Frédéric Niffle : au bonheur des Schtroumpfs

16 mai 2005 2 commentaires
  • Frédéric Niffle est un passionné. Graphiste de métier (il a réalisé des conceptions graphiques pour des éditeurs comme Le lombard et Dargaud), il a créé son petit label dans lequel il republie en intégrale quelques-uns des plus grands classiques de la BD franco-belge, aux côtés de monographies qui sont autant d'ouvrages de référence.

Depuis quand êtes-vous éditeur ?

D’une certaine manière, depuis que j’ai dix ans... Ce que je fais aujourd’hui est un peu mieux maîtrisé, mais j’en suis toujours à m’occuper seul de tous les secteurs... Ce qui représente beaucoup de métiers différents.

Vous avez publié à la fin de l’année dernière un coffret recueillant les mini-récits des Schtroumpfs parus dans Spirou en 1958. En quoi ces mini-récits sont-ils exceptionnels ?

Frédéric Niffle : au bonheur des Schtroumpfs
Les mini-récits des Schtroumpfs

Il faut se replacer dans les années 50 : les Schtroumpfs créés par Peyo étaient d’abord une jubilation d’auteur. Peyo venait de publier “La Flûte à six schtroumpfs”, et Delporte pensa reprendre les mini-personnages secondaires de cette histoire pour un supplément de 44 mini-planches en couleurs dans le journal Spirou. Ils étaient loin d’imaginer le succès phénoménal que ces personnages allaient rencontrer. Il faut aussi savoir que ces mini-récits sont les seules histoires de Schtroumpf dessinées par Peyo lui-même ; tous les grands albums ont été dessinés par son studio.

Vous avez consacré des monographies à Tardi, Vuillemin, à la Nouvelle Bande Dessinée, vous en avez vous-même réalisé une avec Jean Van Hamme. On a l’impression qu’avec ce livre de Thierry Bellefroid sur les éditeurs qui sort ces jours-ci, vous nous faites le pendant de « Comment devenir auteur de bande dessinée », un petit livre où Franquin et Jijé se confiaient sur le métier, que vous avez d’ailleurs réédité...

La série Félix
du génial Tillieux

Je ne dirais pas ça, car ce livre ne donne pas à proprement parler des conseils pour devenir éditeur. Ce n’est pas un livre didactique, mais plutôt généraliste, avec un angle qu’on n’avait encore jamais abordé et qui en dit long sur l’état de la bande dessinée aujourd’hui. Historiquement, on observe pour la première fois une rupture entre les éditeurs. Dans les années 50 ou 60, même si Dupuis et Lombard se faisaient une concurrence paternaliste, ils étaient solidaires dans la défense du genre. Aujourd’hui, la bande dessinée est entré de plein pied dans l’économie de marché et certains acteurs du milieu sont là essentiellement pour le commerce. A l’opposé, il y a toute une génération de trentenaires qui ont été baigné dans leur jeunesse par cette bande dessinée réalisée par passion, qui sont les enfants de Franquin, de Futuropolis, d’(A Suivre) ou de Métal Hurlant, et qui ont à cœur de préserver cet esprit non mercantile. Tout ça donne des entretiens assez engagés, assez « virils », car il faut bien dire que la vie d’éditeur est nettement moins tranquille que celle d’auteur.

On connaît surtout les Editions Niffle par les splendides intégrales que vous avez consacrées aux séries « XIII », « Spirou & Fantasio », « Thorgal », « Blueberry » ou « Clifton ». Il semble que la série « Félix » est celle qui vous donne le plus de mal...

Les intégrales “Félix” de Tillieux me font douter de ma santé mentale ! Artistiquement, ces sont des œuvres majeures et fondatrices. Et comme je n’avais pas envie de l’éditer à moitié, je me suis mis à restaurer ces planches avec une maniaquerie délirante. C’est 800 heures de travail par volume, ça me mine la santé, mais au final on n’a jamais vu “Félix” de cette manière. Je suis très heureux que cette intégrale ait été nominée à Angoulême, car si Tillieux est reconnu en Belgique à sa juste valeur, il manquait cette reconnaissance en France.

(par Didier Pasamonik (L’Agence BD))

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