Dofus passe le cap du million d’exemplaires vendus

14 juin 2011 2 commentaires
  • Ce "manga" à la française connaît un succès populaire mérité. Ankama annonce avoir dépassé le million d'exemplaires vendus ces jours-ci. Retour sur les origines et les raisons de cette réussite.

L’aventure Dofus, avant son adaptation en un manga de 15 tomes (série en cours), a débuté par un jeu vidéo sur PC et Mac. Sorti en 2004, ce petit jeu en ligne réunit très vite beaucoup de joueurs grâce à deux idées. Il est gratuit pour les novices, mais pour débloquer l’intégralité du contenu, il faut payer. C’est là qu’intervient l’autre bonne idée : le joueur débourse environ 5 euros par mois là où la concurrence fait payer entre 10 et 15 euros.

Dans Dofus, le joueur choisit son avatar parmi 14 classes possibles : les félins Ecaflips, les bourrins Iops ou encore les radins Enutrofs. Des catégories de personnages que l’on rencontre dans chacun des médias du multivers. Ainsi, on retrouve grosso modo des looks similaires entre des héros pourtant différents (Tristepin, de la série animée Wakfu, ressemble à Vald du manga Dofus, alors qu’il existe des siècles plus tard).

Ankama maitrise à merveille l’intégration de stéréotypes récurrents, vecteurs d’une identité forte à travers leurs différents médias (jeu vidéo, BD, dessin animé, etc.) et leurs univers (Dofus, Wakfu). Le succès du premier jeu Dofus a joué un rôle déterminant dans ce développement. Son succès fulgurant a donné les moyens aux fondateurs d’Ankama de réaliser leurs rêves.

Un succès de librairie

Le 1er octobre 2005 parait le premier tome du manga Dofus, un délire scénaristique né de l’esprit fertile de Tot, le créatif de la bande. Les fans sont au rendez-vous et les ventes explosent sur le magasin en ligne. Rassurés, les trois associés d’Ankama passent alors à la vitesse supérieure avec la sortie du tome 2 en libraire le 13 mars 2006.

Depuis, les ventes ne cessent d’augmenter. Le phénomène prend de l’ampleur et devient incontrôlable avec la sortie du tome 6, le 23 août 2007, grâce à une idée marketing géniale : l’ouvrage est vendu avec une carte qui permet de débloquer des objets exclusifs dans le jeu vidéo. Un coup de génie qui assure depuis à Ankama des ventes monumentales et qui donnent des maux de têtes aux libraires qui luttent pour que les pré-ados, adeptes du jeu vidéo, ne volent pas les cartes insérées dans la plupart des volumes.

Dofus passe le cap du million d'exemplaires vendus
Un screenshot du jeu "Dofus"
©Ankama

Le cousin Wakfu

Cet échange permanent entre les différents supports de la licence se retrouve également dans Wakfu. Cette série, diffusée le samedi matin sur France 3, s’intègre aussi dans ce cross media. Dofus correspond à une époque de l’histoire d’un univers plus vaste. Wakfu se déroule dans le futur de Dofus. Un avenir cataclysmique au cours duquel les peuples du Monde des Douze découvrent le Wakfu, une énergie présente en toute chose, à l’instar de la Force dans la saga Star Wars.

Le dessin animé permet alors d’introduire une nouvelle catégorie de personnages, à travers son héros Yugo l’Eliatrope. Ce petit garçon est capable de créer des vortex d’énergie Wakfu pour se téléporter. Il est accompagné à sa naissance d’un petit dragon, les deux font toujours la paire, et cette collaboration se retrouve même dans le jeu Islands of Wakfu, misant justement sur le principe de collaboration et d’entente.

Un univers tentaculaire

Le méchant roublard Vil Smisse
©Ancestral Z/Ankama Editions

Si les fans adorent les clins d’oeil, les passerelles, et les personnages de baroudeur que l’on peut croiser dans les multiples supports de ce cross media géant, les non-initiés pestent contre une production servant surtout de prétexte à promouvoir les autres produits de l’éditeur. Car les créateurs de la saga ont retenu que toute grande mythologie à multiples médias se doit de surfer sur les interactions : des personnages que l’on croise sous plusieurs formes (Goultard le Barbare est ainsi présent sous au moins trois formes, clin d’œil aux multiples transformations des guerriers de Dragon Ball Z), des références cachées dans les décors pour amuser l’œil du fan (les productions cinéma Marvel jouent sur le même registre de la référence cachée) ; enfin, des créatures emblématiques que tout joueur rêve de contrôler dans la version vidéo-ludique ou de voir en mouvement sur l’écran après les avoir découverts en kiosque (Remington Smisse, le héros du périodique comics Remington, rencontre les héros de Wakfu dans la saison 2 du dessin animé. Son ancêtre Vil Smisse, est l’un des méchants principaux du manga Dofus).

La couverture du comics périodique "Remington N°1"
©Ankama Presse

Dans le tome 15, le Monstre Foufoune explique même à Yen Andertal qu’il doit relever un défi sur un jeu de plateau nommé Dofus Arena (tiens, encore un autre jeu vidéo tiré du même univers qui a aussi sa propre série manga), sur lequel on remarque les figurines de Yugo et Tristepin, les héros de Wakfu. Cette référence ne sert à rien et contribuerait même à sortir le lecteur de l’histoire, mais le clin d’oeil est sympathique et se situe dans la droite lignée de l’humour général : des références à tire-larigot confinant parfois à la totale gratuité.

Un humour très... bourrin

L’ambiance très particulière des scenarioq de Tot (suppléé parfois par Fulcanelli), tient à ce que, à tout moment, l’intrigue principale peut partir en vrille : un tome peut laisser son lecteur sur un cliffangher tendu, mais la suite peut ripper sur totalement autre chose, par exemple sur un gros flashback où l’un des personnages rencontrés raconte sa vie... sur un tome entier.

Les créateurs prouvent bien leur recul sur cet aspect de leur production, car les deux héros Goultard et Arty balancent dans le dernier tome que la vie de leur interlocuteur les ennuie et qu’ils en ont marre qu’on la lui raconte. Une provocation qui leur vaut d’ailleurs le courroux de leur ennemi qui leur inflige en retour une nausée foudroyante. On ne plaisante pas avec les flashbacks dans Dofus...

Un extrait de "Dofus T15"
©Ancestral Z/Mojojojo/Ankama Editions

Cette profusion de personnages déglingués, de sous-intrigues décalées, de raccourcis scénaristiques choquants (nos héros se téléportent par exemple loin d’un énorme combat pour tout laisser en plan, y compris le lecteur médusé) et de blagues basées sur des jeux de mot foireux dont l’abondance donne parfois le tournis, met quelques tomes avant de trouver son rythme de croisière (la série décolle vraiment à partir de la course de Drago Kart dans le tome 3), et ce qui pourrait passer pour des défauts rédhibitoires dans d’autres séries, fait justement ici sa force.

La couverture de "Dofus T15"
©Ancestral Z/Mojojojo/Ankama Editions

Si Tot s’autorise une telle débauche d’humour graveleux et de n’importe quoi, c’est qu’il connaît son équipe de dessinateurs. Les artistes Crounchan, Brunowaro, et Mojojojo ont ainsi collaboré successivement au manga, tandis qu’Ancestral Z s’occupe, entre autres, de la création des personnages. Les deux barjots Mojojojo et Ancestral Z sont par ailleurs responsables de l’OVNI en deux tomes Chaosland, un sommet de parti-pris graphique et d’intrigues au 42ème degré, hommage à la série Donjon et aux séries Z.

L’équipe de dessinateurs n’est jamais aussi efficace que lorsqu’il s’agit de mettre en scène des bazars désorganisés et des mêlées non-sensiques où les protagonistes affichent des tronches pas possibles. Le graphisme fait parfois penser à du dessin naïf, le corps des combattants est souvent un abomination anatomique (au détour d’une case du tome 5, un personnage cassé de partout est tellement plié dans tous les sens à la manière d’un accordéon, qu’on peut lire les lettres "ARGH" se former dans sa silhouette !). Au fil des épisodes, le style s’affirme, les gros cernes laissent place à un trait plus fin, la sobriété à une profusion de détails.

La variété des thèmes et des univers distincts qui permettent au fan de s’y retrouver, autorise aussi la variation des styles graphiques. En effet, si le character design de l’artiste Xa a longtemps servi de charte visuelle pour le jeu Dofus, c’est le style cartoon d’Ancestral Z qui structure graphiquement les mangas.

Les 5 premiers tomes de "Dofus Monster", une série manga parallèle dont chaque tome est consacré à un monstre du jeu "Dofus"
©Ankama Editions

Une conquête de territoire

Le succès de la série se constate de visu à l’occasion des salons : lors des Ankama Conventions, des papiers présents sur chaque table de dédicace BD, précisent aux jeunes fans : "Ici, on ne dédicace pas Dofus". Le lecteur du manga doit ainsi trouver précisément la table de l’équipe Ancestral Z/Mojojojo, en passant devant des séries s’adressant à une cible moins jeune.

Car l’éditeur Ankama cultive en parallèle ses autres labels : les mangas japonais Kuri, les albums 619 au carrefour des films de genre et de super-héros, les BD Araignée pour public plus averti). Dofus fidélise ses jeunes lecteurs autour d’un univers vaste et maîtrisé, chaque médium renvoyant vers un autre pour accompagner un évènement (la thématique des vampyres, le lancement de nouvelles classes, la création d’un nouveau continent dans le jeu).

Une série de titres de presse : Dofus Mag, IG Magazine, Wakfu Mag, Akiba Manga ou Hey ! témoignent d’une intrépidité à nulle autre pareille parmi les éditeurs de BD français.

Enfin, annoncée depuis des années, la sortie courant 2013 de longs métrages d’animation autour de certains personnages de l’univers Dofus doit permettre prochainement au groupe de se positionner en outre sur le marché très concurrentiel du cinéma.

Un parcours exemplaire.

(par Thomas Berthelon)

(par Dominique Molinaro)

Cet article reste la propriété de son auteur et ne peut être reproduit sans son autorisation.

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L’incroyable saga de Dofus, un « manga-like » français

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En médaillon : image tirée du dossier de presse de l’éditeur. ©Ankama Editions

 
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