Étienne Gendrin : « Rien que d’évoquer le sujet des sans papiers, c’est s’engager. »

15 avril 2011 0 commentaire
  • Jeune auteur, Étienne Gendrin, pour sa première BD éditée, n’hésite pas à aborder un sujet peu traité en bande dessinée : celui des demandeurs d’asile.

"Droit d’asile" est votre premier album. Pouvez-vous vous présenter à nos lecteurs ?

J’ai 29 ans, je vis en Alsace où je travaille comme illustrateur-graphiste en indépendant. En 2000, j’ai commencé une formation de trois ans en bande dessinée à Bruxelles et, depuis, je monte des projets d’album en parallèle de ma profession. Droit d’asile est mon premier livre édité.

Pourquoi une BD engagée ?

Ça m’est un peu tombé dessus.
L’histoire raconte le cheminement d’un type (le type, c’est moi) qui n’est pas engagé, qui s’en fiche même pas mal, puis qui est piqué d’intérêt par les histoires qu’il entend. Et ça finit par donner un livre engagé, parce que rien que d’évoquer le sujet des sans-papiers, c’est s’engager.

Mais depuis le début, il est question de recueillir des parcours de vie, pas d’élaborer un manifeste. La conclusion de mon enquête est la suivante : Ces jeunes qui arrivent chez nous sont plutôt des types très bien. Et là on trouvera encore ça engagé parce que c’est quelque chose qu’on entend pas souvent.

Étienne Gendrin : « Rien que d'évoquer le sujet des sans papiers, c'est s'engager. »

Votre dessin est assez simplifié et coloré. Est-ce un besoin d’être compréhensible et lisible par un plus grand nombre ?

Être compréhensible, oui ! Si on voit le lecteur froncer le sourcil pour tenter de comprendre ce que l’auteur a voulu dire, c’est raté.
Côté technique, j’ai utilisé un outil assez indomptable : la pointe noire.
Le trait est gros, imprécis et donc il a fallu simplifier le dessin pour qu’on lise tout de même quelque chose dans les cases.

Vous maniez également l’humour. Est-ce un moyen dans la transmission d’un
"message" ?

Oui, le défi était d’intéresser le lecteur avec un sujet assez aride. Les histoires des jeunes sont réelles. Elles sont lourdes et plutôt sombres. L’humour est un bon moyen de se mettre à distance, de pas tout se prendre en pleine tête. Pour le lecteur, pour l’auteur et surtout pour certains des jeunes.

(c) Des ronds dans l’O / Etienne Gendrin

Pensez-vous que votre album puisse être utile ?

Le danger qui guette ce livre est qu’il n’arrive que dans des mains déjà convaincues. Dans ce cas là, il n’aura pas servi à grand-chose. Mais s’il touche des gens qui à priori, s’en foutent ou bien qui ne pensent pas comme moi, c’est là que l’album peut servir à quelque chose. En dessinant, j’ai surtout pensé aux gens qui s’en foutent.

Avez-vous eu du mal à trouver un éditeur pour "Droit d’asile" ?

Non, c’était en fin de compte plutôt évident que "Des ronds dans l’O" était l’éditeur qu’il fallait à ce projet, étant donné le sujet abordé et l’engagement dont fait preuve cette maison.
Il n’y avait donc pas 36 portes auxquelles frapper. Pourtant, j’ai quand même fais le tour d’un bon nombre de boutiques avant de présenter le projet chez mon éditrice. En regardant bien qui fait quoi, ma recherche aurait pu être plus efficace.

Avez-vous d’autres projets de BD engagées ?

J’ai une idée d’album engagé derrière la tête, mais je vais d’abord faire un petit break. Je travaille sur une BD moins grave, mais toujours à partir du réel. Cela s’appellera "Comment nourrir un régiment" et c’est ma grand-mère qui raconte des histoires de bouffe et de famille nombreuse.

(par François Boudet)

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