Francis Porcel : "Il ne suffit pas d’être un bon illustrateur pour faire de la BD, il faut réaliser plusieurs albums pour maîtriser l’art de la narration"

25 décembre 2017 5 commentaires
  • Francis Porcel fait partie de cette nouvelle génération d'auteurs ibériques à s'être fait remarquer sur le marché de la BD franco-belge ces dernières années. Devenu un collaborateur régulier du scénariste Zidrou, ils ont publié ensemble leur nouvel album, intitulé "Chevalier Brayard", au mois de septembre chez Dargaud. Nous avions rencontré le dessinateur il y a quelques temps, qui a bien voulu nous raconter son itinéraire jusqu'ici.
Francis Porcel : "Il ne suffit pas d'être un bon illustrateur pour faire de la BD, il faut réaliser plusieurs albums pour maîtriser l'art de la narration"
Médiacop
Médiacop est l’édition intégrale de la mini-série Reality Show.
Francis Porcel, Jean-David Morvan & Hubert (c) Dargaud

Quel est votre parcours ?

Francis Porcel : Lorsque j’étais petit, je dessinais beaucoup. Je faisais beaucoup de caricatures de mes camarades de classe, ce qui m’a permis d’être un peu plus populaire. Je n’étais pas très bon en sport mais le dessin m’a aidé à me faire accepter des autres enfants. J’ai ensuite continué à travailler mon dessin et les techniques de narration en créant de nombreux strips. Durant mon apprentissage, je me suis rendu compte de ma différence car en discutant avec d’autres dessinateurs, j’ai découvert que ceux-ci se limitaient à ne dessiner que des personnages, tandis que moi, je dessinais aussi des décors, tout en essayant de gagner en lisibilité. C’est cela qui m’intéresse vraiment : la narration. Proposer des récits qui susciteront de l’émotion chez les lecteurs.

Qu’aviez-vous fait avant vos albums chez Dargaud ?

J’ai réalisé un album en Espagne, livre pour lequel j’avais écrit le scénario. Avec le recul, je trouve que ce n’était pas très bon. Pourtant, grâce à cette BD, j’ai pu travailler ensuite avec Dargaud. Il ne suffit pas d’être un bon illustrateur pour faire de la BD, il faut réaliser plusieurs albums pour maîtriser l’art de la narration.

De quoi parlait cette BD ?

La BD s’appelait La Cité des morts. C’était un récit steampunk que j’avais réalisé lorsque j’étais étudiant à l’école de BD de Barcelone. En Espagne, il n’y a qu’à Madrid et à Barcelone - surtout à Barcelone - où l’on peut étudier la BD. D’ailleurs, mon ancienne école organise chaque année pour ses étudiants, un voyage à Angoulême pour leur faire découvrir les réalités du métier d’auteur de BD.

Les Folies Bergère
Zidrou & Francis Porcel (c) Dargaud

Ensuite, vous êtes entré en contact avec Dargaud ?

Oui. J’avais rencontré Yves Schlirf, l’éditeur de Dargaud Benelux. Il a vu ma BD, il m’a dit que ce n’était pas très bon mais que je pouvais quand même lui envoyer mes travaux, chose que j’ai faite. Suite à cela, il m’a proposé le projet Reality Show (Médiacop) de Jean-David Morvan. Il n’avait pas de dessinateur et en voyant mes travaux, il s’est dit que mon travail pourrait convenir pour cette série. Et j’ai accepté.

Dans Reality Show, vous abordiez la question de la téléréalité et de la robotique dans nos vies.

Oui, c’est une série que nous avions faite il y a dix ans mais qui est plus actuelle que jamais par les thèmes qu’elle aborde. Surtout en Espagne où la télévision ne diffuse que de la merde.

Suite à cela, vous avez rencontré Zidrou avec qui vous travaillez aujourd’hui.

C’est mon ami Jordi Lafèbre - dessinateur de Lydie et des Beaux Étés - qui me l’a présenté. Le contact avec Zidrou a été d’autant plus facile qu’il parle espagnol. Nous formons une bonne équipe Zidrou et moi. Je l’ai rencontré en Belgique mais depuis, nous passons beaucoup de temps ensemble. Nous nous rendons visite, allons à la piscine. Je connais également son épouse.

Bouffon
Zidrou & Francis Porcel (c) Dargaud

Votre première collaboration s’est faite avec le one-shot Les Folies Bergère. Comment est né ce projet ?

J’avais très envie de raconter une histoire sur la Première Guerre mondiale. Je suis très fan du travail de Jaques Tardi. J’avais déjà commencé à me renseigner sur cette période bien avant de commencer à travailler sur la BD. Vous savez, on ne parle pas beaucoup de cette guerre en Espagne. On parle d’Hitler, de Franco mais on ne parle presque pas de ce conflit. Pour moi, ce conflit se distingue de la Seconde guerre mondiale car il n’y a pas vraiment de bons ou de mauvais. Il y a eu beaucoup d’atrocités durant cette guerre. Et puis, c’est aussi l’apparition de nouvelles machines de combat. C’est un peu toutes ces raisons qui m’ont poussé à m’y intéresser. J’ai proposé le sujet à Zidrou et il a dit oui. Comme nous nous connaissons bien, il m’a écrit une histoire vraiment sur mesure.

Qu’est-ce qui a motivé l’écriture de Bouffon ?

Le Bouffon, c’est une représentation de la souffrance que peut ressentir un enfant à cause de sa différence. C’est un sujet qui me touche beaucoup car j’étais un enfant et un adolescent assez renfermé. J’avais un peu de mal à me faire des amis, je n’étais pas le genre de garçon sur qui les filles se retournaient. L’adolescence est une période difficile, surtout lorsque l’on est mal dans sa peau. On a l’impression d’être dans un long tunnel mais on se rendra compte qu’au bout, il y a la lumière. Lorsque l’on est petit, personne ne te dit quelle est la réalité de la vie. C’est un apprentissage que nous faisons tous. Il y a des bons moments mais aussi des coups durs. Et les coups durs sont souvent vécus de manière dramatique. C’est facile de critiquer mais je pense qu’il faut apprendre à voir la vie comme un verre à moitié plein.

Comment définiriez-vous votre style graphique ?

Je ne sais pas. Je dessine comme je le sens. J’aimerais bien que quelqu’un analyse mon style pour me dire si j’appartiens à un genre particulier. Et puis, mon style change à chaque fois pour s’adapter au récit que je dois illustrer. Entre Reality Show et les Folies Bergère, mon dessin a beaucoup changé. Dans cet album, j’avais adopté un style plus torturé.

Chevalier Brayard
Le dernier album paru du duo belgo-espagnol (paru le 1er septembre 2017).
Zidrou & Francis Porcel (c) Dargaud

(par Christian MISSIA DIO)

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Crédits photos : DR/Dargaud

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5 Messages :
  • Rien qu’à lire le titre : tout est dit !!! Bravo. Trop d’auteurs se servent de la BD comme du roman graphique. Ils oublient que la BD, c’est du cinéma sur papier !!!!

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    • Répondu le 26 décembre 2017 à  17:04 :

      "Du cinéma sur papier", c’est exactement ce que la bande dessinée ne doit pas être pour conserver son intérêt. Sinon, on va au cinéma.

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      • Répondu par Zot ! le 26 décembre 2017 à  23:01 :

        Du cinéma sur papier ?
        J’aime bien l’analogie.... mais tant qu’à faire, je préfère la BD au cinéma, si le résultat est équivalent.
        D’un coté, un scénariste et un dessinateur, un travail solitaire, avec du talent et de l’inspiration.
        De l’autre, des budgets de dizaines de millions d’euros ou de dollars, des équipes techniques de dizaines de personnes, la pression des producteurs, services-marketing, des sponsors. Et des acteurs actrices qui viennent réciter des rôles appris par coeur.
        Alan Moore disait à peu prés (je cite de mémoire) : " si je me plante, ce n’est pas grave. Maintenant, le flop d’un film à gros budget est une catastrophe industrielle".
        Un bon album réalisé à deux (sans oublier le ou la coloriste) m’apporte plus de plaisir qu’un mauvais film à gros budget. La BD possède sa grammaire intrinsèque. Ceux qui ont su la maîtriser ravissent leur public.

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        • Répondu le 27 décembre 2017 à  12:01 :

          La BD crève de ses ersatz de films d’action et de polars étatsuniens, au dessin réaliste standard et interchangeable. La BD c’est (ce devrait être) un espace de liberté.

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          • Répondu par CHRIS le 4 janvier à  22:33 :

            … du dessin réaliste, à l’heure actuelle…OÙ ÇA ?

            Alex Raymond, John Prentice, Al Foster, Al Williamson, Frank Frazetta, Wallace Wood, John Buscema, Neal Adams, Joe Kubert… José Ortiz, Victor de la Fuente,
            Raymond Poîvet, Paul Gillon, André Chéret, Raphaêl Marcello, Paolo Serpieri,
            Corrado Mastantuono…

            Tous interchangeables ?!… Ah bon !!

            La liste est encore très longue sur ces générations surdouées du dessin.
            Ce sont des professionnels et des maîtres du storytellers… leurs œuvres et leurs récits sont absolument intemporelles. Ces légendes de la BD du Golden/Silver Age n’ont absolument pas d’équivalent dans le paysage éditorial à ce jour. Trop couteux à produire pour l’industrie actuelle. Le manga, le « gros-nez », la caricature, la signalétique graphique, c’est plus créatif, plus rigolo et on a l’embarras du choix sur les linéaires !!!

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