Françoise Nyssen : une éditrice (de bande dessinée) ministre de la culture

18 mai 2017 3 commentaires
  • Elle est belge de naissance, elle est éditrice, elle publie des bandes dessinées et elle est ministre de la culture. Coup de projecteur sur Françoise Nyssen, une personnalité singulière du gouvernement Macron qui devrait rassurer les auteurs, les libraires et les éditeurs, et notamment dans la perspective du développement de l’édition numérique.
Françoise Nyssen : une éditrice (de bande dessinée) ministre de la culture
Le Prix du meilleur album d’Angoulême 2017 avait été décerné à "Paysage après la bataille" d’Eric Lambé et Philippe de Pierpont. Une coédition Actes Sud / Fremok

Elle est née en 1951 à Etterbeek, une commune de Bruxelles… comme Hergé, André Franquin, Philippe Francq ou Midam. Ses origines suédoises et anversoises font que son père lui fasse étudier au Lycée Français. Elle décroche un doctorat de biologie moléculaire à l’Université Libre de Bruxelles et devient chercheuse, engagée dans le social. Elle a aussi étudié l’urbanisme à l’institut Saint-Luc, là où se situe la première école de bande dessinée d’Europe. Elle vient bientôt à Paris travailler au ministère de la culture (déjà !) à la direction de l’architecture.

Entretemps, son père Hubert Nyssen (1925- 2011) avait quitté son agence de publicité à Bruxelles en 1968 pour foncer sur l’autoroute du soleil et créer un atelier de cartographie devenu en 1978 une maison d’édition « en Arles », Actes Sud. Au compteur, un catalogue éclectique d’écrivains du monde entier : Imre Kertész, Nancy Huston, Paul Auster, Nina Berberova,... Et puis ces dernières années Millénium du Suédois Stieg Larsson, fer de lance du « polar scandinave ». Plus de 5000 titres, souvent d’auteurs étrangers.

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L’une des dernières publications d’Actes Sud BD : "La Structure est pourrie, camarade" de Yann Kebbi et Viken Berberian. Un titre qui a comme un parfum d’actualité...

En 2004, sous l’impulsion de Michel Parfenov et du libraire Thomas Gabison, la maison arlésienne crée un label de bande dessinée : Actes Sud BD , bien dans la ligne de la maison avec des auteurs américains, chinois, russes, italiens, islandais, israéliens comme Paul Hornschemeir, Gipi, Hok Tak Yeung, Batia Kolton, Rutu Modan,… Des auteurs français comme Camille Jourdy, Laurent Maffre, Matthias Lehmann, Romain Multier, Gilles Tévessin, Brecht Evens, Brecht Vandenbroucke… Mais aussi des classiques comme Cabu, Chantal Montellier, Crumb

Un catalogue d’une belle cohérence où la curiosité et l’expérimentation sont les maîtres-mots de la ligne éditoriale. Avec le succès à la clé puisque Exit Wounds et La Propriété de Rutu Modan a recueilli le Prix du meilleur album à Angoulême, des Eisner Awards et un Max un Moritz à Erlangen. Quant à Camille Jourdy, Grand Prix RTL, sa Rosalie Blum elle a été adaptée à l’écran.

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L’impressionnant "digest" de l’histoire de l’humanité par Jens Harder : Beta, chez l’An 2.

En 2005, Actes Sud BD absorbe L’An 2, un label créé par Thierry Groensteen dont il reste l’éditeur. Là encore de jolies découvertes : Chantal Montellier, Barbara Yelin, Jens Harder, Anthony Pastor, Céline Wagner, Erik Kriek, Pablo Auladell, Lucie Lomova, Phoenix Woodrow, Alexandre Franc, Olivier Schrauwen, Judith Vanistendael, Jeanne Puchol, Valentina de Crepax, He Youzhi… Un travail considérable !

Avec ces deux labels, Actes Sud est une maison qui compte dans le domaine très concurrentiel de la BD en France. Un label exigeant, appuyé quelquefois sur des tirages modestes. Devant les enjeux comme la rémunération décente des auteurs, la défense de la diversité éditoriale, le maintien d’un dense réseau de libraires, la promotion du livre français à l’étranger et le « switch » périlleux mais nécessaire des catalogues éditoriaux sur les supports digitaux, il est clair que la nouvelle ministre du gouvernement Macron est suffisamment armée pour savoir ce qu’il y a à faire.

Documents
"La Fête abandonnée" de Pablo Auladell, Rafa Burgos et Julián López Medina, (...)

(par Didier Pasamonik (L’Agence BD))

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-  Le site d’Actes Sud BD
-  Le site de l’An 2

Photo : ActuaLitté, CC BY SA 2.0 via Commons Wikimedia.org

 
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3 Messages :
  • « une personnalité singulière du gouvernement Macron qui devrait rassurer les auteurs, les libraires et les éditeurs, »

    Pas sûr que tous aient tout à fait les mêmes intérêts. Mais sans non plus crier avant d’avoir mal, on va attendre que cette dame ait fait quelque chose de rassurant avant d’être rassuré.

    Avoir du goût c’est bien mais permettre aux auteurs que l’on signe de vivre c’est pas mal non plus.

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  • Je ne vois vraiment pas en quoi voir une éditrice devenir ministre de la culture devrait rassurer les auteurs, bien au contraire.
    Je rappelle que l’activité principale d’un éditeur n’est pas de publier des livres, mais bien d’entuber les auteurs et se goinfrer.

    On pourra toujours attendre pour que les auteurs ne se retrouvent pas sans rien quand leur éditeur dépose le bilan (si si, ça arrive) et que leurs droits d’auteur passent par pertes et profits (perte pour l’auteur, il y a toujours quelqu’un pour récupérer les profits). Qu’après plusieurs mois de travail sur des projets finalement refusés, et donc sans revenu aucun, l’auteur bénéficie d’une aide (on peut vraiment toujours attendre, les éditeurs devraient mettre la main à la poche, ce n’est pas une éditrice qui va leur faire ça).

    Pas non-plus de quoi se réjouir de la perspective du développement de l’édition numérique, qui, une fois de plus, verra fondre la part revenant à ceux qui ont tout fait, les auteurs. Rien n’a changé depuis au moins 4 ans, et je peux remettre tel quel le texte que je signais ici en 2013.
    Si l’auteur ne touche pas au minimum 50% du prix de vente public ttc sur son livre numérique, il y a arnaque. Pas 50% de ce que reçoit l’éditeur une fois que les plateformes se sont goinfrées (ce qui ne ferait que 15 à 17%, soit une misère), mais bien 50% du prix de vente public. Et ce dès la première vente, pas à partir de la cinquantième pour (soit-disant) amortir les frais de conversion en version numérique.
    Je dis 50% comme minimum, mais en réalité l’auteur ou les auteurs pourraient parfaitement toucher 75 ou 80% du prix de vente, ça resterait rentable pour les plateformes si elles faisaient leur boulot.

    Comme vous le signalez, madame Nyssen est une héritière, son père lui a transmis la maison, qu’elle-même transmet à ses enfants, quel bel exemple de réussite par le travail, faudra pas qu’elle vienne nous donner des leçons...

    Non, les auteurs n’ont vraiment pas à se réjouir de la nomination de cette dame, en revanche pour les éditeurs c’est Champagne !, on pourra compter sur elle pour nous dire à quel point la situation des maisons d’édition est précaire, à quel point ils sont au bord du gouffre et ne peuvent vraiment rien accorder de plus aux crève-la-faim, c’est vrai quoi, c’est pas comme si des éditeurs planquaient leurs avoirs au Panama et faisaient de parfaitement légaux montages financiers pour éviter de payer des impôts ou des droits de succession...

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    • Répondu par H2O le 19 mai à  22:57 :

      Ca commence à bien faire, cette polémique sur les droits pour l’édition numérique. Si le boulot d’un éditeur consiste uniquement à publier des scans d’auteurs en gagnant bien sa vie, les auteurs n’ont qu’à le faire eux-mêmes s’ils en ont le courage et un scanner (50 euros ; le prix du capital). Comme celà, ils ne viendront plus pleurnicher et pourront se goinfrer avec 100% des droits. Merdre ! Quand Gotlib, Mandryka, Bretécher, Dionnet Moebius et Druillet ont décidé de lancer l’Echo des Savanes et Métal Hurlant, ils l’ont fait avec leurs tripes et leurs sous, sans campagne de financement participatif sur le web ni subventions.Il faut croire que les anciens étaient plus motivés.

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