Franquin, le "Dieu de la bande dessinée", à Paris

21 novembre 2012 15 commentaires
  • S'il fallait, à l'instar de Tezuka chez les Japonais, désigner un "dieu" de la bande dessinée, la réponse serait sans coup férir : "Franquin, m'enfin?!" Hergé, Uderzo, Moebius l'ont toujours placé dans leur Olympe et le premier Grand Prix attribué il y a 40 ans par le Festival d'Angoulême était naturellement revenu au créateur de Gaston et du Marsupilami. Or, une expo et plusieurs publications lui rendent hommage ces temps-ci.
Franquin, le "Dieu de la bande dessinée", à Paris
La Foire aux Gangsters de Franquin & Jidéhem
Ed. Dupuis

"Jugeons sur pièce" se disent les mécréants qui ne le connaissent pas encore ou qui, comme Saint-Thomas, doivent toucher l’étoffe pour croire ce qu’ils voient.

L’occasion nous est offerte avec la republication d’un petit chef-d’œuvre de la série Spirou, La Foire aux Gangsters, quelque peu occulté par l’épisode qui figurait, dans sa première édition, en première partie dans l’album : Le Nid des Marsupilamis.

Comme cela l’a été fait précédemment avec Spirou : Bravo les Brothers ou Le Schtroumpfissime, les éditions Dupuis en ont fait une édition commentée, augmentée des fac-similes des planches originales et d’une contextualisation historique avec des documents rares et inédits.

Et c’est en fins gourmets que José-Louis Bocquet et Serge Honorez -qui ont chacun connu Franquin- commentent une à une ces planches dans lesquelles le génie éclate avec une évidence foudroyante. Même si un Jidéhem au mieux de sa forme prête main forte au maître dans les décors et dans le dessin des automobiles, ajoutant sa touche experte à ce "rêve de designer", on peut prendre toute la mesure d’un trait juste, intelligent, mature, qui ne doit rien à personne et qui respire, à chaque instant, le bonheur de dessiner.

Dans cette réhabilitation sublime, Frédéric Jannin s’est employé à restituer les couleurs d’origine, celles que Franquin avait indiquées sur chaque planche et que les chromistes de chez Dupuis interprétaient de façon plus ou moins talentueuse. C’est donc une nouvelle œuvre qui nous es proposée ici. La hotte du Père Noël vient de s’alourdir...

La Foire aux Gangsters de Franquin & Jidéhem
(c) Ed. Dupuis

Au Centre Wallonie-Bruxelles de Paris : Franquin en majesté

Le même Frédéric Jannin, en compagnie d’Isabelle Franquin, la fille de l’artiste, proposent en même temps une rétrospective au Centre Wallonie-Bruxelles de Paris qui fait face à Beaubourg.

Franquin au Centre Wallonie-Bruxelles à Paris
DR

Nous ne sommes plus le nez sur la planche, emportés par des personnages, une fiction, mais dans un portrait dressé par des docteurs de la foi franquinienne où s’égrènent les mille et une recherches d’un dessinateur angoissé et impitoyablement exigeant vis-à-vis de lui-même dont le dessin se fait tour à tour musique, respiration, tendresse ou sombres pensées.

Franquin est là, dans chaque dessin, avec sa vérité, et sa voix rauque nous touche au fond du cœur.

Franquin au Centre Wallonie-Bruxelles à Paris
DR

(par Didier Pasamonik (L’Agence BD))

Cet article reste la propriété de son auteur et ne peut être reproduit sans son autorisation.

Exposition M’enfin ?! Franquin

Du 28 novembre au 17 février 2013

127-129 rue Saint-Martin - 75004 Paris

Entrée libre, ouvert tous les jours. Renseignements Centre Wallonie-Bruxelles

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15 Messages :
  • sur le site CWB, le dossier de presse et le livret sont téléchargeables (chouettes dessins rares). Mais savez-vous s’ils éditent un catalogue ?

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  • J’adore ses dessins en couleurs directes, c’est un parfait illustrateur aussi, le sens de la couleur.

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  • Franquin, le "Dieu de la bande dessinée", à Paris
    23 novembre 2012 12:03, par Oncle Francois

    "Dieu est mort", quelqu’un l’a écrit...
    Il n’y a qu’un seul et unique Dieu, donc que devient la BD dans tout ça ? Elle se cherche dans de pénibles travaux expérimentaux, quand elle ne donne pas dans la décalque appliquée (les séries du Marsu ou de l’exécrable Gastooon).
    Heureusement, il y aura toujours des livres à lire et à relire : un changement de couleurs ou de présentation modifie le ressenti du lecteur, quant à l’exposition M’enfin !, je pense m’y rendre avec ma caméra super 8 pour immortaliser l’exposition de ces oeuvres superbes, malheureusement devenues maintenant bien trop chères (comptez de 50 à 120 000 euros pour une belle page) pour mon budget de retraité

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    • Répondu le 23 novembre 2012 à  13:37 :

      Caméra super 8. À se demander si Oncle François existe vraiment tellement il est caricatural.

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    • Répondu le 25 novembre 2012 à  19:50 :

      Vous utilisez quel film avec votre Super 8 ? Sachant que le kodachrome n’existe plus et que Fuji ne produit plus non-plus ?

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  • C’était déjà bien assez que la bande dessinée couvaient en son sein tant de "génies" (vous avez bien lu : génies !) proclamés unilatéralement à un rythme quasi-hebdomadaire. Voici maintenant que nous avons des Dieux. Quand l’excès de déférence touche au ridicule...

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    • Répondu le 24 novembre 2012 à  04:33 :

      Vous devriez voir des originaux de franquin, vous comprendriez. Pour ma part j’ai eu dans ma vie 4 grand chocs émotionnels et artistiques, quand j’ai vu des originaux (alors que ce ne sont pas forcément mes artistes de référence) de van gogh, Rubens, moebius et franquin. Il se passe des choses devant leurs originaux qui sont irreproductiblesmeme vec les techniques de pointe actuelles. J’ai eu la chance devoir uneexpo franquin à St Malo au printemps, je pensais bienvonnaitre son œuvre, y compris grace aux fac- simulés de marsu productions, mais ce qui se passe devant ses originaux est d’un niveau que je n’aurait jamais pu imaginer. Franquin est un génie et, pour une fois, ce mot nest pas usurpé. Allez voir ces originaux, apres vous pourrez parler( et éventuellement dénigrer, mais franchement ça m’étonnerait).

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      • Répondu le 25 novembre 2012 à  00:30 :

        Je ne mets aucunement en doute le talent de Franquin. Je constate toutefois une certaine inflation de termes dithyrambiques dans le vocabulaire. Une pratique commune dans les ghettos sous-culturels, cherchant à s’affirmer en parallèle d’une culture officielle. Les guillemets à "Dieu" ne désamorcent nullement la frustration latente, bien au contraire. Je pense que le terme d’artiste serait bien plus approprié : "Franquin était un grand artiste". Artiste est un terme que l’on ne rencontre pas très souvent quand on parle de bandes dessinées, on passe tout de suite à Génie.

        Je ne mets aucunement en cause l’enthousiasme de Mr Pasamonik et des lecteurs de Franquin- enthousiasme justifié et à mille lieux d’être ridicule. C’est le choix des termes que je trouve ridicule et, aussi, symptomatique d’un genre toujours en recherche de validation.

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    • Répondu le 24 novembre 2012 à  04:40 :

      Ps : j’ai eu le bonheur il y a quelques années de faire découvrir Franquin à peter de seve (le new yorker,l’âge de glace) et celui-ci est resté scotché devant le trait, la vie du dessin de Franquin. Libre à vous de ne pas penser pareil, mais alors nous ne faisons pas partie du même monde.

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      • Répondu par Didier Pasamonik (L’Agence BD) le 24 novembre 2012 à  11:39 :

        Il y avait des guillemets à "Dieu", mais cela, notre lecteur ne l’a pas vu. On en conclut que face à l’enthousiasme et la bonne foi, il faut avoir peur du ridicule.

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        • Répondu le 24 novembre 2012 à  18:51 :

          Guillemets ou pas, ça ne change rien. Il est question d’idolâtrie quand même.

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          • Répondu par Françounet le 25 novembre 2012 à  01:49 :

            Faut pas être si premier degré... Ou alors, aller sur ActuaGrammaire. Et nous laisser ici, avec notre légèreté et nos imprécisions de langage...

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      • Répondu le 25 novembre 2012 à  01:56 :

        Vous ne voulez pas comprendre manifestement. Le travail de Franquin peut aussi être soumis à un oeil critique, et c’est cette absence totale de critique que je déplore. Il est pour moi évident que les intentions de Franquin et la réalisation de son oeuvre sont en conflit. Pour reprendre la terminologie de Truffaut je parlerais de grandes oeuvres ratées. Les derniers Gaston, malgré le propos louables ne sont plus drôles. On s’en rassurerait aisémment mais le fossé est tel entre le dessin, le propos et la scénographie connue que le message tombe à plat. Les Idées Noires fonctionnaient aussi un peu sur le même principe : on voit d’abord un dessinateur en roue libre qui déverse ses angoisses, explore ses possibilités graphiques dans le Trombonne puis Fluide...puis le ronron reprend le dessus- car il faut produire pour gagner sa vie. Alors, non, je ne suis pas un ami des superlatifs.

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        • Répondu le 25 novembre 2012 à  15:45 :

          car il faut produire pour gagner sa vie.

          A la fin de sa vie ça faisait longtemps que Franquin n’avait plus besoin de "produire", il vivait déja grassement de ses droits d’auteur, mais vous semblez ignorer ce qu’est la passion.

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          • Répondu le 27 novembre 2012 à  00:01 :

            vous semblez ignorer ce qu’est la passion.

            C’est exactement ce dont je parlais, une fois de plus un terme qui décrit un état émotionnel extrème. Personnellement je n’y adhère pas. Je ne vois pas de dieux entre guillemets, pas de génies, ni d’êtres mus par la passion. Ceci ne diminue en rien la qualité intrinsèque de l’oeuvre à mon avis, mais le fait de la cannoniser en fait une oeuvre "morte" (comme il existe des "langues mortes") Mon commentaire était en fait très respectueux de l’oeuvre, de ses qualités et ses défauts qui devraient pouvoir soutenir une conversation argumentée. Vous préférez m’interpeler... cela n’a bien entendu ni répercussion sur moi-même ni d’intérêt sur le sujet que j’évoquais.

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