Durango revient avec un nouveau dessinateur

6 juillet 2016 4 commentaires
  • Après quelques années de patience, ce 17e opus de la série annonce le grand retour de Durango, l'une des grandes figures du western réaliste franco-belge. Thierry Girod qui en avait repris un temps le graphisme a cédé sa place au talentueux Iko, mais le résultat reste encore peu convaincant.

N’en déplaise à Jonathan Cartland, Red Dust, Bouncer, McCoy et autres Buddy Longway, Durango reste le second héros de western le mieux implanté dans la tête des amateurs de BD de western d’aujourd’hui, juste derrière Blueberry.

Durango revient avec un nouveau dessinateur

Dans la longue interview qu’il nous avait accordée il y a deux ans, Yves Swolfs était revenu sur la genèse d’un personnage qui a déjà passé le cap ses trente-cinq ans :

« À la sortie de l’école de Saint-Luc, une connaissance m’avait embarqué dans cette aventure [de petits albums érotiques], ce qui me permettait d’avoir quelques rentrées financières. J’ai donc réalisé un ou deux albums dans lesquels je faisais les crayonnés sur son scénario, alors qu’il encrait. J’ai donc eu l’envie d’en réaliser un western en solo, mais qui effectivement ressemblait fort à ce que je voulais réaliser par la suite, même si ce n’est pas du tout un Durango tome 0 comme j’ai pu le lire par la suite. »

Pris par le jeu, le jeune Yves Swolfs se lance donc dans le western, un genre presque tombé en désuétude, car il avait été retourné dans tous les sens depuis les années 1960, notamment avec Comanche, Blueberry, et d’autres. Mais les années 1980 changèrent l’esprit de cette thématique qu’on croyait éculée. Bien avant Silverado, Swolfs brasse les références, et revient à l’atmosphère de Sergio Leone : il introduit un personnage ambigu et qui paie de sa personne dans chaque album, tel un sacrifice rédempteur pour effacer son métier de tueur à gages.

Yves Swolfs
Photo : Charles-Louis Detournay

Avec douze albums réalisés en 13 ans, Swolfs installe durablement son héros ambivalent à la tête du genre. Scénario axé sur des personnages aussi attachants que parfaitement repoussants, graphisme méticuleux, et les couleurs de son épouse Sophie : rien n’est laissé au hasard. À la fin de ces douze tomes, l’auteur laisse son personnage prendre du repos auprès d’une jeune femme qui est parvenu à dompter ses démons. Et même si Durango retrouve les routes poussiéreuses le temps d’un album en 1998, c’est pour mieux achever sa rédemption.

Coup de théâtre en 2006 ! Durango revient, mais Swolfs a passé le crayon à Thierry Girod, que les lecteurs avaient déjà découvert avec la série Wanted. En trois tomes publiés entre 2006 et 2012, le tandem Girod-Swolfs prit de court toux ceux qui croyaient que Durango était enterré à jamais. Le scénariste a réveillé son porte-flingues pour l’envoyer dans le récit d’une vengeance implacable, symbole d’une Amérique contemporaine en proie à ses vieux démons.

Quant à Girod, il parvient à réaliser un véritable tour de force en restant dans la ligne graphique de la série, tout en imposant son propre style, et des personnages aux traits irréprochables.

C’est donc avec une pointe de regret que nous avons appris que cette collaboration s’était interrompue, remplacée par une seconde toute aussi prometteuse, avec Iko.

Cet auteur italien qu’on avait découvert avec la superbe série Ténèbres sur un scénario de Christophe Bec., rêvait depuis longtemps de travailler sur Durango, une référence à ses yeux. L’éditeur de Soleil Jean Wacquet a organisé la rencontre, et en avant la musique… d’Ennio Morricone !

Durango, T17 : Jessie - Par Iko & Swolfs - Soleil
© Éditions Soleil, 2016 ‐ Swolfs, Iko

Ce nouvel épisode se déroule chronologiquement juste après l’affrontement sanglant de l’album précédent. Durango part soigner ses blessures auprès de son vieil ami, le shérif Larry Haynes, dans la paisible ville de Hancock… Le répit est hélas de courte durée, car un important transport de fonds est attaqué, et les coupables restent introuvables, de même que le magot qu’ils ont volé ! Au même moment, la jeune Jessie débarque en ville et se fait engager dans le saloon local. Derrière ses jupons, se cachent des intentions précises…

Les fans de Durango ne seront pas déçus par ce nouveau retour du personnage. Durango vieillit, mais reste pareil à lui-même, hésitant entre une forme de compassion pour certaines personnalités, et une bestialité qui peut l’envahir dans certaines conditions. Swolfs dépeint à nouveau cet Ouest où tout peut arriver, et où la loi est aussi peu respectée que la vie humaine. Pour récompenser la patience de ses lecteurs, Swolfs joint à l’album un ex-libris qu’il a réalisé.

Durango, T17 : Jessie - Par Iko & Swolfs - Soleil
© Éditions Soleil, 2016 ‐ Swolfs, Iko
Iko
Photo : Charles-Louis Detournay

Alors qu’on attendait beaucoup de cette reprise graphique réalisée par Iko, tant il nous a captivé dans Ténèbres, le sentiment général à la fin de lecture de l’album est assez mitigé. Comme il l’avait réalisé dans la série précitée, Iko s’inspire d’acteurs célèbres pour camper ses personnages. On retrouve ainsi quelques visages connus, notamment repris des films de Sergio Leone (Henry Fonda, Luigi Pistilli, etc.). Cela ne nuit pas à la lecture, tant l’univers de Durango est influencé depuis le début par le western spaghetti.

Mais en comparaison du style de Thierry Girod qui alliait lisibilité et soin des visages, Iko a tendance à charger son dessin davantage en détails. Cette multitude d’éléments se détache bien au-dessus d’un ciel bleu, mais dès qu’un arrière-plan est présent, il est souvent si chargé que l’avant-plan en est écrasé.

Même constat avec les inserts (les petites cases incrustées dans de plus importantes) qui ne ressortent pas suffisamment : le regard du lecteur tend à glisser dessus, si bien que l’enchaînement des cases perd sa logique… Dommage !

Le visage des personnages soufrent du même défaut. Or, ce qui donne un air buriné à un homme ne provoque malheureusement pas le même effet chez une femme...

Durango, T17 : Jessie - Par Iko & Swolfs - Soleil
© Éditions Soleil, 2016 ‐ Swolfs, Iko

Le plaisir de retrouver Durango est donc diminué par ce graphisme parfois excessif. Cela n’empêche pas de profiter pleinement d’une nouvelle aventure du porte-flingue singulier du neuvième art… En espérant ces petites approximations au démarrage s’effacent pour imposer une nouvelle fois Durango comme une référence du genre !

(par Charles-Louis Detournay)

Cet article reste la propriété de son auteur et ne peut être reproduit sans son autorisation.

Découvrez la librairie de BD numérique ActuaBD avec Sequencity

Durango, T.17 : Jessie - Par Iko & Swolfs - Soleil

Commander ce livre chez Amazon ou à la FNAC

À propos de Durango et d’Yves Swolfs, lire également sur ActuaBD.com :
-  Les trois parties d’une longue interview réalisée en 2015 :

-  Les chroniques des tomes 14 Un Pas vers l’enfer et 15 El Cobra de Durango
-  Une précédente interview de Swolfs : "Je voulais me frotter à une autre génération d’auteurs" (2006)

Lire également notre précédente interview d’Iko : « Je suis fort redevable de la patience de Soleil et de Christophe Bec »

 
Participez à la discussion
4 Messages :
  • "Swolfs brasse les références, et revient à l’atmosphère de Sergio Leone" écrivez-vous à propos de la genèse de "Durango".
    Rendons à César ce qui lui revient : la première référence de Swolfs un est un autre Sergio : Corbucci, réalisateur de classiques du western spaghetti : "Django", "Navajo Joe", "Le spécialiste" et surtout "Le grand silence" (1968) avec Jean-Louis Trintignant et Klaus Klinski, dont le premier "Durango", "Les chiens meurent en hiver", est un plagiat.

    Répondre à ce message

  • Sans toutefois vouloir le faire parler à sa place, Swolfs a indiqué que l’accouchement de l’album avait été si difficile et compliqué que ce serait a priori le seul réalisé par Iko.
    Il faut alors espérer que l’attente ne sera pas trop longue avant de pouvoir lire un prochain album de Durango.

    Répondre à ce message

  • Durango revient avec un nouveau dessinateur
    6 juillet 2016 13:57, par Franck Geiz

    N’en déplaise à l’auteur de l’article, mais derrière Blueberry viennent Buddy Longway et Jonathan Cartland, et vous oubliez Jerry Spring et Lucky Luke, ainsi que Tex Willer du côté de l’Italie. Durango a toujours fait (visage) pâle figure face à ses monuments de la BD (et ce n’est pas avec ce graphisme scolaire surchargé que ça va changer).

    Répondre à ce message

    • Répondu par Charles-Louis Detournay le 6 juillet 2016 à  14:21 :

      Bonjour et merci de votre contribution,

      je n’ai arrêté ma liste non exhaustive que parce ce que ce n’est simplement pas le but de l’article. Tout-à-fait d’accord avec Jerry Spring, Tex Willer, mais également avec Red Ryder par exemple.

      Par contre, même si la série a évoqué beaucoup d’éléments authentiques, difficile de considérer Lucky Luke comme une série au graphisme "réaliste".

      Répondre à ce message