Entre tabou et totem : Shoah et bande dessinée à la Kazerne Dossin de Malines en Belgique

20 août 2018 0 commentaire
  • À la suite de son succès parisien, l’exposition « Shoah et bande dessinée » du Mémorial de la Shoah à Paris prend place du 16 septembre 2018 au 22 avril 2019 à la Kazerne Dossin à Malines, l’antichambre belge des camps de la mort nazis. Avec à la clé un éclairage sur cette histoire propre au royaume de Belgique.

Entre juillet 1942 et septembre 1944, 25.274 juifs et 354 « Gens du voyage », vieillards, hommes femmes et enfants, furent rassemblés et envoyés vers Auschwitz-Birkenau et vers d’autres camps annexes au départ de la caserne Dossin de Malines. Les deux-tiers de ces déportés ont été assassinés dès leur arrivée. À la libération de ces camps, seuls 1.395 d’entre eux, quelque 5%, étaient encore en vie. La Kazerne Dossin (sa dénomination actuelle), le point de départ de ce voyage fatal, situé à quelques kilomètres de Bruxelles -une vingtaine de minutes en train- a été transformée en Mémorial, Musée et Centre de documentation sur la Shoah et les Droits de l’Homme.

Entre tabou et totem : Shoah et bande dessinée à la Kazerne Dossin de Malines en Belgique
© Kazerne Dossin Mechelen

On connaît les interrogations de l’exposition parisienne : comment, entre 1942 et 2018, soit sur une période de 76 ans, les représentations de la Shoah ont-elles évolué dans l’univers de la bande dessinée ? Comment ce qui a longtemps été un tabou, jusques et y compris pour les victimes elles-mêmes, est devenu aujourd’hui central dans l’évocation de la Seconde Guerre mondiale en particulier et des génocides en général ?

Du tabou au totem

Pour des raisons qui tiennent aux différentes politiques de mémoires nationales, le judéocide s’est constitué assez rapidement en tabou. Il faudra attendre la fin des années 1970 pour voir les BD européennes, américaines et japonaises s’ouvrir pleinement au martyre juif. Le procès Eichmann à Jérusalem en 1961 et la diffusion du feuilleton Holocaust en 1978-1979 apparaissent comme des moments déclencheurs d’une mémoire longtemps refoulée.

On retrouvera l’essentiel des documents exposés à Paris mais avec un focus particulier sur les aspects proprement belges de cette histoire. En effet, que ce soit en France, en Belgique ou en Hollande, chaque destin de déporté est singulier, mais les circonstances hollandaises et belges ont toute leur importance dans une époque où les frontières entre ces pays existaient encore et où les lois et les mentalités étaient encore très différentes d’un pays à l’autre, entre la France républicaine, la Belgique catholique et la Hollande protestante.

Henri et Michel Kichka en voyage à Auschwitz. Le père de l’auteur de "Deuxième Génération : Ce que je n’ai pas dit à mon père" était passé par la Kazerne Dossin avant de prendre la direction de l’enfer nazi. Il est un des rares survivants de la déportation des Juifs belges.
© Dargaud

Une spécificité belge

À côté du cas exemplaire –pour ainsi dire iconique- d’Anne Frank, dont le retentissement est universel, et ceux singuliers de la Flandre tels qu’évoquée dans Sanne & Senne de Marc Verhaegen, ou de la Wallonie comme l’évoque Michel Kichka dans Deuxième Génération ou encore le témoignage particulier de Jim Kaliski dont le père est passé par la Kazerne Dossin en avril 1944 pour un voyage sans retour vers Auschwitz, il y a cette la réflexion de Marvano sur les traces que laissent cette histoire dans notre époque contemporaine et en particulier dans la construction de l’Europe à venir.

À l’heure où les tentations totalitaristes ressurgissent un peu partout dans le monde, stigmates d’une époque que l’on pensait révolue, ces œuvres rappellent, par leur intelligence et la qualité de leurs ressentis, que les mutations de la société ont un prix parfois durement payé par les minorités.

La très belle affiche de Bernard Yslaire
© Kazerne Dossin

(par Charles-Louis Detournay)

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Shoah et B.D.
Du 16 septembre 2018 au 22 avril 2019
Kazerne Dossin
Goswin de Stassartstraat 153 B-2800 Mechelen
+ 32 (0) 15 29 06 60
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