidité, on s’impose des censures (y compris des censures sur le format). Moi, je n’ai pas de censures, en tout cas si j’en ai, elles ne sont pas visibles. Donc je provoque des envies, peut-être des jalousies, mais en tout cas, ça permet à d’autres de se dire « je peux le faire aussi », et tant que ça tire vers le haut, c’est une bonne chose.


Après presque quatre ans de travail, l’ambition de KSTR est-elle toujours identique ?

D.B. : Oui, l’ambition reste la même. D’autant plus, que ce que j’ai imaginé il y a quatre ans de ce que pouvait être KSTR, se concrétise aujourd’hui. Quand j’ai présenté mon projet, c’était pour ouvrir des portes à de jeunes auteurs et pour rajeunir les auteurs et le lectorat. Très rapidement, j’ai dit à Casterman que ce n’était pas suffisant et que s’ils voulaient toucher un lectorat nouveau il fallait toucher au numérique. Il y a des choses qui se passent sur internet : des gens qui discutent, des talents qui se baladent… On m’a alors catalogué "éditeur de blog", ce qui n’était absolument pas le cas. Par contre, je suis allé là où je pouvais rencontrer des gens plus vite parce que je ne connaissais personne dans la BD et c’était plus facile pour moi. J’ai créé un site, qui est totalement obsolète aujourd’hui, mais qui avait le mérite de poser les jalons. L’idée était d’être un éditeur au cœur du système et un éditeur accessible. Ce site est devenu une plate-forme communautaire, comme on le dit aujourd’hui. Mais à l’époque, je n’ai pas eu les moyens économiques, techniques et humains pour aller au bout de mes idées. Sans regrets. Et puis tout un tas de trucs sont apparus : l’iPhone, Facebook… Bref plein de choses qui venaient compléter mes idées et les accompagner.

Esthétique & filatures de Mandel & Tanxxx

Aujourd’hui, on entend partout « numérique, numérique… ». Je me fiche de ce mot. Je vis dans mon monde et dans mon époque. KSTR qui porte les gènes de cet ordre ne les a pas encore exploités mais les exploitera bientôt. C’est une concrétisation future des ponts qui doivent exister entre l’univers de la communauté virtuelle et de l’expression numérique et l’univers du papier. Les auteurs qui se contentent du numérique sont rares. On a besoin d’avoir du papier, c’est une question de valeur. On n’a pas besoin d’avoir tout sur papier, mais on aime avoir du papier pour ce qu’on aime bien. Et je crois que KSTR c’était ça à l’ origine, c’était « dites moi ce que vous aimez et on ira le faire ensemble ». Mon idée est là et je n’ai pas su la construire tout de suite mais aujourd’hui tout est là pour le faire ; mon idée reste la même et je la martèle. Maintenant que j’ai des auteurs, on cherche ensemble les idées qui nous plaisent et les territoires qu’on veut voir émerger.

N’y a-t-il pas un danger artistique, lié aux contraintes techniques, à vouloir à tout prix mettre la même histoire sur un iPhone et sur un album de papier ?

D.B. : Il y a deux choses dans la question : il y a d’abord le travail de réexportation d’un travail papier vers un téléphone, parce que c’est tout ce qu’on a aujourd’hui, le téléphone. Ma position est simple : cela n’a d’intérêt que partiellement sur le plan éditorial. Mon objectif sur le plan numérique n’est pas une démarche qui ne viserait que le téléphone puisque ce n’est qu’un des outils qui sont à notre disposition, mais qui viserait d’abord de faire de la création qui s’inscrive dans un format. Et le format le plus universel en numérique, c’est l’écran. Donc l’idée c’est de réfléchir "écran". Que ce soit une tablette ou un ordinateur, peu importe. Mais la formulation du récit et son organisation devra être la même quel que soit l’écran.

Oui, mais la taille de l’écran n’a-t-elle pas une influence ?

D.B. : Oui bien sûr, ça dépend de la taille de l’écran qu’on vise, mais il y aura une régulation je pense. On s’interdira d’aller exposer au cinéma quelque chose qui n’est pas fait pour. Qui va aller lire une bande dessinée au cinéma ? Il faut rester cohérent. Je pense qu’on pourra aller facilement du grand vers le petit mais difficilement du petit vers le grand. Le petit n’est qu’une opportunité de voyage : si je veux me balader avec mon récit préféré, le téléphone est là pour ça, mais je ne pense pas que ce soit un objectif en tant que tel.

Bloddy September de W. Argunas

Donc dans votre ligne éditoriale, vous envisagez de la création spécifique à destination des écrans ?

D.B. : Bien entendu. Une création spécifique à l’écran mais avec deux objectifs : d’une part, la fréquentation du récit la plus rapide possible et d’autre part, l’émergence de la volonté d’une communauté, la communauté de lecteurs, de nous dire « ça c’est génial, mettez le nous sur papier, parce qu’on le veut dans notre bibliothèque ». Et pour moi, c’est demain peut être le moyen intelligent de régulation de ce qui se passe en BD aujourd’hui. Les librairies ne sont pas extensibles et c’est compliqué pour un libraire de tout mettre, de tout lire et de tout exprimer face à ses clients. Essayons donc de mixer la capacité d’expression entre l’écran et le papier. Ce qui nous manque aujourd’hui, ce sont ces merveilleux magazines de la belle époque. Exprimons une logique de prépublication dans les magazines d’aujourd’hui que sont devenus les magazines numériques. Repérons les meilleurs récits et les auteurs en devenir qui ne sont pas encore publiés en librairie. Et re-remplissons les librairies avec des albums qui doivent impérativement exister. Le problème d’aujourd’hui est simple : le talent collectif des auteurs a progressé de manière magistrale ces 15 dernières années, les techniques de création se sont libérées, les outils qui permettent la création sont plus disponibles… Donc il est plus exceptionnel de devenir un grand auteur en dessin. Donc, dans un choix pléthorique, il est évident qu’il faut un peu de régulation et tout le monde ne peux pas réussir. Et si on veut voir émerger les vrais récits, il n’y a qu’un seul- et je suis très sincère là-dessus – maître à bord, c’est le lecteur final. Nous éditeurs, nous ne sommes que des passeurs, en tout cas c’est comme ça que je me vois. Bien sûr, nous pouvons orienter, refuser… Mais c’est le lecteur seul qui va faire le succès ou pas.

Le Goût du chlore de B. Vivès

Le plus bel exemple que j’ai, c’est mon expérience avec Bastien Vivès sur Le Goût du chlore. Qui aurait pu parier qu’un livre de 144 pages, dont 120 sont muettes avec un garçon qui nage dans une piscine, serait l’élément révélateur d’un auteur extrêmement talentueux ? Quand je suis arrivé avec ce bouquin, j’ai vraiment cru qu’on allait me le refuser en me disant : « écoute mon garçon tu es mignon, change métier ! ». Mais voilà, la force de l’édition et du public, c’est qu’à un moment, même si c’est long, ils vous disent "bravo ! Là vous nous avez apporté quelque chose d’intéressant et on vous récompense parce qu’on achète vos bouquins". Je pense qui si nous savons apporter de la liberté dans la démonstration récurrente de nos récits, dans une logique de prépublication (tous ces mots sont barbares mais ils font partie du métier), nous arriverons à faire ré-émerger du talent et chacun retrouvera sa place : de défricheur, de dénicheur, de renverseurs et d’autres, de récupérateurs. Je crois que le numérique doit nous permettre cela et il ne me fait pas peur, bien au contraire. Je crois que c’est une opportunité formidable pour l’ensemble du monde de la BD. Sur le numérique, ce qui va faire la différence ce n’est pas tant le dessin que la puissance de l’histoire. Nous allons avoir besoin d’excellents scénaristes qui savent parler et écrire numérique. Et derrière, le dessin suivra et on s’arrêtera moins sur le dessin au sens "j’ai passé 4 h sur le dessin pour faire des décors absolument incroyables". Mais peut-être qu’au contraire, il sera nécessaire d’aller jusque là parce que nous pourrons nous amuser à agrandir le dessin, plonger dedans et que nous aurons inventé du bonus numérique intéressant. Mais je pense qu’il ne faut pas être obsédé à vouloir être juste dans tel ou tel format ; il faut d’abord être juste dans l’histoire que l’on porte et dans la manière dont on la transporte sur le plan numérique ou sur le plan du papier.

Comment voyez-vous le lecteur de demain dans cet environnement numérique ?

D.B : Le lecteur actuel de la BD ne se dira pas "je suis lecteur de BD", mais se dira "je suis lecteur… de quelque chose". Je dis souvent autour de moi : « il faut qu’on change de logiciel ». Nous devons faire un formatage de notre disque dur. Ce qui ne veut pas dire que je refuse ce qui existe, ni que je réfute les références et l’historique, ça veut juste dire qu’à un moment, nous devons être en accord avec les outils que nous avons autour de nous. Si je travaille avec un Word 1982 alors qu’aujourd’hui j’ai un Mac book, ça ne sert à rien, ce n’est même pas compatible. Donc trouvons le logiciel compatible avec notre époque pour construire quelque chose, trouvons les auteurs qui vont construire ce logiciel et ces auteurs sauront parler à des lecteurs qui leur ressemblent.

Tous les récits seront-ils adaptés à tous les supports ?

D.B. : Il y aura des lectures courantes qui seront faciles à exporter sur du numérique même si elles viennent du papier. Il y aura des œuvres fondamentales qui pour certains lecteurs ne seront que des histoires à lire rapidement, et pour d’autres resteront des œuvres majeures qui ne se lisent que sur du papier. A nous de trouver le bon équilibre, sans tomber d’un côté dans la critique permanente, ni de l’autre dans un opportunisme à tout crins. La duplication n’est qu’une logique nécessaire et opportuniste de l’instant.

(par Laurent Boileau)

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Photo © L. Boileau

 
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5 Messages :
  • J’avais oublié ces mots recueillis lors du dernier festival d’Angoulême, mais ce qui est certain c’est qu’à l’oral, il n’y avait pas de fautes d’orthographe ;o) dans tous les cas, je maintiens d’autant plus ce qui est dit, au regard du contexte actuel de discussion autour du "numérique"...

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  • Le passage du papier au numérique ( mise à part le sérieux problème de rénumération des auteurs et du choix des éditeurs à trouver la méthode) n’est-il pas non plus lié au problème du surplus de bd , à la quantité , la surproduction d’albums qui somme toute sont très consensuels , et souvent alors fades , sans intérêt comme les feuilletons tv à la sauce TF1 ...??? Je veux dire les éditeurs ont ils envie d’explorer autres choses que les clichés scénaristiques et graphiques que l’on nous sert dans la masse compacte de ce qui est édité ( évidemment dans la masse beaucoup de belles choses mais il reste une grosse masse de choses pas forcément nulles mais ...bof ).
    En fait j’ai l’impression qu’en bande dessinée on est arrivé à définir des frontières de la manière de raconter et représenter , comme au cinéma en fait alors qu’il n’y a pas autant de paramètres de risques , de budget que le cinéma en bd , non ??? alors que la frontière créative des bd devraient être sans limite , non ??
    évidemment j’imagine ça coute de l’argent d’éditer , de publier , d’imprimer , mais de toute manière apparemment ça coute déjà cher puisque les auteurs en vivent difficilement , donc on a du mal à leur donner un salaire décent.
    Alors pourquoi continuer de publier autant de trucs qui se ressemblent lorsqu’on les additionne cote à cote ..??
    Un exemple..j’ai souvent entendu parler de bd abstraite ( je sais pas ce que c’est en fait et à la limite c’est peut être même un concept à deux balles ) mais j’ai jamais vu un truc qui partait dans cet esprit .
    Casser les codes de la bd je veux dire .
    Aujourd’hui on a en général assez assimiler ces codes autant que ceux du cinéma, des jeux vidéos , bref de l’image ...
    Mais je continue à voir un paquet d’albums qui sont presque comme beaucoup de films américains prévisibles dans le scénario , et presque prévisibles dans le visuel ..?
    Pourquoi ???
    Je ne critique pas les auteurs de tous ces albums , ils ont le droit d’être là , et je suis content malgré tout de voir que chacun place son travail , mais pourquoi beaucoup de trucs se ressemblent , pourquoi l’amateurisme est formaté pour devenir professionnel et ressembler au voisin ???
    C’est raconter une histoire en bd qui est le plus important je lis très souvent de la part de tous les auteurs , alors pourquoi le dessin est souvent bridé ? ( faudrait développé mais ça serait trop long , avec exemple et tout) pourquoi aussi alors les lecteurs français veulent absolument de la bd cartonné chère ?? aux usa par exemple ( peut être pas le meilleur) la bd est diffusé par petit bout et si la série ( qui devient une intégrale par la suite ) ne marche pas je pense qu’ils arrêtent tout .Et même si le fascicule sur lequel est imprimé la bd n’est pas classe il reste qu’il est présent dans les mains , que le dessin est sur papier ? non ??
    Je ne dis pas que la bd est mieux là bas ? je dis juste que les éditeurs devraient penser à tout ça .Ils ne m’ont pas attendu non plus ( hihihihi) mais bon ont ils vraiment l’envie de faire avancer le schmilblik ou juste continuer à remplir les caisses ??
    Le numérique pour relire les trois mousquetaires , ou alors l’oiseau du temps , ou tintin , je vois pas l’intérêt ..
    A une époque il y a des types qui avaient commencé des projets de bd interactives ( un peu intéractives en bougeant le curseur on se déplaçait dans l’image et dévoilait d’autres éléments ) avec le logiciel Flash ( par exemple ) et puis zou plus rien ...c’était une bd animée mais plus bd que dessin animé mais il y avait de la musique , du son..
    je vois mal un type de 20 ans avec son i phone lire de la bd case après case si y a rien qui ajoute à son gadget en fait .Il va aller se chercher une bd en papier car il y aura plus de sens , et son i phone il va mater lady gaga dessus car ça bouge , c’est rythmé et sexy .
    Donc je pense que le contenant et le contenu en bd doit d’abord être resonger , plus ouvert à des projets plus variés , le contenant donnera sens au contenu.
    ce n’est qu’un avis.
    sinon kstr j’aime bien en général leur album au passage.

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  • Didier Borg : "maître es langue de bois"
    19 mai 2010 22:32, par mercator II

    On peut aussi parler de Kstr en décryptant la langue de bois :

    Depuis la chute des prix de l’impression, les à-valoirs étaient devenus la principale charge dans l’édition des albums de bande dessinée franco-belge. La surproduction a fait chuter les à-valoirs.
    Entre temps, les frais de gravure sont passés sans douleur de l’éditeur vers l’auteur qui fournit aujourd’hui gracieusement des fichiers numériques "prêts à l’emploi" (et on nous parle du coût de la numérisation quand c’est l’auteur qui fait l’essentiel de ce boulot !!).

    On peut faire réaliser aujourd’hui à un auteur débutant 200 planches pour moins de 5000 euros d’à-valoirs (droits audio-visuels compris).

    La surproduction est donc aujourd’hui le moyen le moins cher pour dégager rapidement les auteurs rentables.
    C’est beaucoup moins cher que de suivre et de faire progresser une poignée d’auteurs dont aucun directeur de collection, fut-il le plus expérimenté, ne saura à coup sûr extrapoler le potentiel.

    Dans le lot d’albums jetés sur le marché il y aura forcément un auteur qui accrochera le public ou la presse. Les avantages cumulatifs se concentrant rapidement sur quelques uns, il sera plus facile de cibler et d’appuyer les productions suivantes des auteurs qui auront émergé.

    ... d’où la multiplication des collections ou des "labels" tels que "Kstr" "Mirage" Mille Feuilles" "Bayou" "Shampoing" "Encrages" "Ecritures" et tant d’autres...

    Le seul point positif de cette surproduction c’est qu’il donne à la bande dessinée un surcroit sans précédent de créativité. Faut juste que les jeunes auteurs dessinent très très vite et trouvent d’autres sources de financement.

    Cette transformation n’auraient pas été possible sans un autre phénomène intéressant : La prise de pouvoir de certains journaux dans la sélection des auteurs.
    En art, c’est l’originalité, la qualité d’auteur qui est importante pour consacrer un nouvel artiste. L’émergence des styles "rapides", "fortement stylisés" venait à point nommé pour offrir à une nouvelle génération de critiques son lot d’auteurs "à découvrir". Ce qui fut fait à partir des années 90.

    Je ne déplore pas cet état de fait, tout bouge tout le temps et c’est très bien. Cela dit, cette transformation du métier appelle chez certains éditeurs l’usage d’une langue de bois qui parfois m’exaspère.

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    • Répondu par Cifamo le 20 mai 2010 à  05:26 :

      Il faut surtout décrypter la surproduction, aussi. Avec les baisses des prix d’impression, des tas d’éditeurs alignent un nombre irréel de séries pour survivre ou en bien vivre, car aucune de leurs séries ne marchant vraiment, mais un petit bénef de çi, un petit bénef de là ... les petits ruisseaux faisant les grandes rivières ... on a la surproduction des années 2010 et des catalogues BD épais comme le bottin !
      Les minis A-valoir, après ? Tant qu’il y aura des rêveurs, cette grotesquerie continuera.

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      • Répondu le 22 mai 2010 à  11:02 :

        "l’entretien du rêve" fait plus que jamais partie des nouvelles compétences de la panoplie de l’éditeur moderne.

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