Entre ici et ailleurs - Par Vanyda - Dargaud

3 mai 2016 0 commentaire
  • Une belle plongée dans la vie d’une jeune franco-laotienne, mélangeant chronique du quotidien et réflexion sur ce statut d’enfant d’immigrés.

28 ans, seule depuis quelques mois, après une rupture douloureuse, Coralie (re-)découvre la case célibat avec difficulté. Cuisiner seule, gérer le quotidien, voir les autres s’amuser sans arriver à se joindre à eux, sa plongée en solitude ne débute pas vraiment bien.

Mais son frère est là, l’aide, et, surtout, elle s’inscrit, un peu par hasard, à des cours de capoeira, ce qui lui permet de rencontrer des gens issus d’horizons très différents, et, accessoirement, de se découvrir plein de prétendants rêvant de la mettre dans leurs lits ou leurs cœurs.

Entre ici et ailleurs - Par Vanyda - Dargaud
Kamel, l’un de ses nouveaux camarades de capoeira, n’en veut, lui, pas à son corps. Il trouve juste en elle une âme sœur à qui s’épancher sur son mal-être, celui d’un immigré kabyle, déchiré entre deux cultures, un pied sur chaque rive de la Méditerranée. Cela trouve un écho très fort chez Coralie, dont le père est Laotien, et qui, elle aussi, sans jamais l’intellectualiser, a toujours eu du mal à cerner ses racines, à les digérer, les comprendre et les accepter.

« Partir, c’est mourir un peu… et ce sont souvent les enfants qui portent le « deuil » ». Ces propos de Kamel résument bien le cœur de cette bande dessinée qui consiste en une réflexion honnête sur l’identité des enfants d’immigrés, sur ce que cela fait concrètement que d’être franco-kabyle, franco-laotien. Cette histoire optimiste et intelligente oscille entre histoire légère, coups d’un soir et recettes gastronomiques, d’un côté, et introspection culturelle, de l’autre. L’ensemble marche très bien, sans lourdeur, malgré quelques longueurs, notamment dans deux ou trois scènes semi-ésotériques.

Vanyda, elle-même d’origine franco-laotienne, livre un récit touchant. Elle avait déjà montré avec L’Immeuble d’en face sa capacité à brosser de belles fresques psychologiques. Avec Celle que…, elle dressait déjà le portrait du quotidien d’une adolescente, et Entre ici et ailleurs s’inscrit dans la continuité, la maturité en plus, avec une portée sociale supplémentaire. On est toujours dans la thématique des interactions du quotidien, mais avec une narration encore plus maîtrisée que dans les albums précédents.

Cette bande dessinée, en noir et blanc, avec des effets de lavis, offre un dessin semi-réaliste qui s’inspire fortement des codes graphiques du manga, et la version anglaise de L’Immeuble d’en face avait d’ailleurs été élue meilleur manga de l’année par l’hebdomadaire américain Publishers Weekly. Le rendu est très lisible, la narration très fluide et le mariage du style graphique européen avec des cadrages ou des techniques asiatiques fonctionne très bien, et fait tout à fait sens dans le cadre de cet album. Vanyda réussit à traiter avec légèreté de questions graves, tout en créant de belles émotions.

Nous vous recommandons cet album qui a su trouver sa place... entre ici et ailleurs.

(par Tristan MARTINE)

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