Du Côté du Soleil Levant #3 : "Made in Abyss" : le manga incontournable dont personne n’a pourtant acquis les droits en France

15 novembre 2017 0 commentaire
  • Troisième épisode de notre série DCSL, consacrée aux événements éditoriaux asiatiques. Avec comme objet un manga niche, mais désormais déjà culte, qui a fait l'événement en animation cet été, et qui pourtant n'intéresse pas encore semble-t-il les éditeurs français: "Made in Abyss".
Du Côté du Soleil Levant #3 : "Made in Abyss" : le manga incontournable dont personne n'a pourtant acquis les droits en France
Couvuerture du tome 2, avec Rico et Reg en compagnie de mignonnes créatures
© 2012 Akihito Tsukushi / TAKESHOBO

Au beau milieu d’un océan perdu, une île, formidable découverte effectuée quelques 1900 ans plus tôt. Formidable car en son centre se creuse un gouffre sans fond dans lequel les explorateurs - que l’on appelle désormais les caverniers - découvrent d’extraordinaires reliques de civilisations inconnues et manifestement disparues. Et certains de ces artefacts possèdent des propriétés quasi magiques.

Une ville, Orth, se dresse à présent sur le bord de cette béance, avec son économie, ses lois, sa population, toutes les nations du monde se montrant intéressées par les découvertes réalisées au fond de l’Abysse. Mais l’exploration de celle-ci ne va pas sans réelles difficultés : une malédiction frappent ceux qui s’y plongent, ou plutôt qui en remontent. À différents paliers de profondeurs - L’Abysse est découpée en niveaux, jusqu’à 20000 mètres sous les mers - correspondent différents effets sur le corps, qui vont des vertiges et vomissements... aux hallucinations ou à la mort elle-même ! Et pourtant, le jeu semble en valoir la chandelle...

La carte de l’Abyss, à partir de laquelle nos héros entreprennent leur périple
© 2012 Akihito Tsukushi / TAKESHOBO
Ozen, un des fameux "Sifflets Blancs", légendes vivantes de l’Abysse
© 2012 Akihito Tsukushi / TAKESHOBO

Le manga suit les aventures d’une jeune orpheline, Rico, qui découvre un robot à l’apparence humaine, mais amnésique, venu lui des profondeurs du précipice. Tous deux décident de partir explorer le gouffre malgré l’interdiction qui pèse sur eux du fait de leur jeune âge. Lui pour retrouver la mémoire, elle sa mère, légende parmi les caverniers, portée disparue après avoir effectué le grand saut du niveau 6 dont on ne peut revenir, et que seule l’élite des caverniers, les "Sifflets Blancs", peut tenter.

Explorant les niveaux les uns après les autres, nos héros en découvrent faune, flore et surtout topographie, Akihito Tsukushi, le mangaka, faisant montre d’un imaginaire d’une rare richesse. Mais c’est surtout la population croisée au fil des chapitres qui jalonne réellement la quête de Rico, puisqu’elle rencontre certains individus ayant décidé de vivre au cœur même de l’Abysse, pour différentes raisons.

C’est à travers ces échanges que la dimension proprement initiatique de ce périple se dévoile, donnant peu à peu au titre une épaisseur que l’on ne lui prête pas d’emblée. De légère la série se fait de plus en plus grave, et son design a priori mignon tranche avec certains développements non seulement dramatiques mais aussi violents voire sordides. Ce qui en fait au final un titre plutôt mature par les thèmes qu’il aborde, sous un vernis otaku au premier abord.

Un petit aperçu du bestiaire, sous la forme d’un carnet de voyage...
© 2012 Akihito Tsukushi / TAKESHOBO
Couverture du tome 3, avec Nanachi, personnage "kawai" au possible en apparence, mais à la destinée outrageusement tragique
© 2012 Akihito Tsukushi / TAKESHOBO

Made in Abyss avait donc tout du titre niche, et c’était le cas jusqu’à ce milieu de l’année 2017. Publié en ligne, de manière plus ou moins régulière, depuis octobre 2012 dans le Web Comic Gamma de l’éditeur Takeshobo, le manga parut d’abord au rythme d’un volume par an avant de voir ce rythme s’accélérer un peu en 2016. Pour des ventes modestes, inférieures à 20000 exemplaires par tome. Le dernier volume paru, le sixième, date de juillet dernier, moment où l’animé prit pour ainsi dire le relai et fit exploser la popularité de la série.

Diffusée au Japon du 7 juillet 2017 au 29 septembre 2017, l’adaptation animée réalisée par le studio Kinema Citrus rencontre rapidement un immense succès, non seulement au Japon, mais aussi dans les communautés de fans d’animés. Signalons d’ailleurs qu’en France Wakanim assura le simulcast de la série. Treize épisodes qui reprennent de manière fidèle le manga sans en épuiser la matière, laissant présager d’une future nouvelle saison.

Les raisons de ce succès apparaissent multiples. Mais sans doute l’impression première d’une forte parenté avec l’esthétique et l’imaginaire du studio Ghibli a dû jouer un rôle dans cet engouement. Entre prégnance de la nature, créatures merveilleuses mais parfois inquiétantes et mécanisation "artisanale", il y a indéniablement certains échos. Et ce même si ensuite Made in Abyss trace sa propre route, très loin des standards moraux et des représentations des films de Miyazaki.

Affiche de l’animé
© 2012 Akihito Tsukushi / TAKESHOBO

Un enthousiasme parti de l’animé donc, au point de sortir le manga de son anonymat. Sur la base en ligne My Anime List, le manga progresse constamment en termes de popularité auprès des membres de la communauté. Il recrute non seulement de plus en plus de lecteurs - même si nous sommes là loin des grands hits - mais surtout ceux-ci lui attribuent d’excellentes notes, au point que le titre s’établit dorénavant [1] à la 4e place du "Top Manga". L’éditeur américain Seven Seas Entertainment [2] ne s’y est d’ailleurs pas trompé, acquérant les droits du manga dans l’été, pour une sortie en janvier prochain.

Mais en France, qu’en est-il ? Pour l’heure, calme plat. Du moins en surface. Mais peut-être cela s’agite-t-il désormais en coulisses, et il le faudrait : Made in Abyss constitue indéniablement à nos yeux un titre aussi percutant qu’original. Un titre que nous serions en droit d’attendre parmi la pléthore de nouveautés mangas publiées par chez nous chaque année. D’autant que si des éditeurs classiques de ce type de titres, comme Ototo, possède déjà le profil pour ce genre de publication, certains gros éditeurs, comme Kana ou Glénat, aurait à notre sens tout à y gagner également.

Alors, à quand la publication en France de cette grande aventure ?
© 2012 Akihito Tsukushi / TAKESHOBO

(par Aurélien Pigeat)

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Les précédents numéros de la série "Du Côté du Soleil Levant" :
- DCSL #0 : Meilleures ventes manga au Japon - Premier semestre 2017
- DCSL #1 : Le difficile renouvellement du Weekly Shonen Jump
- DCSL #2 : 20 ans de "One Piece" !

NB : le titre n’étant pour l’heure licencié nulle part en dehors du Japon, les illustrations, traduites, proviennent de sites de fans.

[1Novembre 2017, donc.

[2Friand de titres "otaku", Seven Seas Entertainement a notamment édité aux États-Unis The Ancient Magus Bride (Komikku), Dance in The Vampire Bund (Tonkam), Battle Rabbits (Doki Doki), Re:Monster, Monster Musume ou encore Samidare - Lucifer and The Biscuit Hammer (tous trois chez Ototo).

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