Disparition d’Annie Goetzinger, représentante élégante et discrète de la bande dessinée féminine

21 décembre 2017 3 commentaires
  • Elle fut, avec Claire Bretécher, l’une des premières à mettre en avant les femmes dans la bande dessinée, dans son œuvre en dehors de tout cliché, avec une élégance de trait et de propos qui n’appartenait qu’à elle. À côté de cela, elle a toujours conduit une ligne faite de conviction et de détermination pour la défense des grandes causes de son époque. Elle vient de disparaître à l’âge de 66 ans.

De Légende et réalité de Casque d’or (Glénat, 1976), à La Demoiselle de la Légion d’Honneur (Dargaud, 1980), de Félina (Glénat, 1982-1986) à L’Agence Hardy (Dargaud, 2001-2012) jusqu’à Jeune Fille en Dior (Dargaud, 2014), c’est une grande dame discrète à la production remarquable qui vient de disparaître. Elle se signale par un parcours impeccable, se trouvant souvent accompagnée des meilleurs scénaristes de sa génération : Victor Mora, Pierre Christin et Rodolphe.

Elle avait appris le métier dans la classe de Georges Pichard. C’est Jacques Lob qui l’a faite entrer à Pilote, elle qui devint membre du jury du "Prix du scénario" décerné chaque année à Blois.

En publiant son premier album chez Glénat, Légende et réalité de Casque d’or dans Circus, en 1975, elle fait une entrée en fanfare dans le monde de la bande dessinée en raflant deux prix à Angoulême cette année-là. Circus, L’Écho des savanes, Fluide glacial… l’accueillent régulièrement.

Mais c’est Félina, sur un scénario du grand scénariste espagnol Victor Mora (El Capitán Trueno) qui constitue son premier succès. Une relation qui va au-delà d’une simple collaboration puisque la dessinatrice vit à ce moment-là entre Paris et Barcelone. Elle consacra d’ailleurs un ouvrage à la capitale catalane sur un texte de Montserrat Roig.

Disparition d'Annie Goetzinger, représentante élégante et discrète de la bande dessinée féminine
Félina, avec Victor Mora, chez Glénat.

Elle travaille bientôt avec un autre scénariste de renom : Pierre Christin, avec qui elle signe pas moins d’une quinzaine d’albums dont sept "Portraits souvenirs", parmi lesquels la célèbre Demoiselle de la Légion d’honneur et sept titres de la série L’Agence Hardy, chez Dargaud.

La Demoiselle de la Légion d’honneur, avec Christin, chez Dargaud.
L’Avenir perdu, chez Dargaud

Une complicité qui se joignait à un certain nombre de convictions politiques et sociales bien ancrées chez l’une comme chez l’autre, visibles notamment dans L’Avenir perdu, avec Jon S. Jonsson et Andreas Knigge, aux Humanoïdes Associés (1992), une des premières bandes dessinées traitant avec empathie de la question du SIDA.

Ces dernières années, c’est encore le destin des femmes qui dictait son inspiration avec les biographies de Marie-Antoinette (avec Rodolphe, chez Dargaud), du couturier Dior vu à travers les yeux d’une femme (Jeune fille en Dior (Dargaud) et de la femme de lettres Colette (Les Apprentissages de Colette, Dargaud 2017). Elle assura le scénario de ces deux derniers titres.

Le dessin d’Annie Goetzinger était raffiné, élégant, d’une grande sensibilité. Sa gamme chromatique, toute en subtils camaïeux, était immédiatement reconnaissable.

Jeune Fille en Dior, chez Dargaud

Elle fut la première femme à recevoir le "Grand Boum" du festival de BD de Blois qui lui consacra en 2015 une grande rétrospective. Ces dernières années, elle souffrait de ce que l’on appelle pudiquement "une longue maladie". Elle l’assumait avec autorité et dignité. Elle va beaucoup nous manquer.

Annie Goetzinger
Photos de Didier Pasamonik

(par Didier Pasamonik (L’Agence BD))

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3 Messages :
  • Une grande et belle Dame.

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    • Répondu par Lantenois Jean Luc le 21 décembre 2017 à  22:48 :

      J’ai connu et aimé cette grande dame. Ses albums, son engagement ( lorsqu’elle racontait les réunions des républicains espagnols dans sa rue...quelle émotion !), son humour...quel souvenir du marché de Fécamp !, ses albums aussi graves que sensuels, sa participation à Pif Gadget..., son amour de Barcelone Oui c’était un plaisir que de feuilleter ses B.D., ses autographes où se mêlaient le doute sur l’avenir mais aussi ses espoirs.
      Je regrette de l’avoir perdu de vue...mais jamais, oh grand jamais je ne pourrai oublier son sourire, son rire, son talent.
      Salut Annie.

      Jean Luc Lantenois
      Ancien critique B.D. à l’Huma.

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  • Pourquoi ne pas lui remettre le Grand Prix d’Angoulême à titre posthume, voilà une exception toute en élégance qui ferait sens au regard de l’empreinte que laissera Annie Goetzinger dans la BD.
    C’est une voix qui a compté dans le neuvième art pour le caractère assez unique de ses subtiles nuances.

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