En cette fin d’année, Philippe Geluck se la pète

4 octobre 2018 0 commentaire
  • Avec une régularité de métronome, Mister Philippe nous apporte sa livraison annuelle de gags du Chat, « Le Chat pète le feu – Le Best of » (Casterman) ; mais pas seulement : Docteur Geluck y va aussi de son actualité éditoriale, aux accents plus politiques « Geluck pète les plombs » (Casterman).

On le sait, il y a plusieurs traditions de l’humour : le comique-troupier et sa gouaille gentiment graveleuse à la Coluche ou à la Bigard, la fine dérision qui dy

En cette fin d'année, Philippe Geluck se la pète

namite les conventions si bien profilée par Pierre Desproges ou par les équipes de Canal + à ses débuts, l’humour de situation à la André Roussin ou à la Sylvie Joly, le bon mot à la Sacha Guitry ou à la Raymond Devos… Tout cela prospère encore aujourd’hui non sans l’influence notable du spectacle américain qui a développé à l’extrême les techniques du slapstick (littéralement : le « coup de bâton », une conclusion inattendue à l’issue d’un développement humoristique) et du « happening », phrase-choc ou événement qui fait le buzz.

La technique utilisée par Philippe Geluck dans Le Chat est celle du stand-up. Là aussi nous sommes dans une longue tradition, celle des moralistes, pas toujours drôles, de Marc-Aurèle à Mark Twain et Jules Renard. Car bien qu’il ait une famille, le matou apparaît le plus souvent seul sur scène, déroulant ses sentences aux vérités essentielles et éternelles. Rien d’étonnant : Philippe Geluck sait ce qu’est le spectacle humoristique. L’humour parce que son père déjà faisait profession de cartoonist ; le spectacle parce que son père encore, dans une deuxième partie de sa vie, distribuait les films venus d’Union Soviétique et qu’il est arrivé au jeune Geluck de croiser un Andreï Tarkovski dans la maison familiale. Les débuts de Geluck sont passés par le théâtre et la télévision et l’on sait que, parallèlement à sa prolifique carrière de dessinateur, il n’a jamais quitté la scène depuis.

« Le Chat pète le feu -Best of » de Philippe Geluck
© Casterman

Qu’est-ce qui fait qu’au bout d’une vingtaine d’albums, Le Chat n’ennuie toujours pas et surprend même le lecteur ? Qu’est-ce qui fait qu’une forme aussi figée -le strip et le cartoon- reste toujours aussi percutante après des centaines de gags ainsi dispensés ? La sophistication de la forme, d’abord. Geluck passe de la page de bande dessinée au gag en un seul dessin avec une parfaite économie de moyen : un trait simple, lisible, des décors et un cadrage minimalistes, des couleurs sans modelé « à la Tintin », des strips de trois cases aux dimensions identiques… Mais il ponctue ces modèles de gravures détournées, de dessins au trait dépouillés de couleur, et plus rarement d’esquisses aquarellées qui offrent une relative diversité de graphismes au tempo très différent. Â chaque fois, avec une surprenante constance, le contrepied s’habille d’évidence et arrache le sourire.

Au delà de l’humoriste…

Dans « Geluck pète les plombs », qui paraît en même temps, nous sommes davantage dans le discours politique. Ces éditoriaux écrits pour Siné Hebdo (un hommage à « l’Enragé » y est d’ailleurs expressément rendu) développent davantage sa pensée que ses haïkus graphiques. On y trouve une vraie conscience, loin des coups de poing à la Charlie Hebdo et même des vociférations de Siné. On peut y déceler quelques éléments du vieux substrat communiste de sa jeunesse, un profond humanisme en tout cas. C’est qu’il y a toujours chez Geluck la conscience que l’humour est aussi capable de décocher des flèches empoisonnées quand il est manié par des Jean-Marie Le Pen, des Donald Trump, des Soral et Dieudonné ou des Marsault.

« Geluck pète les plombs »
© Casterman

Il rappelle que la liberté est un combat et qu’il ne faut pas baisser la garde face à la montée des périls, qu’il vienne d’une résurgence de la peste brune ou de l’arrogance de ceux qui, grâce à leur argent, s’insinuent dans nos vies avec la discrétion doucereuse d’un Big Brother. Alors oui, Geluck se la pète, et il a bien raison.

(par Didier Pasamonik (L’Agence BD))

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