Gaston et sa très surréaliste rédaction

13 avril 2018 0 commentaire
  • « En direct de la rédaction », c’est un trésor de l’univers gastonien. La compilation des articles écrits par Yvan Delporte dans Spirou qui chroniquaient au jour le jour les gaffes supposées « non retenues » par Franquin sort enfin ces jours-ci. Une incontournable référence, un sommet de surréalisme, qui doit venir compléter votre collection de gaffes.

Gaston n’était pas destiné à devenir un personnage de bande dessinée. C’était au départ une animation du journal, une de ces rubriques qui font le ton et l’esprit d’un magazine. L’humour passait par le merveilleux dessin d’André Franquin, mais aussi par la verve des articles écrits par Yvan Delporte, le « réacteur en chef » du journal comme le surnomment Christelle et Bertrand Pissavy-Yvernault, qui avait le chic pour monter en épingle les « idées connes » (dixit Franquin) et les transformer en un éclat de rire.

Gaston et sa très surréaliste rédactionAprès le lettré et très engagé Jean Doisy qui avait inventé la rubrique du Fureteur, Delporte, ancien correcteur de l’imprimerie, érudit patenté et tête chercheuse passionnée chez qui la chanteuse Barbara avait ses habitudes quand elle venait se produire à Charleroi, est l’une de ces figures atypiques comme le terreau culturel surréaliste belge, d’Achille Chavée à Herr Seele, a su en produire jusqu’à aujourd’hui.

C’est surtout un écrivain doué qui a mis son talent au service des autres : Franquin, Peyo, Will, Roba, Paape, Jidéhem, Remacle, Follet, Tenas, Forton… Une fonction qui le laisse dans l’ombre car en ce temps-là ces ces gens-là, c’étaient les dessinateurs qui comptaient pour l’éditeur. C’est à Delporte par exemple que l’on doit le prénom de M. De Mesmaeker, Aymé, ou les meilleures recettes de cuisine du gaffeur.

Rubrique ponctuelle, « En Direct de la rédaction » avait permis dans un second temps de maintenir la présence de Gaston dans le journal quand Franquin était en retard pour un gag, par manque de temps ou à court d’idée, ou simplement pour respirer. Il s’acquittait d’une ou deux illustrations et Delporte et les metteurs en page du journal assuraient le reste. Les dernières années, Philippe Vandooren et Patrick Pinchard demandèrent même à Delporte d’en faire une rubrique plus régulière, en raison des absences répétées du gaffeur. [1]

Pour la première fois, ces articles sont ici compilés dans un premier volume et vous permettront de creuser plus encore votre connaissance de l’univers gastonien tout en vous faisant pouffer de rire.

À l’heure où le cinéma tente de moderniser l’univers du personnage en l’embauchant dans une start-up (une idée que Delporte aurait sans doute considérée avec un intérêt plutôt farce face à la perspective des gags à venir, mais peut-être en aiuraut-il fait une section de la rédaction, le département "réseaux sociaux"), cet album vient rappeler le « biotope naturel » de Gaston, comme dirait Isabelle Franquin. Sa Palombie à lui en quelque sorte.

(par Didier Pasamonik (L’Agence BD))

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En direct de la rédaction – Tome 1 – Par Franquin et Delporte – Editions Dupuis

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[1Cette question vient à l’esprit : Pourquoi Yvan Delporte n’est-il pas crédité sur la couverture ? Raisons juridiques ?

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