En 20 ans, Bamboo est entré dans la cour des grands

3 juillet 2018 4 commentaires
  • En 1998, Olivier Sulpice réalisait un rêve de gosse en lançant sa maison d’édition de bande dessinée, Bamboo Edition. Il est aujourd'hui fier de fêter ses 20 ans, alors que le groupe a connu trois dernières années intenses. Pour l’occasion, cette équipe de passionnés s’offre de nouveaux locaux, organise un festival et présente une BD rétrospective. Jolie revanche pour un label longtemps méprisé.

Ne cherchez pas le stand Bamboo à Angoulême. Il n’y est pas ou plus exactement, il n’y est plus. Dans l’antre de la bande dessinée "internationale" et "hype", l’humour "gros nez", la bande dessinée commerciale et populaire ne trouvait plus sa place depuis longtemps. Bamboo en avait tiré les conclusions, comme Dupuis à la même époque, en faisant une croix sur l’étape angoumoisine.

Dans l’image que s’est forgée le label : celle d’un éditeur pour supermarchés, réussissant là où Dupuis et Dargaud naguère triomphaient sans partage, Bamboo a longtemps été méprisé. Dans nos colonnes, dans les commentaires qui suivaient nos chroniques de leurs albums, on trouvait bien souvent des remarques déplaisantes, pour ne pas dire insultantes, stigmatisant le côté commercial et populaire du label, ce que ne méritaient ni leurs œuvres, ni leurs auteurs. Cet ostracisme poussa d’ailleurs cette maison à créer la marque-ombrelle Grand Angle.

En 20 ans, Bamboo est entré dans la cour des grands
Yan Lindingre, le timonier de Fluide Glacial et Olivier Sulpice, le patron de Bamboo.
Photo : DR - Fluide Glacial

Mais au bout de 20 ans, force est de constater que cette stratégie a payé. L’éditeur de Mâcon a même récemment pris le contrôle de la maison d’édition historique du génial Gotlib, Fluide Glacial, en la rachetant à Casterman., bien dirigée par Yan Lindingre.

L’éditeur des Profs et des Rugbymen, fier de son ancrage provincial, est devenu de plus en plus incontournable et de plus en plus fréquenté par les grands auteurs, ceux-là même qui sont reçus avec le tapis rouge à Angoulême...

Les Profs ont été adaptés au cinéma et ont fait presque quatre millions d’entrées en France.

Du Studio Bamboo à Bamboo Edition

La genèse de la maison remonte à bien plus que 20 ans en réalité. Avant même que le projet de fonder une maison d’édition ne soit sur les rails, les cofondateurs de Bamboo avaient déjà un pied dans la bande dessinée : Olivier Sulpice et Henri Jenfèvre, alors gendarmes, s’essayèrent à adapter les blagues des Grosses Têtes en BD.

Démobilisés en 1992, ils fondent un an plus tard le Studio Bamboo Graphics. L’origine du nom ? Une soirée alcoolisée et la volonté de mettre dans le logo une paire d’O, comme des yeux. Leurs premières commandes seront publicitaires mais ils ne perdent pas la BD de vue : entre 1994 et 1995, ils écrivent à deux des gags publiés dans des magazines spécialisés. Réunis dans l’album J’t’enrhume, ils leur permettront de rencontrer des auteurs et éditeurs lors de festivals. C’est une première expérience qui les mettra sur la voie de l’édition : en 1997, ils publient une première BD : Le Grand Bêtisier des déclarations d’accident.

Cette BD rassemble des gags publiés dans la revue "Échappement", à destination des fans d’automobile. C’est le premier succès de Bamboo.
L’idée de la première BD éditée chez Bamboo leur a été soufflée par leur assureur.

Bamboo a su trouver son rayon chez les passionnés. Par exemple, en 1998, Bamboo fait commercialiser Les Footmaniacs chez Décathlon à l’occasion de la Coupe du Monde. C’est le seul éditeur de bande dessinée à avoir réussi cet exploit ! Ce filon, qui consiste à faire un "humour de métier" dans la grande tradition du "comique troupier", devient leur marque de fabrique : gags sur les policiers, pour les fans de VTT, sur les profs ou sur les rugbymen... Bamboo s’intéresse aux passionnés de leur métier... et à leur entourage, car les albums de Bamboo sont de ceux que l’on offre à un collègue, un beau-frère... Des cadeaux emballés de dérision.

À l’image de son timonier, Olivier Sulpice que nous avions déjà interrogé lors des dix ans de Bamboo, en 2008. En 2016, il rachète Fluide Glacial et nous rencontrait pour l’occasion, avec dans la poche deux nouvelles collections : Grand Angle Roman et Drakoo.

Les Sisters aborde avec humour et justesse les relations sororales de Wendy et Marine.

Le booster de l’audiovisuel

Ces trois dernières années ont été particulièrement intenses pour Bamboo. Selon Olivier Sulpice, « le rythme n’a cessé de s’accélérer : d’abord avec les deux films Les Profs et leurs 7,5 millions d’entrées au total, puis l’adaptation en dessins animés de la série Les Sisters, l’acquisition de Drakoo, la construction de nouveaux locaux... ». Il s’en est passé des choses !

Et il continuera de s’en passer : en travaillant sur l’adaptation sus-mentionnée des Sisters avec Samka Productions, Olivier Sulpice a décidé de créer Bamboo Production. Le succès de la série diffusée sur M6 dès septembre 2017 a été tel qu’une seconde saison est en préparation.

Cette formule gagnante, Bamboo va donc essayer de la transposer aux autres séries phares de son catalogue et même de passer du petit écran au cinéma. Ainsi, Bamboo Films travaille actuellement sur deux films en coproduction, L’Adoption, avec Mandarin Cinéma, et À coucher dehors avec Nolita Cinéma.

La mascotte de Bamboo se veut à l’image de la maison d’édition : positif, inventif et farceur.

Toute cette histoire de Bamboo, vous pouvez la découvrir en détail dans leur bande dessinée anniversaire ! Elle retrace la genèse du groupe et esquisse ses projets à venir, tout en donnant un aperçu du travail de ses auteurs. Ainsi, Bamboo se retrouve en visite chez Les Seignors, en poste chez Les Gendarmes ou encore sur le canapé des Sisters...

Un déménagement et un festival

Le 4 juillet, une partie de l’équipe de Bamboo s’installe dans un nouveau bâtiment, construit sur mesure à Charnay-Lès-Mâcon car ce groupe compte désormais plus d’une cinquantaine de salariés qui commençaient à se sentir à l’étroit !

Le nouveau bâtiment Bamboo !
Photo : A.Moreau - Bamboo edition

Mais ce n’est pas tout : le 6 octobre 2018, Bamboo organise, toujours à Charnay, un festival exceptionnel où seront présents environ 150 auteurs de ses différentes collections Bamboo, Grand Angle, Fluide Glacial et Doki-Doki, son label manga. Un évènement qui lui permettra de présenter ses nombreuses nouveautés de la rentrée avec un bon nombre de dessinateurs populaires présents. Une façon aussi de réunir ses créateurs autour du nouveau siège social.

Le festival aura lieu de 10h à 18h, salle de la Verchère à Charnay-Lès-Mâcon et sera gratuit pour les moins de 12 ans. Pour les autres, l’entrée est fixée à 3€ et permettra d’assister à des animations, des ateliers et des rencontres. Plus de détails d’ici septembre.

Les Seignors accompagnent une réalité : le troisième âge lit aussi des BD !

(par Céline Bertiaux)

(par Didier Pasamonik (L’Agence BD))

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4 Messages :
  • 20 ans de purge : Bamboo
    3 juillet 17:38, par Laurent Colonnier

    Vous faites dans le publi-reportage maintenant sur Actuabd ?

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    • Répondu par Didier Pasamonik (L’Agence BD) le 4 juillet à  07:16 :

      Dans nos colonnes, dans les commentaires qui suivaient nos chroniques de leurs albums, on trouvait bien souvent des remarques déplaisantes, pour ne pas dire insultantes, stigmatisant le côté commercial et populaire du label, ce que ne méritaient ni leurs œuvres, ni leurs auteurs.

      Et voilà, on est en plein dedans. L’information que Bamboo a vingt ans ne suffit pas. Tout de suite arrive le procès d’intention. Il faut dire que c’est signé Laurent Colonnier...

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      • Répondu par Laurent Colonnier le 5 juillet à  18:03 :

        Il est aussi possible que ce soit dû à leur comportement extrêmement discutable (pour être poli).

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        • Répondu par Didier Pasamonik (L’Agence BD) le 6 juillet à  08:08 :

          On aura donc compris, M. Colonnier, que vous réglez des comptes perso, vos déceptions, sous couvert d’une critique de leur travail éditorial. Comment voulez-vous être crédible ? En fait, la purge, elle vous concerne. ActuaBD ne saurait longtemps être le dévidoir de vos rancœurs.

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