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Disparition de Sergio Toppi
22 août 2012

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Disparition de Sergio Toppi

Décédé d’un cancer foudroyant à 79 ans, Sergio Toppi nous laisse une oeuvre éblouissante, mais qui était méconnue jusqu’à ce que le public français puisse heureusement le redécouvrir sur le tard grâce aux éditions Mosquito.

Pour introduire son interview en 2007, Didier Pasamonik nous décrivait le grand auteur qu’était Sergio Toppi :

"[Sergio Toppi est né à Milan en 1932]. Après un parcours scolaire qu’il qualifie d’ordinaire, le jeune Sergio ne pensait pas devenir dessinateur et entreprend même d’entrer en faculté de médecine. Mais se rendant assez vite compte de son erreur, il bifurqua vers le dessin qu’il pratique depuis l’âge de 18 ans, d’abord dans l’illustration, puis dans la bande dessinée."

"Sergio Toppi, peu connu en France, malgré le formidable travail des éditions Mosquito, est l’un de ces auteurs dont l’Italie a le secret : son dessin est puissant et élégant, et se déploie dans la même vigueur dans la technique de la gouache ou dans l’aquarelle, que dans le noir et blanc où il se révèle être un maître, à l’égal d’un Hugo Pratt ou d’un Guido Crepax."

Disparition de Sergio Toppi
Une planche de « L’Obélisque abyssin »
© 2010 Sergio Toppi & Mosquito

Une oeuvre ’historique’

Le jeune Toppi travailla tout d’abord pour la presse enfantine italienne, essentiellement dans les années 1960, mais peu de ses travaux arrivèrent jusqu’en France. Il faudra attendre sa collaboration à la révolution adulte de la bande dessinée italienne, pour que quelques-unes de ses histoires soient publiées dans Pilote.

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© Laurent Melikian

Les long récits de Sergio Toppi qui traversèrent leur Alpes furent entre autres sa contribution à l’Histoire de France en bande dessinée et la Découverte du Monde. Ces grandes adaptations historiques permirent à de nombreux auteurs de travailler et de toucher le grand public, et les Italiens furent nombreux à y participer (Crepax, Manara, Battaglia, Micheluzzi.. , etc.)

Pour L’Histoire de France, Toppi illustra l’enfer de Verdun et les horreurs de la guerre des tranchées. Ces planches témoignent déjà d’un dessin puissant, jouant de la juxtaposition de personnages en gros plan sur des fonds très évocateurs. La composition des pages et le jeu des couleurs permettent de traduire au mieux ces heures sombres que les combattants ont connues.

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Couverture de Waramunga
Editions Mosquito

Toujours dans les années 1970 et bien avant qu’il ne participe à la revue Corto Maltese dirigée par Hugo Pratt, Sergio Toppi collabora au projet d’Un Homme, une aventure, des éditions Cepim dirigées par Sergio Bonelli et publié par Dargaud pour la France : L’Homme du Nil, l’Homme du marais et L’Homme du Mexique.

S’il se mit encore au service de l’Histoire, une thématique très en vogue à l’époque, son style continue à se définir : hachures et striures pour donner du volume et du contour à son dessin, un encrage tantôt lâché pour le mouvement, tantôt précis pour donner de la puissance au sujet. Puis une grande maîtrise des ombres et des lumières.

Malgré ce talent, les incursions de Toppi dans le paysage français se limitèrent par la suite essentiellement à la revue Corto Maltese, pour laquelle il publia des récits d’une vingtaine de pages et illustra quelques nouvelles dont il signait le scénario lui-même, avant que le public francophone ne le perde de vue.

La piqûre de rappel de Mosquito

Depuis quelques années, le public français redécouvrait sur le tard l’immense travail de Sergio Toppi, notamment grâce au formidable travail réalisé par Mosquito. Son fondateur, Michel Jans, nous décrivait en ces termes sa rencontre avec l’auteur italien :

"« Avec Toppi, nous avons une relation privilégiée. Celle-ci a débuté il y a une quinzaine d’années. Moi, j’aimais ce qu’il faisait et je ne comprenais pas pourquoi il n’était pas sur le marché francophone. À partir d’un certain moment d’existence avec Mosquito, qui remonte à 1989, je me suis dit, vers 1995, qu’il fallait qu’on ouvre la collection à d’autres choses, d’autres horizons. Et j’ai pensé, évidemment, à Toppi. Je me suis procuré ses coordonnées et je suis allé le voir à Milan. Il était complètement étonné de constater que les Français se rappelaient qu’il existait. Néanmoins, ce fut très cordial. Mais il se demandait vraiment ce que c’était. Si c’était « du lard ou du cochon » ! C’était une rencontre, rétrospectivement, assez rigolote. Donc, nous avons commencé comme ça. »

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Sergio Toppi, et son éditeur Michel Jans
© Laurent Melikian

Cette rencontre fut pourtant le point de départ d’un retour en grâce pour le dessinateur italien. En près de vingt ans, Mosquito publia ses chefs d’œuvre, soutenu par l’accueil d’un public français désormais conquis. C’est d’ailleurs pour suivre cette demande que Toppi dessina une aventure complémentaire du Collectionneur et prolongea son Sharaz-De. Les expositions se succédèrent également : Angoulême, Aubenas, Thiers, et encore récemment au festival d’Eauze dans le Gers.

Ce succès populaire tardif a atteint son point d’orgue avec une reconnaissance internationale, et plus spécifiquement en Chine ! Florian Rubis nous expliquait que, sans être traduit, "Sergio Toppi y fait l’objet, depuis pas mal d’années déjà, d’un fort engouement de la part de ses plus jeunes collègues chinois, très admirateurs de sa production artistique. C’est tout simplement l’évidence de son talent graphique qui s’est imposée à leurs yeux."

Alors que sa reconnaissance prenait enfin une ampleur digne de son talent, Sergio Toppi s’est éteint hier, ce 21 août 2012. Il était sans doute le dernier représentant d’une école graphique qui compta Hugo Pratt, Dino Battaglia ou encore Guido Crepax dans son cénacle. Chapeau bas.

Relire quelques articles consacrés à Sergio Toppi :
- son interview en 2007 : « Les Italiens ont toujours considéré la bande dessinée comme quelque chose d’inférieur ».
- la chronique de Krull
- le travail de Mosquito pour la réédition en intégrale des aventures du Collectionneur, la seule réelle "série" de Toppi
- l’exposition qui lui fut consacrée en 2011 à Thiers
- la popularité chinoise de Toppi

Photo en médaillon : © Didier Pasamonik (L’Agence BD)

(par Charles-Louis Detournay)

Cet article reste la propriété de son auteur et ne peut être reproduit sans son autorisation.

9 Messages : Participez à la discussion

  • Disparition de Sergio Toppi

    22 août 2012 09:20, par MD

    Encore un fabuleux talent qui disparaît...

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  • Disparition de Sergio Toppi

    22 août 2012 09:31, par Jimi

    C’est terrible cette année !
    Un autre très grand dessinateur auteur qui disparait !
    J’ai découvert son travail tardivement aussi et j’avais commencé à acheter petit à petit chez Mosquito certains de ses récits...
    Son style est particulier et je trouvais qu’il accompagnait bien en parallèle ( même si différent) le travail de Hugo Pratt...quelque chose évoquant la même idée de l’aventure , du mystère....
    C’est bien triste !

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  • Disparition de Sergio Toppi

    22 août 2012 09:45, par Fabrice Castanet

    Compléments bibliographiques :
    Toppi fut publié de façon erratique en France dans des revues de BD populaires de l’éditeur Sagédition, notamment :
    illustrations comme
    "Les plus beaux uniformes du monde" sous forme de vignettes dans plusieurs numéros de Rintintin et Rusty (années 70-80)
    "Roland paladin de France" (Orlando paladino di Francia), écrit par Piero Selva dans le Corriere dei Piccoli n°32 en 1968 (Rintintin et Rusty n°30)
    "Le cid de campeador" (Il Cid Campeador) écrit par Piero Selva pour le Corriere dei Piccoli n°30 en 1968 (Rintintin n°31 et dos de couverture)
    « Ivanhoé »,texte d’Augusta Mignucci (Bugs Bunny n°89-90, années 60) paru à l’origine dans Topolino n°166.
    Côté BD, il a participé à la série Les grandes aventures de paix et de guerre (Le grandi avventure di pace e di guerra). Cette longue série italienne regroupe divers récits complets inspirés d’authentiques faits rééls en temps de guerre ou de paix publiés dans le "Corriere dei Piccoli" entre 1968 et 1971 par des dessinateurs italiens ou argentins comme Moliterni, del Castillo, Enrique Breccia, Dino Battaglia, Uggeri.... sur des scénarios de Mino Milani ou Enrique Ventura.
    Plusieurs de ces récits furent publiés en France dans Rintintin et Rusty (Sagédition) :
    "La nuit des Samuraï" (La notte dei samurai en 1970 dans le Corriere dei Piccoli n° 3, 1970) par Ventura et Toppi (Rintintin n°20)
    " La prise de Constantinople" (La caduta di Costantinopoli dans le Corriere dei Piccoli n° 20, 1969), écrite par Ventura et dessinée par Toppi (Rintintin n°22)
    "Commando Skorzeny : Opération Ike" (Commando Skorzeny operazione Ike dans le Corriere dei Piccoli n° 47, 1971) par E.Ventura et Toppi (Rintintin n°54)
    "La prodigieuse aventure de Shackleton" (La prodigiosa avventura di Silackleton dans le Corriere dei Piccoli n° 20, 1970) par Ventura et Toppi (Rintintin n°59)

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    • Répondu par Antonio le 24 août 2012 à  20:00 :

      Enrico (et non Enrique) Ventura est l’un des nombreux pseudonymes de Mino Milani, scénariste tout terrain du Corriere dei Piccoli, puis Corriere dei Ragazzi. Encore un très grand nom de la bande dessinée italienne. Et, en effet, Toppi était un superbe dessinateur, et la France doit à Michel Jans de pouvoir lire ses oeuvres dans de très belles éditions.

      (Mosquito a beaucoup fait, de même, pour maintenir l’oeuvre de Battaglia et de Micheluzzi sur le marché francophone).

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  • Disparition de Sergio Toppi

    22 août 2012 13:01, par Nicolas Anspach

    Toppi a été primé au printemps dernier à un festival de l’animation et du comics à Hangzhou (Chine).

    Son éditeur, Michel Jans, a reçu en son nom le « Golden Monkey King Award ». Malheureusement, l’auteur ne pouvait plus se déplacer aussi loin pour recevoir cette récompense. Son travail a été mis en avant lors d’une exposition (regroupant les travaux de différentes maisons d’édition) durant ce festival … qui a été visité par 2 millions de personnes !!!

    J’étais présent à Hangzhou à ce moment-là, et j’ai pu m’apercevoir de l’engouement des chinois pour le travail de Toppi.

    Sa reconnaissance actuelle, parmi les professionnels, parmi les lecteurs – parfois au-delà des frontières – doit beaucoup à Michel Jans, éditeur passionné ... Je me souviens de ses discussions autour de Toppi, un homme que j’aurais aimé rencontrer.

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  • Disparition de Sergio Toppi

    22 août 2012 19:33, par laure

    Oh oui, quel méconnu dingue, c’est tellement beau son trait !

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    • Répondu par Oncle Francois le 26 août 2012 à  21:35 :

      ce fut un très grand dessinateur réaliste, et un magnifique peintre. Mais pourquoi n’a-t’il pas choisi de mettre en images des scénarios intéressants ? C’est la question que je me pose...

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      • Répondu par Michel Jans le 29 août 2012 à  12:57 :

        Permettez-moi de ne pas du tout partager votre point de vue sur la qualité des scénarios de Toppi, certes je suis son éditeur, mais au cours de ces quinze dernières années, j’ai eu le plaisir de constater que beaucoup de lecteurs et d’auteurs appréciaient son travail. Je vous concède qu’il ne racontait pas les aventures de la petite pulpeuse enlevée par un gros méchant et sauvée in extremis par un héros blond et musclé… Il y a un public qui aime ce type de scénario éculé et de nombreux auteurs qui vivent bien de cela, personnellement, je cherche autre chose et Toppi me l’offrait. Tout comme Breccia, Toppi n’a pas voulu faire de concessions, il l’ a payé en terme de ventes, mais je pense que ce sont des œuvres qui resteront.

        Michel Jans

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        • Répondu par Kastet le 24 septembre 2012 à  10:18 :

          Petit complément bibliographique, en France, J2-Formule 1 a aussi publié Toppi, en particulier le récit de guerre "Opération à chaud" avec Ventura dans son n°37 du 16/9/75

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