Galandon et Monin : "Nous avons maintenant plus de crédibilité dans le milieu grâce au succès du livre"

8 mars 2008 1 commentaire
  • La dernière touche est mise. L'encre a séché. Le livre s'en va vers ses lecteurs. Qu'en reste-t-il pour ses auteurs ? Arno Monin et Laurent Galandon, auteurs du diptyque {L’envolée sauvage} chez Bamboo, reviennent sur ces moments qui rythment la fin d’une aventure humaine et professionnelle.

La sortie d’un album, c’est comme une petite mort ou l’aboutissement d’un rêve ?

Arno Monin : Quelques jours avant la sortie, quand on reçoit le colis avec les bouquins, on découvre l’objet. Ce jour là, c’est vraiment Noël ! C’est la finalisation du projet. Tout est transformé. C’est la plus belle forme qu’on puisse donner au travail qu’on a fait alors que jusque-là c’était artisanal avec du dépôt, du blanco, etc. Là, c’est du beau papier, la couverture est cartonnée, etc.

Laurent Galandon : En fait, quand on est scénariste, on voit l’album de façon très découpé. Je reçois 2-3 planches d’Arno puis d’autres. Et là, d’un seul coup, c’est la réunion de l’ensemble, c’est l’objet fini alors qu’avant, c’est encore un rêve, un embryon ! Donc, à chaque fois, c’est une émotion très plaisante.

Et après la sortie, on fait le ménage ?

A.M : J’achète un nouveau carton à dessin. Sinon, je garde tout, au cas où… Je n’ai pas le réflexe à jeter. En fait, je garde des pages de croquis qui ne serviraient à rien, même pas pour une expo. Ce sont les ¾ de mes étapes de travail qui sont sur des bouts de feuille. J’ai un mal fou à finaliser, à aller au bout des choses. En revanche, j’aime bien passer du temps sur les premiers traits. J’en accumule beaucoup et ça n’a aucun intérêt. C’est une écriture abstraite qui ne sert plus à rien maintenant.

L.G : Moi, c’est 80% de numérique donc ça ne pèse pas bien lourd.

Galandon et Monin : "Nous avons maintenant plus de crédibilité dans le milieu grâce au succès du livre"
La promotion est-elle un passage obligé ?

A.M : Quand le livre sort, c’est intense. C’est là que j’accepte le plus les propositions. Et cela jusque dans les deux mois qui suivent. Sur cet album, on a encore beaucoup de demandes mais je les espaces pour reprendre une vie normale.

L.G : On répond à la demande de Bamboo qui fait un gros travail de promotion. C’est vrai qu’on a été très sollicité.

Une sortie, c’est aussi des critiques…

A.M : Il faut accepter les critiques. On sait que ce n’est pas gagné.

L.G : J’en suis assez friand. Je les attends avec impatience. Je suis même à l’affût des commentaires des professionnels comme du public même si ça doit être moyen. Nous n’en avons pas eu de mauvaises mais des modérées sur cet album. Je défends l’idée que c’est bien d’être lu par le plus grand nombre. Si on fait des livres juste pour une petite frange, je dis non. Ça m’intéresse que les gens lisent plus, au delà de toute velléité pécunière. J’étais super content de savoir que L’Envolée s’était vendue à 8000 exemplaires.

A.M : J’ai reçu une lettre d’une personne du 3e âge. C’était super touchant. Elle m’a demandé un dessin poliment. C’était une bonne surprise dans la boîte aux lettres.

L’album dans les bacs, on n’y pense plus ou on se dit toujours qu’il y aurait des choses à améliorer ?

A.M : Je n’ai rien à changer dans L’envolée sauvage. On l’a plutôt dans le dos maintenant. Mais l’idéal est de se servir des choses qu’on aurait pu améliorer sur les nouveaux projets.

L.G : L’histoire n’est pas venue d’un seul coup. Elle a été murie, modelée, remodelée donc au moment de la mise en images, tout est calé. Alors c’est vrai que sur certaines séquences, on se dit qu’on aurait pu lui donner plus d’espace dans l’album. C’est une supposition mais c’est sans regret. Sur le 1er tome, la séquence de Simon avec la femme aveugle, je te l’ai proposé en une planche. Il se passe tellement de chose que j’aurais eu envie, en tant que lecteur, de l’avoir sur deux planches, que le temps soit plus posé. La BD a des contraintes, des données imposées. C’est un équilibre.


L’album est désormais dans les mains du public. Existe-t-il un deuil à faire ?

A.M : En fait, les festivals donnent un grand prolongement à cet album. A la fin du tome 2, j’avais une petite émotion en envoyant les dernières corrections. Je me suis dit : « Tiens, c’est la dernière fois que j’y touche, que je passe mon quotidien avec ces personnages ». Et puis non car il y a les dédicaces après. Ça prolonge encore un petit peu, de quelques mois. Il n’y a pas de vide.

L.G : Moi, ce qui me plaît, c’est le partenariat dans l’album, ce qu’on fait à deux. Comme on enchaîne ensemble sur une nouvelle série, il y a comme une continuité. Le jour où arrivera le moment de dire qu’on ne travaille plus ensemble, je pense que je serais ému. C’est un peu comme ces ados qui partagent des vacances, qui ont vécu un truc émotionnellement fort ensemble.

Les festivals comme Angoulême, vous aimez ?

A.M : Il faut que ça apporte quelque chose. Ce n’est pas que de la promo. On ne va pas sauver un album avec les ventes d’un salon. C’est sympa de rencontrer d’autres auteurs et le public.

L.G : Un festival, c’est la rencontre avec le public et le plaisir de passer du temps avec les gens avec lesquels on travaille. On peut parler d’autres choses que de la BD, on sort du contexte. Les festivals, c’est notre machine à café à nous !

Les auteurs primés à Angoulême

Que retenez-vous de L’envolée sauvage ?

A.M : Cela m’a permis de mettre en place une méthode de travail, une expertise complète du métier. Et puis j’ai maintenant plus de crédibilité dans le milieu grâce au succès du livre.

L.G : Il y a d’abord la joie d’avoir sorti quelque chose. Un diptyque, c’est un peu comme une course d’endurance. Et de se dire qu’on a tenu la distance, c’est un vrai plaisir. Je suis très sensible à la dimension humaine que ça génère. C’est une belle rencontre avec Arno.

Propos recueillis par Xavier Richard

(par Laurent Boileau)

Cet article reste la propriété de son auteur et ne peut être reproduit sans son autorisation.

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Lire la chronique du tome 1 et du tome 2

Photos © L. Boileau
Illustrations © Bamboo/Galandon/Monin

 
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